Témoigner en tant que patiente sur Internet : motivations et conséquences

J’ai écris il y a quelques mois, un article pour la revue Psycho-Oncologie, organe officiel de la SFPO, Société française de psycho-oncologie. Un numéro sur la communication autour du cancer, sorti en décembre 2014.

J’ai été bluffée qu’on fasse appel à moi. Et si écrire essentiellement pour des patientes, m’est déjà laborieux, que dire lorsqu’il s’est agit de m’adresser à des professionnels…revue-psycho-onco (toujours et encore le complexe de la petite fourmi)

J’ai très souvent lu des articles de cette revue pour public motivé. Ils sont visibles au moins dans leurs premières pages, sur le site des éditions Springer. C’est grâce à cette revue que j’ai découvert il y a quelques années, et après mon parcours de soin, qu’il existait une branche de la psychologie qui s’intéressait particulièrement au cancer (la psycho-oncologie !). En 2009, avec le dossier « cancer et grossesse ».
Je n’aurai jamais imaginé qu’un jour, je sois publiée dans cette revue prestigieuse !
Je suis sincèrement reconnaissante à Marie-Frédérique Bacqué, la rédactrice en chef, de m’avoir permis de faire connaître mon engagement auprès de psycho-oncologues.
Voici donc le texte intégral qui sera bientôt en ligne sur le site de la revue ici.

Témoigner en tant que patiente sur Internet : motivations et conséquences

Testifying as a Patient on the Internet : Motivations and Consequences

© Lavoisier SAS 2014
N. Etienne, revue Psycho-Oncologie, 2014, 10.1007/s11839-014-0485-z

Résumé  La découverte d’un cancer pendant une grossesse est un événement traumatisant. Le manque d’informations et de témoignages sur Internet m’ont motivée, alors que j’étais en rémission, à combler ce « blanc ». J’ai ainsi démarré en 2009 le blog « Mélilotus et son cancer du sein » : j’y aborde mon expérience et l’impact de la maladie sur ma vie personnelle, familiale, professionnelle, sociale. Dans cet article, j’explique comment cette écriture a été à la fois laborieuse et libératrice. Et les répercussions ont été nombreuses : échanges avec d’autres femmes touchées, mais aussi étudiants, professionnels de santé, associations, journalistes. Mon engagement a pris des chemins inattendus et qui tous ont tendu vers un réel empowerment, me permettant
ainsi de quitter le simple statut de patiente.

Mots clés  Cancer • Grossesse • Maternité • Internet • Blog • Intimité publique • Engagement • Autopathograhie • Empowerment

Abstract  The discovery of cancer during pregnancy is a traumatic event. Lack of information and personal accounts on the Internet motivated me, while I was in remission, to fill this gap. Thus, in 2009, I started the blog “Mélilotus and her breast cancer”. In it, I address my experience and the impact of the disease on my personal, social, family, and work life. In this article, I explain how this writing was both laborious and liberating. And the impacts were many, including exchanges with other women affected, but also students, health professionals, associations, and journalists. My commitment has taken unexpected paths and all tended toward real empowerment, allowing me to leave the mere status of patient.

Keywords  Cancer • Pregnancy • Motherhood • Internet • Blog • Public intimacy • Commitment • Autopathography • Empowerment

