Comme un drôle de pique-nique

pique-niqueJe vois un groupe de parole comme un drôle de  pique-nique dans le jardin d’inconnus. On arrive avec notre barda. Plus ou moins lourd. Et on déballe (ou pas), on partage, on goûte ce que le voisin nous présente. On échange des recettes, parfois. Certains ont apporté une jolie nappe et proposent aux autres de s’y assoir. D’autres se tiennent plus en retrait.
A la fin de la séance, on remballe. Plus ou moins vidé de son barda. Mais avec forcément la sensation d’avoir vécu un moment unique. Certains qui ne s’y retrouvent pas, ne reviendront d’ailleurs pas.

Je ne participe plus à un groupe de travail depuis longtemps maintenant, si ce n’est de façon occasionnelle, invitée par la Ligue. Et c’est à chaque fois un moment qui me brasse, sans doute, mais qui me rend plus forte. C’est certain.

Alors c’est agaçant, l’image que renvoient les groupes de parole, par exemple dans le cinéma : presque systématiquement vus sous un aspect comique. Et les participants souvent ridiculisés.
Et plutôt dans des comédies, forcément.
Je pense par exemple aux « Emotifs anonymes » (2010) – lire au passage un bel article ici-, ou « Le Pari » (1997) et son « bien, pas bien » qui me fait marrer biensûr. Mais enfin, quelle image ! Sans parler de « Nos Etoiles contraires » sorti cet été… A chaque fois, l’animateur est frappa-dingue, ou allumé religieux, etc. Même dans « The Big C » que j’adore (j’en parle ici). Quel dommage, c’est pourtant un quasi sans-faute pour cette série. Mais là, elle cède à la facilité !

Pourquoi tant de caricature ?
En réalité, il existe bien des groupes de paroles avec des fonctionnements qu’on pourrait croire sectaires. Prenez les EA, émotifs anonymes et leurs 12 étapes, slogans, etc. Petits frères des AA, alcooliques anonymes et leur prière de la sérénité, leurs 12 étapes, traditions… La religion a aussi une part importante dans les groupes américains (« Big C », « Etoiles contraires »).
En général, les personnages atterrissent dans ces rencontres sans trop y croire, et ne s’y retrouvent pas. Et on les comprend étant donné cette obligation de parole, le tutoiement, l’animateur prêcheur, les codes…
Heureusement, il y a les très beaux films « Un dernier pour la route » et le téléfilm « Un singe sur le dos » (2009).

Mais ce que je connais est bien loin de tout ça.
Les groupes de parole que je connais sont bien différents ! Même s’ils sont assez cadrés. En voici un ici qui en résume bien le fonctionnement.
Lorsque j’y suis allée pour la première fois, ce n’était pas un moment où je pensais en avoir vraiment besoin. J’en parle ici.
Il n’empêche, cela m’a aidé de partager un vécu que j’avais encore du mal à digérer. Il s’y dit des choses qu’on ne dit pas ailleurs, parce que c’est trop pour les autres. En même temps, le fait que je m’en sois tiré était une réelle lucarne pour celles (oui, surtout des femmes) qui démarraient le parcours. D’autres personnes en rémission comme moi, ressentaient le besoin de venir : cela m’a permis de me débarrasser du complexe je n’en avais plus besoin puisque j’étais en rémission.

Alors bien sûr, on se demande comment cela peut se passer si une personne dans le groupe est à un stade avancé de la maladie alors qu’on est en rémission. Et vice-versa d’ailleurs. Comment s’y retrouver si les autres s’éloignent de la maladie alors qu’on a la sensation de s’enliser ? Ne vais-je pas flancher si l’autre craque ?…
Je ne saurai quoi répondre si ce n’est mon propre vécu.
D’une part, la psychologue qui mène le groupe a les coordonnées des participants, et peut donc orienter la personne qui perd trop pied vers des rendez-vous individuels.
Mais d’autre part, il me semble qu’à chaque fois qu’il y a eu des moments assez difficiles, le groupe est arrivé à faire front, et a donné la sensation de « porter » celui qui va mal. C’est assez difficile à expliquer. Mais c’est sans doute un truc connu en psy. Quand l’autre flanche, on ne flanche pas, au contraire. On a l’énergie de le soutenir. Et de plus, on a été « heureux » d’avoir pu, un tant soit peu, venir en aide, même juste un petit peu.

A lire : « Groupes de paroles : lequel choisir ? » ici

 

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Rejoindre la rive

Ca y est… j’ai rejoins la rive. La terre ferme, celle des bien-portants.
C’est enfin arrivé. J’ai dépassé les 5 années de rémission il y a quelques semaines. Je suis guérie pour les médecins.Mélilotus

Même plus à 100% depuis quelques mois. Pour la sécurité sociale, c’est 5 ans après l’opération. Pour les médecins, 5 ans après les traitements.

