Mes Grandes Jorasses à moi

– « Bon courage… »
C’est une petite phrase que j’ai souvent entendu pendant mes traitements, et surtout à l’annonce de mon cancer.
Bon, voilà, on m’espérait du courage, ou bien on me demander d’en avoir.
Mais qu’est-ce-que le courage ? Pas si facile que ça à répondre.
Je viens de lire dans la très intéressante revue ‘Philosophie’ de mai 2009, un grand dossier sur le courage.
Le rédacteur commence ainsi, en envoyant un mail à tous ses amis pour qu’ils lui disent quel est l’acte le plus courageux qu’ils aient accompli dans leur vie… Et si j’avais reçu ce mail, qu’aurai-je répondu ?…?…! Franchement, je n’ai pas souvenir d’avoir été particulièrement courageuse. Même si je pense -forcément- à ma maladie. Et puis en lisant ces articles, j’ai compris qu’il y avait une notion ancienne (le courage héroïque). Et oui, il y a plein de sortes de courages : celui de sauter en parachute, de quitter celui ou celle qu’on n’aime plus, mais aussi celui, plus modeste, de se lever tous les matins !
Ouf ! Je fais donc partie de ceux qui ont du courage !!!!!
On trouve aussi un témoignage dans le dossier, d’un homme atteint de cancer. Il dit qu’il « a fait le choix de vivre et de se battre ». Je n’ai pas l’impression d’avoir fait de choix.

Par contre, à l’hôpital, je me rappelle de ce rêve éveillé :  je suis entrain de gravir une montagne genre Mont Blanc, et pourtant je sais que j’ai des baskets pourries, que je ne suis pas sportive pour un sou, que je ne me suis jamais lancée dans un tel truc de ouf. Au début, je regarde beaucoup en arrière, vers la vallée que je quitte. Après, plus.
Et j’ai beau regarder en haut, je ne vois pas le sommet, car il y a toujours une montagne qui me le cache. Parfois des replats, qui permettaient de souffler un peu…
Et peu à peu, je m’équipe de godasses un peu plus ‘techniques’, je ‘prends du mollet’, quelques barres céréales, et mon chéri et mes enfants me poussent quand je commence à fléchir.
En fait, ce n’est finalement pas le Mont-Blanc, seulement les Grandes Jorasses. On a une vue d’enfer de là-haut, ceux qui l’ont atteint le savent.
Et un jour, je me suis retrouvée à redescendre la montagne.
Maintenant, je vis dans la vallée.
Un peu comme ceux qui vivent au pied de volcans en sommeil…
La vie y est assez douce, il suffit de ne pas trop lever les yeux !