Mammo-technique

Mon oncologue m’avait conseillé de faire ma mammographie vers la date-anniversaire de mon opération, car c’est une date qu’on oublie pas.
C’est mammo-technique en somme !
Je vais toujours au même endroit, que j’excècre. Une clinique, conseillée par ma généraliste pour la fiabilité de ses radiologues. Alors j’obtempère, mais à reculons.
Le luxe pompeux de la salle d’accueil, les plantes vertes en plastique, l’ostentation des tableaux d’art contemporain déclinés dans tout le service, y compris dans les salles d’examen, vulgaires et tape-à-l’oeil, me ramène toujours à la tirade des Inconnus… »Plutôt Braque, Vazarely ?… » ! (revoir ici juste pour le plaisir)

Toute cette obséquiosité m’exaspère, d’autant que le moment n’est pas anodin.
Et là, une nouveauté qui renforce mon agacement : un mammographe tout neuf. Comme ça, ce pourrait être une bonne nouvelle, mais voilà que tout est gâché par la lumière. Chromothérapeutique me dit la manipulatrice !

Je cite ce qu’en dit Siemens : « La mammographie ne doit plus être un examen traumatisant. Aussi il est important de tout mettre en œuvre pour accueillir la patiente dans un environnement rassurant et convivial. Le concept unique de panneau rétro-éclairé Moodlight du MAMMOMAT Inspiration  crée une ambiance lumineuse qui détend et captive l’attention grâce à une variation douce et continue des couleurs. »

Convivial ?! Faut pas pousser !pink_floyd_-_dark_side_of_the_moon
Des lumières changeantes pour une ambiance new-age , le pompon ! Du coup, je me suis crispée sur le fric déployé pour donner soi-disant une ambiance relaxante. Ah oui, ça m’a captivé, remarquez !
Fort heureusement, ça n’a pas été long.

Car ce que la manipulatrice aurait dû me dire, c’est que la nouveauté – et donc le progrès-, ce n’était pas ces couleurs pastels ridicules, mais bien la rapidité de l’acte, en plus de la performance des résultats, leur rapidité d’obtention, et la diminution des doses d’exposition. (en savoir plus ici)

C’est ce que m’a expliqué le radiologue 3 minutes après la fin de l’examen qui n’a pas duré plus de 5 minutes.
Et c’est bien tout cela, le véritable progrès.

Je vous mets un lien vers le fabriquant. A voir absolument la première vidéo en bas de cette page, sur le lancement de cet appareil : C’est tellement bling-bling…

Ca vaut son pesant de cacahuètes !

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Mrs. Burns

Salle d’attente de médecine nucléaire TEP hier.

Je croyais bêtement que ce retrouvaient ici seulement des personnes atteintes de cancers, mais à l’évidence non, c’est tout le contraire à en croire les bavardages : problèmes de pieds, hanches, coeur, poignée, dos,… Les opérations des uns, les douleurs des autres. Des noms de maladies, mais pas celle qu’on prononce moins fort…

(Médecine nucléaire égal cancer, voici ce que je croyais avant.)

Ces gens parlent trop, trop fort, et surtout se plaignent tant et tant qu’il m’est absolument impossible de développer la moindre empathie.

Je rêve de silence, qui revient enfin, peu à peu, et au fur et à mesure que l’infirmière appelle les gens.

Je suis ici car mon médecin ne badine pas avec les douleurs louches, et les miennes sont costales, du côté opéré. Une simple radio ne montrant rien, il a préféré vérifier par une scintigraphie osseuse.

J’ai donc ‘pris ma journée’.

J’ai ainsi appris que la majorité des gens présents sont ici pour qu’on leur trouve quelque chose. Et moi je croise les doigts pour qu’on ne me trouve rien. Et je me dis même qu’elles vont disparaitre d’elles-même lorsque la scinti leur aura fermé le caquet. Ca s’appelle de la psychologie positive.

Quant je refranchirai cette porte rouge, je saurai.

A la maison hier, j’ai expliqué qu’il ne faudrait pas m’approcher à moins de 2 mètres pendant 24 heures, à mes 2 enfants. (Mon petit de 4 ans est exilé pour 24 heures chez des amis, c’est plus simple.)

Que j’allais faire un examen à l’hôpital et qu’on allait m’injecter de la radio-activité. J’attendais des questions où j’aurai dû plus expliciter, et qui ne sont pas venues.