A force de l’avoir entendu, lu, ainsi, je suis susceptible d’être à nouveau atteinte d’un cancer comme n’importe quelle personne.
Je retombe dans les 10% de chance d’avoir un cancer.
Après avoir vécu avec la statistique de 37% de chances de récidive.
Il me revient en mémoire tous ces chiffres, et ces années d’attente depuis 2007. M’imaginer en 2013 était… inimaginable. Et puis voilà, j’y suis. C’est comme si on vous demandez de vous projeter là, aujourd’hui, en 2018. De la science-fiction !

Et je repense au rêve éveillé de la barque que j’avais fait alors…
Je n’ai pas rejoins la rive des bien-portants du jour au lendemain. Ca se fait en douceur, voire en douce ! J’ai même raté la date exacte ! Pas fêté ça avec du Champagne. Je le voulais, et puis j’ai oublié. Bien contente d’avoir oublié, d’ailleurs.
Lorsqu’on me dit « Oh, ton petit dernier a 5 ans 1/2, qu’est-ce que le temps passe vite ! »… hum, pas pour moi. Il m’aura fallu ce temps en effet pour guérir. Ce ne sont pas des blagues ces stats finalement ! Ou bien alors c’est à cause de cette barrière des 5 ans que je n’ai pas réussi avant à me sentir vraiment guérie ? Va savoir.
5 années où ma vie a été emplie de cancer.

Je ne crie pas victoire. Parce que si le cancer me quitte, du moins je veux le croire, il est encore ailleurs, pas si loin de moi. Ne serait-ce que dans le souvenir de celles qui…

Le puzzle est remonté, il manque juste une pièce. Mon sein disparu. Aucune ne pourra le remplacer. Il n’empêche, maintenant que tout le reste s’estompe (la peur, le souvenir des traitements, …), je sens que j’ai du mal à faire le deuil de cette pièce manquante. Ces 5 années n’y auront pas suffit pour le coup.
J’ai espéré voir Dieu à Paris, je n’ai rencontré qu’un chirurgien distant. Mauvaise pioche une fois de plus. Pas de bol. Trop difficile, Méli ? Pas assez motivée ? Toujours aussi trouillarde ?
Mais ce n’est pas si grave. Je travaille à l’idée que l’essentiel est ailleurs.

Je reviendrai sans doute faire un tour ici si je procède à une reconstruction chirurgicale.

G., 5 ans 1/2 : "Maman guérie"

G., 5 ans 1/2 : « Maman guérie »

Je vous laisse donc, me retire sur la pointe des pieds de la blogosphère. Mais je voulais une dernière fois témoigner, écrire ce que j’aurai aimé lire ou entendre du temps où les 5 années me paraissaient des décennies : On peut, un jour, ne plus voir l’épée de Damoclès. Se sentir guérie. Vraiment. C’est possible.

Je vous remercie de votre présence toutes ces années, vous embrasse, et vous souhaite le même apaisement.

J’arrête là le blog mais continuerai à toujours répondre aux commentaires et messages privés.

Non-anniversaire

Je m’étais dit que cette année, je ne fêterai pas mes 5 années de cancer. D’abord parce que mon oncologue me l’avait bien fait remarquer, on parle de rémission seulement à partir de la fin des traitements. Il faudra donc attendre mars 2013…
Mais c’était assez troublant cette année, car les jours de la semaine coïncidaient parfaitement. Le lundi 20, j’avais découvert une grosseur douloureuse au sein, le mercredi 22, j’avais eu une échographie, le vendredi 24, une biopsie, etc… Cette litanie, je me la gardais pour moi, mais pas envie de la faire partager. Et encore moins sur mon blog.

Et surtout, un fait avait balayé tous ces anniversaires. Ce mardi 21, je me suis rendue aux funérailles d’une proche morte d’une longue et douloureuse maladie… Un cancer du sein qui l’a balayée après 15 mois de souffrance. Alors mes dates anniversaires paraissaient bien peu de chose face à cette donne-là, cette semaine-là.

Et puis, et puis…

V’là-t-y pas que jeudi soir, lors d’une après-midi baignade à la rivière, je me prends un énorme gamelle de tout mon long sur des galets, alors que j’aidais mon petit garçon afin qu’il ne glisse pas (!). J’ai cru ne pas me relever, et j’ai fini… aux urgences de l’hôpital le plus proche. Naaaan ?!…. Si. Bon, rien de vraiment grave, je boite et j’ai mal de partout mais c’est tout.

Ah ces dates-anniversaires, c’est terrible. Finalement, faut-il vraiment leur tourner le dos ? Elles semblent capables de se venger.

En fait, la vraie date, celle qui compte, c’est le 29, non pas parce que c’est le jour où l’on m’a annoncé mon cancer (hélas si pourtant, horrible coïncidence), pouah, mais parce que c’est le jour où ma fille aura ses 16 ans. Je lui prépare des cadeaux, mais je sais que c’est moi la plus gâtée.