Un nouveau cancer après une reconstruction, ce que ça change médicalement

Lorsqu’il a été question de m’opérer pour m’enlever ma tumeur et poser une chambre pour les chimios, ma reconstruction mammaire a créé quelques anicroches dans le protocole habituel.

Pose d’un nouveau PAC

Pour rappel, j’ai eu un cancer en 2007 sur le sein droit, avec pose d’une chambre implantable, ou PAC, sur le côté gauche, et retiré 4 ans plus tard, j’en parle ici puis . Pour ce nouveau cancer logé dans le sein gauche, il fallait donc me ré-implanter une chambre, côté droit cette fois, donc côté DIEP. Ce qui a causé quelques petits soucis. Etant donné que cette région avait été chambardée par de multiples opérations (lifting et réduction pour symétrisation), c’était moins simple qu’une pose de PAC lambda. On a fait appel à un chirurgien viscéral, qui a eu quelques inquiétudes. Impossible de remettre un PAC au même endroit, car il gênerait une éventuelle radiothérapie. Et étant donné mon histoire, l’enlever à la fin des chimios n’était pas envisageable…
Ce badge sous-cutané, je le garderai cette fois longtemps…
Le chirurgien viscéral voulait donc le feu vert de celui qui avait procédé au DIEP : pouvait-il  aborder la veine jugulaire droite (côté DIEP donc) et poser le PAC en pré-pectoral droit ? Il craignait en effet une nécrose du lambeau… Glups…
Réponse positive de mon chirurgien reconstructeur, on pouvait aborder les voies veineuses sans toucher au pédicule artériel.pacman
Mais s’il n’avait pas été possible de le mettre ni à gauche, ni à droite, qu’il aurait été la solution ? Je n’ai jamais eu de réponse. Bon, au final, côté DIEP donc mais un peu plus haut.

Curage axillaire

Deuxième « détail » que j’ignorais complètement, on ne peut pas bénéficier de la technique du ganglion sentinelle lorsqu’un sein a été symétrisé. Autrement dit, on enlève la chaîne ganglionnaire par sûreté. Car la technique de la sentinelle n’est plus fiable, le sein ayant été remodelé lors de la symétrisation, le ganglion sentinelle n’est peut-être plus au bon endroit. Dans le doute, on fait systématiquement un curage axillaire. Du moins dans l’hôpital où je suis suivie.
J’ai donc 2 curages maintenant, un de chaque côté. Il s’avère que les 9 ganglions retirés étaient tous sains. Une bonne nouvelle que je prends comme telle.

Mais maintenant, plus de piqûres ou prises de sang dans les bras. Il faut demander aux infirmières de le faire au pied, ce que beaucoup ne savent pas faire. En réalité, ce n’est pas plus compliqué, juste une histoire d’habitude. Il est très rare de faire des prises de sang dans le pied au lieu des bras. Dans des cas extrêmes d’héroïnomanes par exemple dont les veines sont HS.

Au labo où je vais, j’ai donc droit presque toujours au biologiste himself, en VIP. Il m’a dit la première fois : « Oh je vous préviens, ça fait beaucoup plus mal ! » Je l’ai gentiment remis en place. D’une part, ce n’est pas une bonne idée de faire peur à la patiente, et d’autre part, il s’est avéré que cela ne fait pas forcément plus mal. Mais en effet, une fois, ça a été une autre personne, et oui, ça a été archi-douloureux…  J’espère que j’aurai toujours mon biologiste !

Autre interdiction normalement suite à un double curage axillaire : prendre la tension aux bras. Lors de mes chimios, à l’arrivée, les infirmières prenaient systématiquement ma tension à la cheville.
Souvent, le tensiomètre échouait d’ailleurs, matériel inadapté. Et lorsqu’il fonctionnait, j’avais des tensions très élevées, qui ne semblaient pas contrarier outre mesure le corps médical. L’effet blouse blanche, me disait-on. Hors, à la fin de ma séance de chimio, on me la reprenait. Cette fois, j’étais allongée, et là, miracle, plus d’effet blouse blanche, une tension correcte.
En me renseignant un peu, j’ai repéré que le bras lorsqu’on prend une tension de manière normale, doit être au niveau du coeur. Ce qui n’est pas le cas avec la cheville dans une position assise. Les résultats sont alors erronés. Puis corrects lorsque j’étais allongée…
Les infirmières étaient très dubitatives quand je leur expliquais ça.
Un médecin pourrait-il confirmer ça ?

Ce qui est certain, c’est qu’un double curage est problématique au quotidien. Ce récent curage s’est bien passé. Pas trop de séquelles. Mais par crainte d’un lymphoedème, je mobilise beaucoup plus qu’avant mon bras opéré il y a 9 ans, l’autre donc. Et le résultat ne s’est pas fait attendre, un lymphoedème s’est déclaré sur cet « ancien » bras…! Quadrature du cercle.

