« The Big C »

Enfin ! J’ai enfin pu voir la fin de cette série qui m’a emballé.
D’habitude, je fuis les séries, trop chronophages. Mais grâce à mon DIEP et mes arrêts maladie, j’ai enfin pris le temps.
Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une série américaine en 40 épisodes, 4 saisons, qui traite du cancer, le fameux big C.
Lorsque j’avais vu la pub et la bande-annonce à sa sortie US en 2010, j’avais été très dubitative. En effet, on nous annonçait une série sur une femme, Cathy, d’une quarantaine d’années très glamour (images de promo aux antipodes du personnage, quelle idée ils ont eu ? Peur que le sujet fasse fuir sans doute…), atteinte d’un cancer (mélanome) incurable, et on nous promettait que tout cela sera une comédie… hum, hum… Méfiante, donc.

Quand j’avais vu le premier épisode, je me suis dis que même si les personnages sont plutôt attachants, l’héroïne n’était pas crédible pour un sou : on lui annonce LA nouvelle et elle continue à faire comme avant, ne semble pas affectée, ne dit rien à personne, etc. Ouais, bof.
Et puis, et puis… à partir du deuxième épisode, tout prend sa place, tout devient juste, et effectivement on est dans la comédie, mais la comédie dramatique !the-big-c

J’ai totalement adoré cette série. Elle sonne tellement juste, et TOUT y est abordé. Le déni (premier épisode), la difficulté de le dire à ses proches, leurs manières de gérer ça, le fils ado perturbé qui n’arrive pas à être sympa avec sa mère qui l’agace, le mari défaillant, les traitements, la condescendance de certains, la sexualité, les médecines parallèles, les relations avec le corps médical, les soucis d’argent, l’impossibilité d’avoir des projets, les amitiés avec d’autres malades, la vie professionnelle ballotée, les désirs de faire avant de mourir, la nécessité de soutenir l’entourage (!), renouer avec un père absent, se dépasser, avoir un deuxième avis, y croire, désespérer, se ressaisir, accepter,…

Mais il ne s’agit pas de parler de tout cela et de bien d’autres choses pour faire une série géniale. Le Big C, c’est bien plus que ça. On passe du rire aux larmes en permanence, l’actrice qui joue Cathy est exceptionnelle (la capacité de sourire triste par exemple !). Tout sonne juste.
Rien n’est jamais lourdingue, aucun cliché, jamais, pas de stéréotype, Cathy n’est pas une battante, elle est juste entrain de gérer un truc énorme. Mais comme elle a du caractère, c’est souvent très poilant.

Exemple : (saison 2, 13e épisode)
– Bonjour, je voudrais m’inscrire pour le marathon de vendredi.
– Vous venez après la date limite.
– Bon écoutez… j’ai en quelque sorte une date-limite moi aussi. ‘ai un cancer. Donc pour moi, c’est l’occasion de faire un voeu.
– Désolée, c’est trop tard.
– Quoi ?… Est-il possible que vous soyez la seule personne au monde à ne pas avoir été touchée par le cancer ? Est-ce-que mon argument ne trouve pas d’indulgence à vos yeux ?
– La règle, c’est la règle.
– Vous devriez mettre ça sur votre tombe, ça impressionnera tout le monde.
(Elle s’en va)

Cathy est une personnalité tellement attachante, et capable de réparties franchement jubilatoires (normal, c’est un personnage de fiction).
Et quelle bonne idée de ne pas avoir choisi un cancer du sein. Le scénario aurait été différent, et aurait dû laisser la part belle à l’espoir vraisemblable d’une guérison, ce qui aurait totalement changé la couleur du récit, et bien entendu la posture du spectateur. Et on évite du coup, toutes les aspects spécifiques au sein (sensation de la perte de la féminité par exemple) qui aurait brouillé le récit. Car il est là question du Cancer, de tous les cancers en somme.