Ma fille de 15 ans s’est exclamée en se marrant : « Alors tu vas être comme Monsieur Burns ! » Merci !

Mon fiston de 10 ans a acquiessé mais j’ai bien vu qu’il accusait le coup.

Quant au papa, il n’a pas pipé mot.

Voilà, faire comme si de rien.

Cet examen, je ne l’avais eu qu’une seule fois, lors de mon bilan d’extension (négatif) il y a plus de 4 ans.

Il a encore été négatif hier. Ouf.

Comment se déroule une scintigraphie :

La scintigraphie osseuse est un examen qui permet, entre autres, de repérer des métastases osseuses.

L’examen se déroule ainsi (à ce que j’en connais) :

Une infirmière habillée d’un tablier de plomb, vous injecte une très petite quantité de radio-activité, par une seringue plombée, qui lui arrive dans un petit container plombé… On vous a fait signé avant un document comme quoi vous êtes bien informé de ce qu’on va vous faire, que vous n’êtes pas enceinte, et que vous devrez vous tenir éloigné des femmes enceintes et des enfants en bas-âge pendant 24 h. On vous dit que la radio-activité part totalement au bout de 48 heures, par les urines.

Vous vous retrouvez ensuite dans une salle d’attente pour 2h au moins, le temps que le produit agisse. Il faut boire au moins 6 verres d’eau, et tirer la chasse 2 fois quand on va aux toilettes…

Ensuite, on vous installe (habillée) sur le plateau d’une machine, la mienne s’appelait Detector !

On vous attache les pieds pour qu’ils ne bougent pas. J’ai illico pensé à la mâchoire des morts qu’on maintient aussi pour qu’elle ne s’ouvre pas !

Un plateau est descendu très près de votre visage, genre 2 cm, et là va commencer l’examen. C’est à ce moment que je me suis mise à vraiment vraiment flipper à mort. Là, ce bidule allait peut-être faire (re)basculer ma vie.

(Une dame de la salle d’attente a dû refaire 3 fois l’examen de sa thyroïde, tellement elle était claustro.)

Le Detector reste 5 minutes sur la tête sans bouger, puis va mettre un quart d’heure pour balayer l’ensemble du corps. Grand grand moment de solitude…

Ensuite, vous allez dans une autre salle d’attente, pour attendre les résultats donnés par le radiologue. Impossible d’aller se payer un café dans la machine à boissons du hall de l’hôpital, je me suis fait rattraper à la sortie. On est non-grata pour autrui, et on nous garde le plus longtemps possible. Durant cette interminable attente d’une pourtant demi-heure, une personne est arrivée, visiblement bouleversée. On venait de lui annoncer qu’on avait vu quelque chose et qu’elle devait subir un autre examen plus précis… Inutile de vous dire que je me suis immédiatement mise à flipper encore plus, lui ai offert une banane car elle me disait se sentir mal, tu m’étonnes. Pourquoi était-elle là ?…

Quand ça a été mon tout, je n’ai pas embrassé le radiologue mais le coeur y était. ‘Résultats tout-à-fait satisfaisants’

Le cliché qu’on m’a donné, est assez décevant, de très mauvaise qualité je trouve. Mais c’est plutôt rigolo de se voir en squelette ! J’ai l’air d’être très dodue, et de sourire. Y’a un côté Lucy je trouve !

Ils ont repéré dans cet examen une « hyperfixation de l’articulation scapulo-humérale » du côté de ma mastectomie (l’articulation de l’épaule droite). En effet, je n’ai jamais récupéré l’amplitude d’avant mon opération.

Un sale moment à passer, mais ce coup-ci, je suis pour quelque temps, tranquille. De quoi voir arriver la nouvelle année sereinement.

Déboussolée

Ma doctoresse, touchée elle aussi par le cancer récemment, et que j’appréciais tant, a fini par s’arrêter.
Burn out. Ou syndrôme d’épuisement professionnel.
Elle m’avait prévenu de son départ imminent, et de son remplacement.

Elle ne s’était jamais arrêtée pendant ses traitements, et ne prenait quasi jamais de congés.
J’ai même su par son mari qu’elle n’avait plus jamais refait d’examen depuis 3 ans. J’étais soufflée. D’autant qu’elle m’en prescrivait à la moindre angoisse de ma part. En disant toujours qu’il valait mieux vérifier avec cette maladie.