Il n’empêche.
Si j’avais su ce que j’ai appris à postériori sur les conséquences médicales d’une reconstruction lors d’un nouveau cancer du sein, cela n’aurait pas interféré dans mon choix de reconstruction en 2012. Je n’étais plus dans la crainte d’une récidive, j’avais passé ce fameux cap des 5 ans de rémission, et c’était justement cette sensation de guérison qui m’avait porté vers cette décision.
Je n’arrive donc pas à en vouloir à mon cher professeur de ne pas avoir évoqué ces détails. Il m’a fait un super boulot avec ce DIEP. Il n’allait pas me dire ce qu’il pouvait m’arriver si je refaisais un cancer !

Je suis par contre fort étonnée de n’avoir jamais rien lu sur ces détails dans aucun document ou site d’information sur la reconstruction. Pourquoi ?

Publicités

Mon Mont Blanc

Ca y est, j’ai atteint ce minuscule mont blanc.
Au septième temps, mon chirurgien acheva son oeuvre !
C’est un tout petit mont, une toute dernière greffe, et qui a pris, c’est sûr, maintenant.
Toutes mes craintes se sont évaporées lorsque j’ai pu voir, après 5 jours. Mes craintes se focalisaient sur ce téton donneur. A quoi allait-il ressembler après ? Et c’est là qu’a résidé tout mon bonheur dans un premier temps : il n’en est rien. Aucune cicatrice visible, aucune déformation, et aucune douleur. Ca a presque quelque chose de magique.

Quand au site receveur, je suis éblouie.
Au delà de mes espérances.
Je suis enfin arrivée à ce sommet. Comme à une autre époque, j’avais gravi mes Grandes Jorasses.
Presqu’imperceptible sous le pansement. Mais bien là.DSCN6749-002

 

Ne me reste plus maintenant qu’à reprendre un peu le tatouage, trop petit, pas tout-à-fait de la bonne couleur. J’ai pour cela trouvé une médecin spécialisée dans la dermo-pigmentation d’aréoles qui a accepté de tenter une amélioration. Difficile de trouver des spécialistes de cette discipline. En général, cette finition est faite par le chirurgien.

Affaire à suivre donc, ou pas d’ailleurs. Je dois la revoir en septembre, quand tout sera bien cicatrisé. Et qui sait, d’ici là, j’aurai peut-être changé d’avis. Et arrêté là.

La cerise sur le gâteau

J’ai fini par accepter ce que la plupart des femmes refusent, une greffe de mamelon à partir du sein controlatéral. Mon chirurgien va le diviser pour en faire deux…

Parce que la greffe dont j’ai bénéficié en janvier dernier a échoué. Il s’agissait d’utiliser un bout de cartilage de côte et de l’enfouir sous un grain de beauté greffé sur le sein dieppé, pour créer une projection (explications ici). Un mois plus tard, le « soufflé » était retombé. Le sein était redevenu totalement plat. Le cartilage comme avalé.

La greffe à partir de l’autre mamelon m’avait à l’époque était proposée, mais j’avais refusé. Même si « C’est la technique de choix si le mamelon est suffisamment projeté et généreux » comme il est dit dans la littérature médicale (par exemple ici). (Mais attention aux photos…)

Généreux, ça oui, ce sein natif l’a été dans cette aventure… Il en a fait les frais, même si je dois dire que son galbe et sa silhouette sont magnifiques. Mais avec une importante rançon cicatricielle… (schéma ici)

Demain, j’aurai donc cette nouvelle greffe, qui correspond à une 7ème intervention chirurgicale pour cette reconstruction. Légère car pour la première fois, ce sera sous anesthésie locale.

Mais je suis terrorisée. Mon chirurgien arrivera-t-il à me rassurer cette fois ? J’oscille entre la confiance (nécessaire) et la trouille (légitime).
Une énième opération, donc.
Pourquoi pas la technique habituelle dite « du drapeau » ? Pas de greffe dans cette technique. Et bien parce que les séquelles de mes complications antérieures ne le permettent pas. La peau est trop tendue, le sein dieppé trop plat pour en plus, utiliser sa propre peau.cerise

La trouille.
Que mon sein natif se mette à loucher, que je perde en sensibilité, en esthétique…, que la greffe échoue… Une fois de plus, déshabiller Pierre pour habiller Paul.

On dit souvent « cerise sur le gâteau » pour parler de la plaque aréolo-mamelonnaire ou PAM. Si importante pour que le résultat final soit vraiment satisfaisant.
Le professeur Lantiéri s’était offusqué un jour dans une interview qu’on utilise cette image, car pour lui, cela ne doit pas être considéré comme une option, mais bien comme une finition nécessaire.
Pourtant certaines femmes choisissent de s’arrêter là et ne rien faire.
D’autre encore décident d’avoir un tatouage en 3D qui crée un trompe-l’oeil. Le tatoueur chouchou de ces dames est le célèbre Vinnie Myers, un américain qui s’est spécialisé dans cette technique. Une véritable star.
Son portfolio ici.
Sans doute bluffant, mais j’aimerai vraiment une projection. Et le tatouage en 3D semble peu ou pas pratiqué en France.

Je suis donc là, dans l’expectative.
Et dans l’espoir d’en finir avec la chirurgie. Enfin.