La série est découpée en 4 saisons :
Acte 1 : l’annonce
Acte 2 : les traitements
Acte 3 : l’accalmie
Acte 4 : la mort

Le dernier acte, inéluctable depuis le départ, je me demandais comment il serait traitée. La fin serait-elle à la hauteur du reste ? Absolument ! Terriblement !
Il n’aurait pas été envisageable qu’on nous fourgue une guérison, sinon le reste se serait écroulé. (ça me rappelle la guérison du cancer de Lynette dans les Desesperate housewives ici tellement peu crédible)
Donc voilà Cathy en fin de vie. Je suis forcément moins experte sur le sujet pour juger. Mais tout-de-même un peu.
Waouh.  A voir absolument.
Une fois de plus, rien n’est oublié.
Cathie qui décide d’organiser sa mort comme elle a organisé le foyer jusque là, mais Cathie qui perd ses forces, quitte son travail d’enseignante, qui n’arrive plus à la maison, qui met du temps à accepter la descente, qui fait semblant d’aller bien avec ses proches, jusqu’à ce que ce ne soit plus possible, Cathie qui décide de rejoindre un service de fin de vie,… Le fils qui a tellement grandi en si peu de temps, le mari qui craque…
Je ne spoile pas plus. Parce que ce serait en plus tellement restrictif.
Une fin magnifique, à la hauteur de l’ensemble de la série, toujours sur le fil sans jamais verser dans le mélo.

Ca m’a fait un bien fou de voir qu’une fin apaisée est possible. D’accord, c’est du cinoche, mais permettez-moi d’y croire.

Oui, en fait, le Big C se termine par une happy end.

 

Quelques extraits pour vous donner une (petite) idée :

De la difficulté d’annoncer un cancer à son frère (en VO) : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19320026&cserie=7432.html

Où l’on découvre la petite famille de Cathie : http://www.canalplus.fr/c-series/pid3765-c-the-big-c.html?vid=882509

Rendez-vous avec son oncologue :http://www.canalplus.fr/c-series/pid3765-c-the-big-c.html?vid=741732

Les 3 premières saisons sont trouvables sur un site pasbien, mais pas la quatrième semble-t-il.
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Ne pas comparer

Ne pas comparer, c’est ce qu’on m’a dit au début…Hopital

Ne pas comparer les pronostics, ne pas comparer les opérations, les effets secondaires, les protocoles de soins, …

Je pense avoir suivi bon an, mal an, ce conseil avisé. Ceci-dit, j’adorais qu’on me raconte que telle personne, même si je ne la connaissais pas, s’en était sorti, que ça faisait 10 ans maintenant, et que pourtant, blablabla… Ca m’aidait. Par contre, j’étais assez gonflée pour penser qu’il ne fallait pas comparer lorsque l’issue était défavorable. « Chaque cancer est différent, il ne faut pas comparer ».

Bref, je m’en sortais plutôt bien avec le cancer des autres, du moins sous cet aspect-là de l’identification. Ton (son) cancer n’est pas le mien.

Jusqu’à ce qu’une personne que je côtoyais dans mon travail depuis plus de 20 ans, a été diagnostiquée d’un cancer du sein.
(Au passage, suivie par des mammos tous les 2 ans, comme quoi, le discours du « pris à temps »…)

Là, c’est devenu beaucoup plus compliqué de prendre du recul.
J’ai suivi pas à pas sa lente descente vers la mort comme si je regardais un autre moi-même qui n’aurait pas pris le même chemin.