J’avais 39 ans en 2007, lorsque j’ai découvert mon cancer du sein, alors enceinte de huit mois.
Pour essayer d’affronter ce traumatisme, après quelques semaines, je suis allée sur Internet. J’espérais trouver des témoignages de femmes sur des forums, des données médicales sur des sites plus institutionnels, mais j’obtenais seulement deux types d’informations et qui ne me correspondaient pas : les traitements possibles pendant la grossesse et la fertilité après un cancer.
J’aurai par exemple aimé connaître l’incidence d’une grossesse sur le pronostic, savoir comment d’autres femmes avaient surmonté cette épreuve, quelles répercussions sur l’état psychique du bébé et de la maman…
Et en effet, tout ce que j’ai pu lire par la suite est postérieur à 2007. Je pense en particulier au numéro de la revue Psycho-Oncologie de juin 2009 [1] dédié entièrement au thème « cancer et grossesse ».
Je me sentais vraiment seule, l’équipe médicale qui me suivait étant restée mutique sur le sujet. Rien ni personne pour me faire espérer par rapport à un pronostic que je comprenais défavorable, ou au moins me transmettre une expérience. On parle pourtant de 350 rivageà 450 cas par an en France [2], chiffre que je ne connaissais pas à l’époque.
Je me suis mise à énormément lire sur le cancer, comme pour remplir le vide informationnel dans lequel on me laissait. J’ai lu tout ce que j’ai pu. Des dizaines d’ouvrages, des témoignages et des livres scientifiques, vu tous les films y ayant trait. J’effectuais une veille numérique intense, plusieurs heures par jour : sites institutionnels, actualités médicales, blogs, forums. Une boulimie incroyable. Je n’étais pas dans la démarche d’« essayer de penser à autre chose qu’à la maladie » comme c’est souvent le cas. Le cancer avait totalement chamboulé ma vie, c’était le moyen que j’avais trouvé pour essayer de l’amadouer.
C’était comme si une énorme météorite était tombée dans mon jardin. Elle avait ébranlé durablement ma maison, fracassé un pan de mur dans sa chute, et j’essayais de comprendre ce qu’elle faisait là et comment survivre, voire vivre avec.
Après une participation au forum maintenant disparu du site guerir.fr [3], j’ai démarré un blog « Mélilotus et son cancer du sein » [4] au printemps 2009, autour de mon expérience du cancer et sa proximité avec la maternité : Il s’agissait là de faire le pari audacieux que des personnes sur la Toile, au-delà d’un forum, mais a priori des patientes, puissent être intéressées par mon vécu.Avatar de Mélilotus
Je désirais aussi remplir ce « blanc » que j’avais rencontré au moment de mon diagnostic.
Combler ce vide, relater mon expérience et aussi et surtout montrer que je m’en étais sortie. Même si à l’époque, ce n’était que 18 mois après le pronostic…Finalement écrire ce que j’aurai aimé lire. Je l’ai vécu très rapidement comme un engagement.
Témoigner de mon expérience non pas par un récit détaillé et chronologique, mais par petites touches : le deuil de l’allaitement, la peur de la mort, la remarque désobligeante d’un kiné, d’une oncologue, une sélection de livres jeunesse autour du cancer, la difficile abnégation du décolleté…
Pas question d’écrire un carnet de bord ou un journal intime. J’écrivais pour être lue, et j’étais très attentive aux répercussions que mes billets pourraient avoir sur des femmes dans une situation analogue. Surtout ne pas être anxiogène. Il s’agissait d’exprimer mon ressenti, mes espoirs, mes difficultés, dans l’hypothèse que cette introspection pourrait, au-delà de moi, avoir une portée plus universelle. Même si cela peut paraître présomptueux.
Pas non plus question d’y donner des conseils, je m’en suis gardée parce que je n’en ai pas. Le vécu de chacun face à la maladie ne peut pas être transposable, si ce n’est par le patient lui-même, peut-être. Je ne dis pas « allez voir un groupe de paroles », je dis « voilà ce que ça m’a apporté à moi ». Pour la reconstruction, mon témoignage parle de lui même. Parcours long, semé d’embûches que je ne me verrai pas conseiller, même si je suis très heureuse de l’avoir fait. J’expose, les autres disposent.
