Muscle Sparing Latissimus Dorsi

Lorsque j’ai décidé en août de retirer mon deuxième sein (lire ici), je me suis dis : une prothèse, et basta.
Pas de grand dorsal, opération lourde et parfois avec des séquelles à vie…
Même si le résultat pouvait ne pas être esthétiquement à la « hauteur » d’un DIEP, même s’il y avait risque de coque…

Je voulais le plus simple, et au plus près.miss-tic
Le souvenir des voyages vers Lyon pendant 2 ans, et parfois plusieurs fois par semaine dans les moments les plus compliqués, je ne l’imaginais pas du tout le vivre une seconde fois. Surtout au sortir des chimios. Pas assez d’énergie. Pas deux fois.

Mais, mais…

J’ai pris cet été un rendez-vous avec ma chirurgienne, celle qui m’avait fait ma tumorectomie en juin, pour planifier une date. Ce devait être octobre, à la place de la radiothérapie. Comme prévu dans le protocole.

Je savais qu’elle allait me faire ma mastectomie, mais que la reconstruction se ferait par un second chirurgien, celui-là même qui m’avait laissé un tellement mauvais souvenir : j’en parle ici. Celui qui m’avait balancé qu’il avait fait 15 ans d’études… Mais je m’étais mentalement préparée à faire table rase de cette expérience, et accepter de passer par lui, puisque c’est le seul reconstructeur de l’hôpital où je suis suivie.

Donc je dis à ma chirurgienne que j’accepte de passer entre les mains de ce type, que j’efface l’ardoise, pour une prothèse point barre.
Et là, stupeur. Elle me démonte mon truc :
« Vous faites ça par dépit, ce n’est pas forcément le bon choix. Il faut vous sentir en confiance, c’est indispensable pour que vous acceptiez le résultat. Vous voulez une prothèse, mais face à votre diep très réussi, vous allez forcément comparer, et regretter cette solution au final. Et si vous avez des complications, vous lui en voudrez terriblement, alors qu’avec votre professeur de Lyon, vous accepterez mieux. Je pense même que vous risquez de ne pas être contente du résultat quoi qu’il soit, et que vous vous direz peut-être tout le reste de votre vie, ah pourquoi j’ai pas choisi Lyon… »

J’étais abasourdie par ce qu’elle me disait, mais sa théorie m’apparaissait implacable.
Elle avait raison !

Je suis une vraie girouette, j’avoue. Je l’ai remerciée de ses conseils, mais je me suis retrouvée toute penaude à la sortie.
Il fallait donc que j’appelle Lyon…
Manque de bol, service de reconstruction plastique fermée pendant 15 jours (août)…
J’allais donc ruminer ça, et me disais qu’il serait bien difficile d’obtenir un rendez-vous auprès de ce ponte en septembre, et d’avoir dans la foulée une MRI en octobre…
Mission impossible.
Lorsqu’à la première heure du jour de la réouverture du service, j’ai expliqué mon cas par téléphone à la secrétaire, je n’ai pu obtenir qu’un rendez-vous fin octobre…

Je m’étais mise face à un nouveau problème : Comment avoir une MRI dans un grand hôpital s’il n’est pas celui auquel on est rattaché ?  Une patiente peut-elle sortir du parcours tracé de son centre hospitalier pour une intervention chirurgicale rapide ailleurs ? Pour le Diep, pas d’urgence, c’était à distance de la mastectomie. Mais là ?…

Je décidais donc d’envoyer un mail à mon cher professeur pour lui demander conseil.
Miracle, il me répondit très vite qu’il pouvait me recevoir dans les jours qui venaient et me donnait le nom d’un autre professeur qui pourrait procéder à la mastectomie.
Tout se résolvait. C’était aussi simple que ça.

Toute puissance du chirurgien sans doute mais surtout un monsieur formidable.

Mais quid des dépassements d’honoraires ? S’ils étaient passés comme une lettre à la poste avec ma mutuelle en 2012-2015 pour mon Diep, les choses avaient bien changées depuis, avec le fameux CAS (lire un article très instructif de la bloggeuse IsabelledeLyon ici).
Mais non, aucun dépassement. C’était donc vraiment aussi simple que ça.

Ainsi je suis passée de l’idée d’une prothèse près de chez moi, à une reconstruction autologue à 2 heures de route en voiture.
Plus précisément à un MSLD, Muscle Sparing Latissimus Dorsi, appelé en français LDPM : Lambeau Dorsal à Prélèvement Minimal. Cette technique est l’évolution plus light de la technique du grand dorsal. Plus d’info ici. Avec moins de séquelles (voir ). Mais davantage d’interventions pour « remplir » le sein reconstruit, par lipomodelage.

