Quinze

Quinze opérations en 10 ans de cancer.

La quinzième prévue en fin d’année, pour finaliser ma seconde reconstruction.
La 14e faite il y a 15 jours.
Ce chiffre me donne le tournis.

Uchronia

Uchronia – Burning Man © Arne Quinze

Bien sûr, toutes n’étaient pas nécessaires.
Ca aurait pu être seulement 2 mastectomies, 2 déposes de chambre implantable, 1 annexectomie.
Les 10 autres sont dûes à ce choix de reconstruction : 7 pour le DIEP (on m’avait dit 3…) et 4 pour le MSLD ou petit dorsal (on m’avait dit 3).
Complications dans les 2 cas qui ont nécessité des interventions supplémentaires.

10 interventions de reconstruction = incompréhension et lassitude de l’entourage.
La maladie jette un voile sur le corps. Une fois que le cancer est traité, maîtrisé, il faudrait passer à autre chose. Reprendre sa vie. Avec en plus l’injonction d’en profiter un maximum ! Et bien sûr, cacher ce(s) sein(s) que personne ne saurait voir.
Vus par nous seule, et les soignants. Et le conjoint, s’il ne détourne pas les yeux.

Un peu seule sur le chemin. La poitrine devenue vestige d’un temps d’avant.

Pour beaucoup, me relancer dans une seconde reconstruction, relevait de l’insondable. Recommencer ?! Après une première reconstruction si longue et mouvementée ?! Comment leur expliquer que ce n’était ni envisageable de revivre ça, ni envisageable de redevenir amazone ?

Ta maison a été ravagée par un tsunami, tu as habité 5 ans à côté, un Algeco pas trop mal. Puis tu as remonté les manches pour la reconstruire car l’énergie est revenue, et le souvenir d’un avant te hante ; et tu en es même venu à t’imaginer que ça ne risque plus rien de revenir y habiter, et tu te trouves tellement à l’étroit dans cet Algeco. Ok, elle n’est pas comme avant, ta maison retapée. Mais bon, c’est le retour à la normale, le home sweet home bien mérité après les tempêtes. Elle t’a vraiment coûté cher, et tu l’aimes comme elle est.

Alors quand vient un second tsunami, tu n’arrives plus du tout à envisager de retourner vivre à côté, dans l’Algeco. Tu as l’opportunité de rebâtir une fois de plus ta maison, alors tu remontes de nouveau tes manches et tu le fais avec l’énergie du désespoir. Ce n’est même plus une question de choix. Tu n’as pas le choix en fait. On te propose de ne pas passer par la case Algeco. Alors tu y vas. Parce que sinon, ça voudrait dire que tous les efforts que tu as fait la première fois n’auraient servi à rien. Et ça, c’est juste pas possible. Et aussi parce que tu crois que cette fois, vu que c’est anticipé, la reconstruction sera super belle, tu y crois. Naïvement, presque aveuglément. Même si le « comme avant », tu n’y crois plus depuis longtemps. Tu n’as juste pas envie de partir de chez toi, ce chez toi que tu as la sensation d’avoir vraiment mérité.

Aujourd’hui, ma nouvelle maison est quasi finie.
Différente de l’originale, très imparfaite. Ceci-dit la dernière intervention a bien amélioré ma silhouette.
Je suis satisfaite, j’ai un peu digéré la Bérézina d’octobre, fait le deuil d’un « beau résultat » puisque certaines erreurs commises ne peuvent être effacées.Banksy

Ce sera bientôt fini, et j’ai d’ores et déjà retrouvé une symétrie. Mon chirurgien a réussi à pas mal rattrapé le coup.
Mais c’est encore une histoire de curseur, comme je le disais en 2015 lors de mon DIEP (voir le billet « Satisfaction, une histoire de curseur » ici).

Parfois la sensation de bégayer…!