Chemins très vite différents. Pour tout un tas de raisons, d’ailleurs. Alors que j’étais suivie par un centre hospitalier, elle a été prise en charge dans une clinique – dont j’avais entendu des horreurs – . Impossible de le lui dire, je l’ai su alors que le processus de soins était enclenché, et connaissais l’état de fragilité de ces moments. J’ai donc attendu. Et là, j’ai comparé…

La prise en charge déjà, tellement différente.
Par exemple, le bilan d’extension qui s’est fait deux semaines après l’opération. Et en plusieurs temps. La scintigraphie par exemple dont elle aura les résultats 10 jours après. Alors que mon bilan s’est déroulé en une seule journée et alors que j’étais encore hospitalisée, et que les résultats m’ont été donnés le jour-même.
Elle fût ensuite confrontée par son chirurgien-oncologue (oui, les deux, ça facilite la concertation, ça !) au choix atroce de garder ou non son sein, j’en parlais déjà ici
Quant à la pose du PAC, anesthésie générale : pourquoi ?… 2 en fait car on l’avait mal « arrimé ».
Plus tout un tas d’autres détails que j’ai comparé…

Une prise en charge radicalement différente donc…

Et puis… une progression de la maladie elle aussi fort différente. Et le couperet qui tombe : chimios à vie. C’est alors que je lui ai conseillé d’aller chercher un deuxième avis. Ce qui nous a séparé. N’avais-je pas mis assez les formes ? Possible. Moins de 20% des malades du cancer font cette démarche. Trop déstabilisante.
Il n’empêche que nous nous sommes rapprochées vers la fin, alors que ni elle ni moi, ne pensions que c’était la fin. Parce que notre combat était le même, nous ne voulions voir l’évidence.
Chaque fois que j’allais la voir à la clinique, je savais que j’avais rendez-vous avec elle, mais aussi avec Le cancer. Difficile place de celle qui s’en est sortie face à celle qui lutte car la mort rôde.
Alors qu’autour d’elle, les proches avaient compris, à l’évidence, elle et moi nous y refusions.
Cette énième chimio tant attendue et qui n’est jamais venue, nous étions les seules à nous y raccrocher.
Tout ça nous a rapproché certes, mais ne nous a-t-il pas aussi empêché d’aller à l’essentiel, et à parler de la mort qui arrivait.
J’ai ressenti un énorme ratage, car un jour, on lui a dit que c’était fini. Elle n’a plus jamais parlé.

Non-anniversaire

Je m’étais dit que cette année, je ne fêterai pas mes 5 années de cancer. D’abord parce que mon oncologue me l’avait bien fait remarquer, on parle de rémission seulement à partir de la fin des traitements. Il faudra donc attendre mars 2013…
Mais c’était assez troublant cette année, car les jours de la semaine coïncidaient parfaitement. Le lundi 20, j’avais découvert une grosseur douloureuse au sein, le mercredi 22, j’avais eu une échographie, le vendredi 24, une biopsie, etc… Cette litanie, je me la gardais pour moi, mais pas envie de la faire partager. Et encore moins sur mon blog.

Et surtout, un fait avait balayé tous ces anniversaires. Ce mardi 21, je me suis rendue aux funérailles d’une proche morte d’une longue et douloureuse maladie… Un cancer du sein qui l’a balayée après 15 mois de souffrance. Alors mes dates anniversaires paraissaient bien peu de chose face à cette donne-là, cette semaine-là.

Et puis, et puis…

V’là-t-y pas que jeudi soir, lors d’une après-midi baignade à la rivière, je me prends un énorme gamelle de tout mon long sur des galets, alors que j’aidais mon petit garçon afin qu’il ne glisse pas (!). J’ai cru ne pas me relever, et j’ai fini… aux urgences de l’hôpital le plus proche. Naaaan ?!…. Si. Bon, rien de vraiment grave, je boite et j’ai mal de partout mais c’est tout.

Ah ces dates-anniversaires, c’est terrible. Finalement, faut-il vraiment leur tourner le dos ? Elles semblent capables de se venger.

En fait, la vraie date, celle qui compte, c’est le 29, non pas parce que c’est le jour où l’on m’a annoncé mon cancer (hélas si pourtant, horrible coïncidence), pouah, mais parce que c’est le jour où ma fille aura ses 16 ans. Je lui prépare des cadeaux, mais je sais que c’est moi la plus gâtée.