L’écriture de mes billets a toujours été un travail laborieux —je n’écris pas facilement—de réflexion sur l’impact de la maladie, qui fait partie de mon identité à présent.
On parle souvent d’autopathographie [5], je n’aime pas trop ce mot sans doute parce qu’il contient « pathologie ». Mais il est en effet évident que mon travail d’écriture a un lien avec une forme de thérapie : la nécessité de me poser, d’essayer d’aller au plus juste de ma pensée. L’écriture est le seul moyen que j’ai trouvé pour me débarrasser de mes pensées les plus obsédantes. Kafka disait : « Le livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous » [6]. Le blog a aussi cet effet.
J’ai toujours tenté d’éviter l’épanchement et le pathétique, pente glissante quand il s’agit de maladie et, qui plus est, avec un bébé au milieu. Au point que beaucoup de personnes disent de mon blog qu’il a pas mal d’humour. Je ne sais pas si je devrais m’en réjouir ? Disons qu’il peut apparaître comme léger. Ce n’est pourtant pas mon sentiment ni ma volonté.
Le terme d’« intimité publique » [7,8] me plaît bien. De mon point de vue, mon blog ne décrit pas ma vie privée, mais ma vie intime. DSCN5518Je ne sais pas comment expliquer cette différence, mais je connais les barrières que je ne franchirai pas, par pudeur ou désir de protéger mon entourage et moi-même. Par exemple, on ne trouvera rien sur mon compagnon, et mes enfants sont très peu abordés, on ne connaît pas mon identité, ma profession, mon lieu de vie. J’ai choisi l’anonymat, et me suis gardée de tout indice permettant de m’identifier. D’une part, j’ai terriblement peur du traçage, et de l’autre, je veux une parole la plus libre possible. Si certains patients ouvrent un blog afin d’informer leur famille et leurs amis de leur état de santé, ma démarche était tout autre, d’autant plus qu’elle était à distance des traitements.
J’ai veillé à incorporer dans mes billets des informations glanées, afin d’une part de citer mes sources, mais d’autre part de prolonger ma réflexion par d’autres points de vue. Je suis également attentive à l’esthétique de mon blog, afin de le rendre « attrayant » malgré le sujet. Je choisis consciencieusement l’illustration, pour décrire et amplifier ma pensée. Par exemple, l’image satellite d’un typhon annoncé sur les côtes asiatiques, et dont la forme me fait ce jour-là penser à un sein, alors que justement j’écris sur l’attente d’avant une chirurgie lourde du sein [9].typhon Krosa
Lorsque j’ai commencé mon blog, j’écrivais au rythme d’un ou deux billets par semaine. Il s’est un peu tari après deux ans environ, je suis passée à un à trois billets par mois. Il me semblait avoir tout dit, et sans doute m’était-il moins nécessaire d’écrire.
Lorsque j’ai décidé de me faire reconstruire chirurgicalement en 2013, il m’a paru intéressant à nouveau de partager cette expérience. C’était plus cette fois une envie qu’un besoin. Sur le sujet, des témoignages existaient sur Internet, mais pas à ma connaissance de récit dans son ensemble : du mécanisme décisionnel, ce qui fait qu’on saute le pas, jusqu’à la fin du processus de reconstruction mammaire. Il m’est apparu également intéressant de décrire les différentes phases opératoires du point de vue de la patiente elle-même, pour la méthode que j’avais choisie, le Deep Inferior Epigastric Perforator Flap (DIEP) [10]. D’autant que mon chirurgien utilise une technique innovante, unique en France, avec un rendu différent. Des photos auraient été trop crues pour un lecteur non averti, et il m’aurait semblé franchir la barrière de la vie privée. J’ai donc contourné le dilemme par des dessins « pédagogiques ».DSCN4754