Je sais que je m’embarque pour un nouveau long voyage, après le Diep et ses multiples interventions.

Sachant que le défi est différent, moins enthousiasmant.
Je m’apprête à encore souffrir. Mais plus avec la promesse d’une restauration.

Où vais-je trouver l’énergie cette fois ?

Retour en Algeco

On a fini par m’opérer.

Enlever tout ce qui se nécrosait, s’infectait. Faire place nette.

Retour en arrière. La maison qu’on venait de me retaper s’est à moitié écroulée, la faute à pas-de-veine. Il me faut donc retourner vivre en Algeco.
Plus amazone, encore asymétrique.
Un entre-deux.algeco

Un sein dieppé sauvé car le lambeau est sauf. Mais un sein qui a retrouvé sa taille de vilain petit canard sorti du nid.

Un entre-deux qui risque de durer. Parce que je n’ai plus l’énergie, le courage, l’insouciance de m’y recoller.
Parce qu’il faudrait repasser par une deuxième phase 2 : recommencer une  greffe de peau du ventre et de graisse.

Pas envie.
L’Algeco va me suffir, là.
Toujours mieux que mon ground zero.

 

 

Méli et la vraie vie…

Mélilotus est une petite chinoise qui s’est immiscée dans la toile alors que tous ses traitements étaient finis. Avant, j’étais seulement une lectrice, point. Et puis un jour, je ne sais plus par quel déclic, j’ai créé un pseudo, un avatar, et j’ai commencé à ne plus être que spectatrice. Je me suis livrée aux autres.

Galets de Goldsworthy

C’était sur le forum de guérir, en 2008, alors que le livre ‘Anticancer’ venait de sortir, et que beaucoup d’internautes se donnaient des tuyaux, du réconfort, créaient des liens pas si virtuels que ça… Guérir permettait aussi de créer des mini-blogs, de s’envoyer des e-calins… Terme un peu gnan-gnan, j’en conviens, il n’empêche, j’ai lié de beaux liens. J’avais immensément besoin de rentrer en contact avec d’autres, sortir de mon isolement. J’étais soutenue par des amis, et mon compagnon, mais il n’empêche. Et de fil en aiguille, encouragée par une e-amie, j’ai fini par créer mon blog. D’autant plus que guérir commençait à tourner en rond.

Il aura ainsi bientôt 3 ans.

J’ai toujours essayé de préserver mon anonymat, afin de pouvoir tout dire, sans contrainte sociale. Ca n’a pas toujours été tenable mais au final, j’ai réussi assez bien à préserver ma liberté de paroles. Peu de gens autour de moi, ne savent que je tiens ce blog.

J’ai pu dire ce que je ne disais pas ailleurs.

Donner mon humeur du moment, mais aussi recevoir celle des autres. Une sacrée expérience pour moi. Partager. Un sacré beau mot.

Et puis un jour, l’impression d’avoir tout dit. Non pas que je m’en étais ‘sortie’, mais seulement que j’avais tout écris.

Mais une immense envie d’aller réellement vers les autres me tenaillaient toujours. Les autres malades, je veux dire. J’avais cherché au sortir des traitements, un groupe de paroles autour du cancer, dans ma région, mais rien n’existait. Alors j’étais allée voir un psychiatre de ville qui m’avait renvoyé en me disant que je n’avais pas besoin de lui. Ah bon ?

Alors l’idée est venue, cet été, que je pouvais, peut-être, participer à la création d’un groupe de paroles. En septembre, la Ligue contre le Cancer m’a accueillie, écoutée. J’ai exposé mon projet, non pas en tant que Mélilotus, mais simple ancienne malade… Et miracle, j’ai rencontré des gens très à l’écoute, très réactifs, et il n’a pas fallu 4 mois pour trouver un lieu, un psy, un cadre de santé, et des participants… et que le premier rendez-vous ‘groupe de paroles’ ait lieu. Le seul dans mon département.

Yes we can !

Je suis si heureuse. Un petit caillou de plus sur mon chemin.

Ce premier rendez-vous a été très riche. Et que d’émotion pour moi.

Ainsi, la maladie aurait un sens ? Je n’en suis pas convaincue. Par contre, se dire que cela n’aura pas été vain, quel revanche…

Sur ce premier rendez-vous, je ne dirai qu’une chose, car la confidentialité est de rigueur : un point commun à toutes et tous, très éloignés ou pas des traitements, la fatigue !

Alors… Vive les vacances !

Je vous embrasse très chers lecteurs et lectrices, et vous souhaite plein de belles choses pour l’année prochaine… et les suivantes,

Méli