 

 

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Une année écoulée depuis ma récidive

Une année écoulée depuis ma récidive.
Nouvelle d’un cancer dans mon autre sein en juin, presque 9 ans après mon premier, tumorectomie puis chimios tout l’été, nouvelle de ma mutation BRCA1 à l’automne, mastectomie avec reconstruction (ratée), annexectomie en début d’année (avec 2 arrêts cardiaques), seconde intervention de reconstruction en mars, accident de vélo en mai, et un mois d’arrêt supplémentaire…
Et là, reprise du travail à mi-temps thérapeutique pour 3 mois.éphéméride

Je viens de relire le billet sur ma mastectomie avec reconstruction immédiate, et son ratage (lire ici). Cette première intervention me laisse encore un goût amer, et c’est sans doute pourquoi je m’exprime peu sur le sujet. Et je ne la regarde pas quand je suis face à un miroir.

Malgré une deuxième intervention fin mars pour essayer de rattraper.
En fait, je suis à chaque nouvelle intervention (une 3e prévue cette été), très divisée. Je me refuse à trop espérer un beau résultat pour ne pas trop morfler si ce n’est pas terrible, et en même temps, forcément, je garde espoir. Mon coeur balance en permanence, traumatisé par cette MRI d’octobre.

Techniquement, en mars, mon chirurgien a réussi à baisser ce sein beaucoup trop haut. C’était un énorme challenge, car il y avait environ 5 cm de différence. Pas tout-à-fait au même niveau, mais je m’en contenterai. Il était à un moment question de baisser mon DIEP si ça ne suffisait pas (possibilité émise mais carrément redoutable pour moi).

Comment l’a-t-il ‘descendu’ ? En réouvrant, et en re-fabricant un sillon sous-mammaire à peu près au bon endroit, et en le remplissant de chair. En effet, il a découpé mes 2 poignées d’amour (derme et graisse), – en allongeant du coup, la cicatrice du DIEP -, et à bourré ces 2 parties prélevées dans mon sein, comme de la ouate dans un coussin ! Cette greffe ne marche pas à tous les coups… Ouf, ça a pris. En 2013, j’avais aussi eu ce type de technique, pour la phase 2 du DIEP. Mon chirurgien avait réouvert en rempli mon DIEP avec de la peau du ventre retiré pour peaufiner la cicatrice d’abdominoplastie. Sauf que ça n’avait pas pris, infection, ré-intervention un mois plus tard pour nettoyer, bref, j’étais assez fébrile sur ce coup-là…
Et d’ailleurs, je ne comprend toujours pas comment ça peut ‘prendre’, comment les tissus peuvent de nouveau s’irriguer, s’oxygéner et redevenir miens, comme ça…

Un lipomodelage (que j’ai aussi eu ce jour-là) n’aurait pas suffit à recréer le sillon mammaire disparu. Il fallait de la matière plus consistante !

Il a ensuite enlevé le bourrelet sous mon bras (quoique cela me gène un peu encore, surtout après un effort du bras), rajouté du coup, des cicatrices. J’ai maintenant la cicatrice du dos qui rejoint quasiment celle du sein. Alors que normalement, au niveau de l’aisselle, il y a un « tunnel » et la peau reste indemne.
Quant à la forme « ballon de rugby » de la future aréole, la partie ‘patch’, la peau de mon dos qui remplace mon aréole enlevée, elle a été réouverte afin de remplir le sein par les poignées d’amour, comme je l’ai dit.. Sa forme reste identique, quoique plus encore enfoncée dans le sein, en creux. Donc encore pire qu’avant.
J’ai toujours un sein trop plat, plissé par endroits, les soutiens-gorges tournent et ne se retrouvent pas bien positionnés, avec un côté à moitié vide. Mais maintenant, je peux mettre des soutiens-gorges, c’est déjà ça.

Cette deuxième intervention est tout-de-même un progrès énorme, je reconnais. Il n’empêche, cette reconstruction reste un fiasco pour moi.

Avoir décidé d’aller sur Lyon avec ce que ça comporte comme complications organisationnelles, pour être sûre d’avoir le meilleur résultat, pfff…
Quant à cette technique du petit dorsal (précisions ici), je ne pas encore dire qu’elle ne laisse aucune séquelle fonctionnelle. Il faut du temps pour juger.

Depuis octobre, mon obsession, c’est en finir le plus vite possible. Enquiller les interventions avec le moins de temps entre chaque, EN FINIR.

Ras-le-bol.