Le billet « Mon DIEP expliqué à ma fille » [11], à ma grande surprise, et de manière extrêmement rapide, a fait le tour du monde et a battu tous les records d’audience sur mon blog. J’imagine que c’est parce qu’il détonnait, loin des schémas traditionnels et glacés vus sur les sites institutionnels. Si j’ai été, dans les premiers temps de mon blog, lue par les fidèles du forum de guerir.fr, mon lectorat s’est assez vite élargi à des femmes touchées par le cancer du sein, et magie d’Internet, sur tous les continents [12].
Ce travail d’écriture durant ces cinq années a indéniablement aidé à ma guérison psychologique. Le fait de pouvoir partager avec d’autres et d’avoir des retours—commentaires d’internautes —, et ce, de façon instantanée a décuplé ce sentiment. Cette interactivité m’a permis de ne pas avancer à l’aveuglette, comme on le ferait lors de l’écriture d’un livre.
J’entretiens d’ailleurs avec quelques-unes de mes lectrices des liens privés privilégiés, et j’ai eu l’occasion d’en rencontrer certaines. Quelques-unes sont devenues de vraies amies.
Témoigner de mon « savoir expérientiel » [13] a eu d’autres répercussions plus inattendues.
La majorité de mes lecteurs sont des patientes. Mais des étudiants en psychologie ou soins infirmiers et même des médecins sont rentrés en contact avec moi via le blog. J’ai donc, de fil en aiguille, participé à des études variées, principalement sur la vie après cancer.
J’ai aussi été sollicitée par l’institut Curie en 2011, et je suis maintenant une des patientes du groupe de travail Info-Sein [14], constitué de patientes et de soignants. Cette participation procède de cette même intention qui motive mon blog : apporter une information souvent tronquée par les médias et le corps médical. Ce groupe s’est constitué à la suite de l’étude menée par Delphine Hequet pour l’institut Curie (2011) [15] et d’où il ressortait que 60 % des patientes jugeaient l’information sur la reconstruction du sein absente ou insuffisante.
Les blogs sont également un véritable vivier pour les journalistes qui recherchent des témoignages. On m’a proposé d’apparaître dans plusieurs émissions de télévision, majoritairement médiocres, et j’ai toujours refusé par souci d’anonymat, mais aussi par peur de me fourvoyer. guérir le regardSeule la participation au web-documentaire Guérir le regard (2014) [16] m’est apparue comme vraiment intéressante. Il s’adresse à la communauté des malades, à leurs proches et au monde médical. Ce qui change tout. Cela m’a demandé de lâcher prise, au contraire du blog où je maîtrise tout. Et aussi accepter de quitter l’anonymat qui m’est cher.
maison du cancerJe réponds davantage aux journalistes de presse écrite, d’autant plus quand ils traitent du thème si peu abordé de la rencontre « cancer et grossesse » [17,18].
Mon engagement associatif est aussi un prolongement de mon blog. J’ai manifestement eu assez confiance en moi en 2011, pour par exemple aller frapper à la porte de la Ligue contre le cancer afin de créer un groupe de paroles dans ma ville. Ou participer à la conception du livret Questions roses : sous le ruban, la lutte contre le cancer du sein (2012) [19].
Récemment, j’ai été contactée par une association d’aide aux malades afin de contribuer à une journée de formation sur le thème « Cancer et grossesse » en Belgique.
Ainsi, je suis devenue par mon blog et mes différents engagements une personne dite ressource.
Cette reconnaissance me touche vraiment. Une petite revanche face à l’absence d’écoute lors de mon épisode cancer.
Ce blog aura été le moyen inattendu mais formidable de rencontrer une multitude de personnes et un véritable enrichissement.
Ainsi, la douloureuse expérience du cancer a-t-elle pu se transformer en une belle aventure humaine.
Maintenant que j’arrive à la presque fin de ma reconstruction, que les blessures du cancer se referment au propre comme au figuré, je sens que le blog va se terminer. Néanmoins, les divers liens que j’ai tissés sont bien là. Et mon engagement aussi.