Ainsi, lorsqu’elle est partie, je me suis retrouvée sacrément penaude.
Qui pourrait la remplacer ?

Je lui étais déjà reconnaissante d’avoir été là jusqu’ici. C’était déjà ça. Je me sentais plutôt bien maintenant.
Je ne demandais d’ailleurs plus d’échographie de ceci ou de radio de cela depuis pas mal de temps. Un bon indicateur de mes angoisses, ça !

Bref, aujourd’hui, parce que cela fait 6 mois que je n’ai pas eu de bilan sanguin (jamais prescrit par l’hôpital qui ne s’y intéresse pas), et aussi parce que je n’ai pas un problème médical précis, j’avais donc pris rendez-vous chez son remplaçant… pour voir.

Mince, c’est un homme.

Je m’installe, et lui, commence à lire à voix basse une feuille imprimée d’environ 15 lignes. Mon ‘pitch’ en somme. Transmis par mon ancienne doctoresse. De loin, j’arrive à lire un peu, je vois en caractère majuscule les noms de mes spécialistes, et aussi quelques RAS.

Et lui qui ré-écrit tout cela, en le résumant je suppose, dans son ordi.
La préhistoire, ce fonctionnement !
Je ne pipe mot. Médusée que mon dossier n’ait pas été transvasé informatiquement dans sa bécane.
Et ensuite seulement, soit après environ 10 minutes, il relève les yeux et la consultation commence.
Je lui explique alors la raison de ma venue.

lui : – Oui, d’accord, biensûr, un bilan sanguin. Et à quand remonte votre dernière radio des poumons ?

moi : – … ?… ben à… ? (C’était pas dans les 15 lignes ?!) disons environ 2 ans et demi…

lui : – ?!… Et votre dernière écho du foie ?

moi : – heu… là, un peu plus récente, parce que j’avais des craintes, alors votre prédécesseur m’en avait prescrit une, il y a peut-être 8 mois ?…

lui : – Et mammo ?

moi : – C’est le seul examen que l’on me fait, tous les ans. C’est le protocole.

lui : – Ha oui, le ‘protocole‘ !!!

Très déstabilisée la Méli, par ce qu’il m’a dit :

qu’il s’en fichait des statistiques,
qu’il n’avait pas des statistiques en face de lui dans son cabinet,
que c’était n’importe quoi de laisser les gens comme ça dans la nature après un cancer,
qu’il fallait au contraire me suivre de très près vu ce qu’il venait de lire,
que c’était qu’une histoire de sous,
que des examens coûtaient moins cher qu’une chimio lourde,
que…

Houlà.

Alors, je lui ai dis :

que j’avais mis 3 longues années pour me rentrer dans le crâne que justement, si j’avais quelque chose, on le découvrirait bien à temps,
que la théorie des oncologues, c’est que ce serait de toute façon le même traitement, alors à quoi bon,
que les examens réguliers étaient anxiogènes, et statistiquement inutiles…que…

Il m’a dit :

que ses trente années d’exercice lui dictaient un suivi en amont,
qu’une toute petite lésion découverte au poumon se soignerait peut-être avec seulement de la radio si elle était détectée à temps,
qu’il valait mieux savoir qu’être dans le doute.

Je suis ressortie en plus de mon bilan sanguin, avec une prescription d’écho abdominale et pelvienne et une radio des poumons, à faire tous les ans.

… et aussi la délicate sensation de ne plus savoir quoi penser. Il venait de me dire ce qu’on m’interdisait de penser depuis des années.

Je me suis retrouvée comme une allemande de l’Est à la chute du mur ! (cf photo)

Troublant.

D’autant plus que je suis entrain de lire ‘La Force du lien face au cancer’, très intéressant vraiment, ce bouquin qui décortique les aspects psychologiques qui lient le patient et le soignant. J’en reparlerai certainement ici.

Je n’ai surtout pas envie que mon sans doute futur médecin traitant soit en opposition avec l’équipe de spécialistes de l’hôpital.

Il faudra absolument que je lui dise la prochaine fois.

Mais le mal est fait.
Bon, je dis ça mais je suis a priori ‘contente‘ de faire ces examens.
Oui, je sais, ça va me stresser à mort, évidemment.

Mais c’est pour mon bien !