Il y a un mois, j’ai fait une très méchante chute à vélo, j’ai fini aux urgences, ils n’ont rien trouvé de cassé. Néammoins, je suis tombée à plat ventre sur mon sein opéré un mois et demi avant… Douleurs similaires aux suites post-op. Le cauchemar. Et la trouille que le muscle du grand dorsal soit lésé. Et que mon opération de cet été soit repoussée.

Ouf, je vais mieux.

Bon, j’ai fini par trouver un maillot de bain qui cache le plus de cicatrices fraîches possible. Non pas pour le regard, mais pour le soleil, l’ennemi pour cette année. Pas toutes malheureusement, ce serait mission impossible à moins d’un burkini !
Puisqu’il s’agit de garder à l’ombre mon ventre (annexectomie), mes hanches (cicatrices des poignées d’amour), mon dos (le plus gros challenge). La cicatrice du PAC retiré, tant pis, je la recouvre simplement d’un pansement pour le protéger du soleil.
Un maillot de bain avec des coques, pour un peu symétriser le truc.

Vivement l’année prochaine.

Tumorectomie vs mastectomie

Voilà, c’est décidé, j’ai demandé une MRI : mastectomie avec reconstruction immédiate.

En juin dernier, ma tumorectomie a permis de retirer une tumeur d’environ 1 cm dans mon sein gauche, l’ancien sein sain. La chirurgienne aurait bien opté pour une mastectomie totale étant donné mes antécédents, mais j’ai demandé une conservation du sein, en attendant les résultats génétiques.
Demande validée en RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire). Le protocole serait le suivant : tumorectomie, chimio, rayons.
Ou si les résultats génétiques montraient une mutation BRCA1 ou 2, à l’issue des chimios, mastectomie et reconstruction immédiate. Sans radiothérapie.

J’ai donc eu une tumorectomie, une victoire pour moi à l’époque. En effet, à peine un an après la fin de mon DIEP côté droit, et son cortège des complications (7 opérations en tout), autant vous dire que reperdre un sein, même s’il était reconstruit dans la foulée, m’était juste impensable. Bien sûr que si la RCP n’avait pas jugé que l’option acceptable, j’aurai obtempéré.
Ma chirurgienne a donc enlevé la tumeur et largement autour, au cas où. En tout, un morceau de plus de 6 cm de diamètre. Mon sein n’a pourtant pas été trop cabossé, et ressemble maintenant plus au profil de l’autre diepé, moins rebondi. La cicatrice est assez mal placée, vers le décolleté, mais ce sein gardait des stigmates de la symétrisation, donc ça m’est égal.

Et puis, et puis…marelle
Lorsque les résultats d’anapath sont tombés, j’ai commencé à me poser des questions. Autour de ma tumeur, de multiples foyers de carcinome intracanalaire (in situ), avec des berges saines de 1 millimètre, autrement dit rien. J’ai peu à peu eu la sensation que je portais une bombe à retardement.
Cette possibilité initiale de mastectomie qui me paraissait vertigineuse, impensable, devenait peu à peu moins effrayante. Cet été, j’ai pu observer chez moi un cheminement que je n’aurai jamais imaginé, et aussi rapidement. Il m’aura fallu moins de 2 mois pour reconsidérer totalement ma décision. Je demandais alors à l’oncologue remplaçante, ce qu’elle en pensait : et si finalement, et sans faire peser dans la balance une éventuelle prédisposition génétique, j’optais pour une mastectomie ? Elle me dit que c’était le bon choix. La semaine suivante, je demandais à mon oncologue. Elle me répondit la même chose.
Ces deux réponses comme un détonateur : retirez mon sein, qu’on n’en parle plus. Il m’a bien-sûr été expliqué que cela ne réduirait pas à néant mes chances de récidives. Mais diminuerait le risque, c’était certain.

Alors voilà, à la place de la radiothérapie, une MRI.

L’espace d’un été, j’ai cheminé. Je ne sais pas encore si je suis porteuse d’une mutation, et cela ne changera rien à ma décision. Juste j’aimerai tellement ne pas infliger cette malédiction sur ma fille.
Je sais que j’agis sous la peur, et que peut-être, les chimios et la radiothérapie auraient éradiqués les cellules qui restaient.
Mais je suis déjà hors statistiques pour pas mal de mes cancéro-mésaventures. Donc je ne fais plus dans la dentelle. On tranche !