Références
1. Dossier Cancer et grossesse (2009) Psycho-oncologie 3:67–100
2. 32es Journées nationales du Collège national des gynécologues obstétriciens français (CNGOF) (2008) — http://www.cngof.asso.fr/d_livres/2008_GM_387_rouzier.pdf
3. Servan-Schreiber D (2008), guerir.fr
4. « Mélilotus et son cancer du sein » (blog) — https://blogdemelilotus.wordpress.com/
5. Bazinet C (2014) Médecine narrative et Web social : transmettre son expérience de la maladie — http://cathybazinet.com/2014/01/26/medecine-narrative-et-web-social-transmettre-son-experiencede-la-maladie/
6. Kafka F (1904) Extrait d’une lettre à son ami Oskar Pollak. Traduction française (1984) Oeuvres complètes. La Pléiade, tome 3
7. Bazinet C (2014) Bloguer son cancer — http://cathybazinet.com/2014/02/12/bloguer-son-cancer/
8. Aupeix A (2012) Reconfiguration de la notion d’intimité : l’exemple du journal intime en ligne —  http://www.raison-publique.fr/article538.html
9. Mélilotus (2013) Comme un typhon — https://blogdemelilotus.wordpress.com/2013/11/03/comme-un-typhon/
10. Deep Inferior Epigastric Perforator Flap — http://www.microchirurgie.info/lambeau-abdominal-diep-reconstruction-mammaire/
11. Mélilotus (2013) Mon DIEP expliqué à ma fille — https://blogdemelilotus.wordpress.com/2013/11/17/mon-diep-explique-a-ma-fille/
12. Géolocalisation des visiteurs du blog de Mélilotus — http://www.revolvermaps.com/?target=enlarge&i=31gklrjs9ed&color=ff0000&m=0
13. Jouet E, Flora L, Las Vergnas O (2007) Construction et reconnaissance des savoirs expérientiels des patients. Note de synthèse, Ufr8, université Paris-VIII — http://www-ufr8.univ-paris8.fr/pfa/textpdf/58-59synthese_sante.pdf
14. Info-Sein : s’informer sur la reconstruction après une mastectomie (2014) — http://www.cancersdusein.curie.fr/fr/article/001182-info-sein-s%E2%80%99informer-sur-la-reconstruction-apr%C3%A8s-une-mastectomie
15. Communiqué de presse, institut Curie (2011) — http://www.cancersdusein.curie.fr/sites/default/files/cp-non-reconstruction-sein.pdf
16. Guérir le regard. Réalisé par Caroline Swysen pour l’institut Curie (2014) — http://guerirleregard.fr
17. « J’ai appris mon cancer pendant ma grossesse » (2012) http://www.la-maison-du-cancer.com/magazine/les-chambres/les-parents/j-ai-appris-mon-cancer-pendant-ma-grossesse
18. « J’ai découvert mon cancer du sein pendant ma grossesse » (2014) http://www.infobebes.com/Grossesse/Sante/Les-maladies-arisque/Les-autres-maladies/Cancer-et-grossesse-sa-prise-en-chargeet-les-consequences-sur-la-fertilite/J-ai-decouvert-mon-cancer-du-sein-pendant-ma-grossesse
19. Gros D (2012) Questions roses : sous le ruban, la lutte contre le cancer du sein. Ed. ASDSD — http://auseindesadifference.com/
2012/10/08/questions-roses-sous-le-ruban-la-lutte-contre-le-cancer-du-sein/

A tous et toutes, je vous souhaite le meilleur pour l’année qui arrive. Je me fais opérer dans quelques jours, la der des ders, suite et fin de ma reconstruction, enfin je croise les doigts. Je vous tiendrais au courant, en attendant, je vous embrasse.

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Changer le regard

Certains qui me lisent savent que je participe depuis plus de 2 ans au groupe Info-Sein initié par l’Institut Curie, qui tente de fournir aux femmes des outils d’aide à la décision d’une reconstruction mammaire chirurgicale ou pas.

Le premier outil a été en début d’année, un livret qui tente de recenser toutes questions qu’on peut se poser, et poser au chirurgie plastique lors d’une consultation. (lien ici)

Le second outil est un film de 52 minutes qui suit le parcours de plusieurs femmes ayant ou non choisi la reconstruction chirurgicale, intitulé « Guérir le regard », réalisé par Caroline Swysen. (à visionner ici) J’en parle ici.

Un troisième outil a récemment été mis en ligne permettant d’aller plus loin, un web-documentaire intitulé également « Guérir le regard », mais qui contient près de 3 heures et permet d’aller plus loin.
Un système de chapitrage nous autorise ainsi à naviguer au gré de nos besoins et interrogations.
(à voir ici)guérir le regard

Les témoignages de femmes reconstruites chirurgicalement ou non, ou entrain de franchir le pas, s’articulent et se complètent. La parole des soignants y est aussi  précieuse. Ils resituent les techniques envisageables les unes par rapport aux autres, en exprimant en parallèle le vécu des patientes. Plutôt rare, je trouve.
Les thèmes comme la sexualité, les finitions, la grande diversité de femmes (y compris sociologiquement), dont certaines n’ont pas vécu leur reconstruction si bien que ça, les hésitations, le choix d’un tatouage artistique, des témoignages de reconstructions à distance de la chirurgie, une belle place offerte aux compagnons, des images de bustes qui arrivent après une interview, qui nous permettent de vraiment d’humaniser les résultats, et ainsi de porter un regard empathique sur chacune de ces poitrines, plus ou moins réussies -mais c’est cela la reconstruction-, tout cela et encore plein d’autres choses que j’oublie là, me font vraiment ressentir que c’est l’outil que j’espérais.
Un des chirurgiens interviewés résume parfaitement le sujet : « La reconstruction, c’est compliqué. »
Oui, c’est tout-à-fait ça ! Voilà ce qu’il fallait montrer et dire. Pour ne rien « promettre » aux patientes. Mais pour les aider à cheminer.

Je ne vous cache pas ma fierté d’avoir participé à l’aventure.
Mon amitié à toutes les femmes impliquées dans ce webdoc.
Et ma reconnaissance à Lydie Wintz et Séverine Alran de l’Institut Curie qui pilotent ce projet inédit et formidable.

Plus d’info sur le site de l’Institut Curie ici.

A quel sein je me voue

Autant je n’allais pas sur les forums durant mes traitements de cancer, autant là, avec le Diep, c’est le contraire !
Tout simplement parce que je n’ai pas peur d’y lire des témoignages qui pourraient me terroriser.
Ici, pas de statistiques, de taux de survie, de stades, d’effets secondaires épouvantables,… de mort qui rôde.

Tout au plus, on peut trouver sur ces forums des complications à la chirurgie, en général suivis d’happy ends. Bref, des forums fréquentables !
En particulier un forum international.

Mais ce qui peut vraiment déstabiliser, ce sont les énormes différences de protocoles d’un chirurgien à l’autre. Pour une même chirurgie, le Diep, les opérations diffèrent parfois, et surtout les recommandations aux femmes opérées.

Prenons par exemple le nombril ! Le petit détail qui a sont importance. La moitié des femmes en auront un tout neuf, alors que l’autre moitié (dont je fais partie) garderont le leur, mais il sera déplacé. Dans mon cas, c’est tellement bien fait que j’ai du mal à y croire ! Aucune cicatrice visible, et ce depuis le premier jour. Trop forts ! (Petite explication : le nombril se trouve au beau milieu du lambeau prélevé. Donc forcément, il disparait -poubelle ?!- ou est recousu à son nouvel emplacement…)

L’essentiel, c’est que 100% des femmes adorent leur nouveau « belly button », appelé encore « bb » tellement ce petit ombilic est tout sauf anodin et secondaire. « une cicatrice, la seule du corps qu’on puisse accepter et aimer » dit le pr. Maurice Mimoun. (A lire un très intéressant article sur le nombril ici.)

Ensuite, il y a les recommandations que font les chirurgiens plastiques à leurs patientes :

Concernant la caféine, certains disent : pas de café, thé ou jus d’orange pendant 15 jours après le diep, d’autres, c’est 3 mois, d’autres encore y rajoutent le chocolat, certains recommandent une abstinence de ces denrées avant l’opération, et encore d’autres ne disent rien sur le sujet ! Ce que j’ai compris, c’est que les produits à haute teneur en caféine peuvent compromettre la réussite d’une greffe… Pour ma part, étant données les quantités astronomiques de thé vert et fort que je buvais, j’ai bien sagement suivi la préconisation de mon chirurgien : pas de caféine pendant 15 jours.

Lors de l’hospitalisation, de grosses différences quant à la posture à tenir : pour moi, 5 jours sans me lever, pour d’autres chirurgiens, debout dès le lendemain, avec conseils de marcher dans les couloirs ! Aux Etats-Unis, on rentre chez soi au bout de 3 jours, en France, c’est plutôt 7. (Là, par contre, je crois bien comprendre à quoi est dû cette variable. Question de gros sous, biensûr.) Le temps entre la sortie de l’hôpital et le rendez-vous post-opératoire diffère également : ça peut aller de 2 à 6 semaines… Là encore, ça pose question quant à la qualité du suivi…barbarella

Autre grand écart : le port d’un soutien-gorge médical. Certaines femmes sortent avec de l’hôpital, et doivent le porter jour et nuit. D’autres comme moi, doivent le porter au bout d’un mois.
Même chose pour la gaine : certaines opérées n’en ont jamais entendu parler. Personnellement, voici la mienne ici. Oui, avec le haut et le haut, c’est quelque chose ! (Je me prendrais presque pour Jane Fonda dans Barbarella !) Nuit et jour le premier mois, puis seulement le jour pendant un autre mois. (Bon, franchement, c’est vivable. Le prix par contre, est plus dur à digérer : 165€ très mal remboursé…)

Bon, et puis il y a le prix du Diep justement. De quoi faire un billet complet sur le sujet. Quand j’en aurai terminé, je ferai le calcul. Rendez-vous au printemps donc pour cela.

Et l’opération en elle-même ?
Tant de différences d’un chirurgien à l’autre ? Pas assez compétente pour le savoir, mais au vu des nombreuses photos que j’ai pu voir, pas tant que ça. Mais je ne connais aucun autre chirurgien que le mien qui enfouisse le lambeau pour retrouver la cicatrice initiale de la mastectomie. Je languis de voir ce résultat. La phase 2 de mon diep s’annonce beaucoup plus lourde que les « phases 2 » habituelles. Il ne s’agira pas seulement d’une symétrisation du sein sain, d’une lipo et de la reprise de la cicatrice du ventre pour gommer les oreilles (oui, c’est le terme ! Les américains disent même dog ears !). On va en plus de tout cela, me prélever un nouveau lambeau du ventre. Mon précurseur de chirurgien va-t-il dépasser mes espérances ?… (J’ai seulement pu voir ses propres photos. Pas mal du tout, c’est vrai.)

Déstabilisant ces différences ? En fait, non. Je ne me fis qu’à mon chirurgien, seule façon de ne pas prendre le tournis. Sûr que s’il s’était agi de protocoles en matière de traitements du cancer, cela aurait été beaucoup plus terrifiant…

c’est une signature, une cicatrice, la seule du corps qu’on puisse accepter et aimer, analyse le Pr Maurice Mimoun, chef de service de chirurgie plastique à l’hôpital Rothschild, à Paris.
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-nombril-centre-du-moi_484979.html#peZ48Kj5AdprRvre.99
c’est une signature, une cicatrice, la seule du corps qu’on puisse accepter et aimer, analyse le Pr Maurice Mimoun, chef de service de chirurgie plastique à l’hôpital Rothschild, à Paris.
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-nombril-centre-du-moi_484979.html#peZ48Kj5AdprRvre.99
c’est une signature, une cicatrice, la seule du corps qu’on puisse accepter et aimer, analyse le Pr Maurice Mimoun, chef de service de chirurgie plastique à l’hôpital Rothschild, à Paris.
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-nombril-centre-du-moi_484979.html#peZ48Kj5AdprRvre.99