Mon Mont Blanc

Ca y est, j’ai atteint ce minuscule mont blanc.
Au septième temps, mon chirurgien acheva son oeuvre !
C’est un tout petit mont, une toute dernière greffe, et qui a pris, c’est sûr, maintenant.
Toutes mes craintes se sont évaporées lorsque j’ai pu voir, après 5 jours. Mes craintes se focalisaient sur ce téton donneur. A quoi allait-il ressembler après ? Et c’est là qu’a résidé tout mon bonheur dans un premier temps : il n’en est rien. Aucune cicatrice visible, aucune déformation, et aucune douleur. Ca a presque quelque chose de magique.

Quand au site receveur, je suis éblouie.
Au delà de mes espérances.
Je suis enfin arrivée à ce sommet. Comme à une autre époque, j’avais gravi mes Grandes Jorasses.
Presqu’imperceptible sous le pansement. Mais bien là.DSCN6749-002

 

Ne me reste plus maintenant qu’à reprendre un peu le tatouage, trop petit, pas tout-à-fait de la bonne couleur. J’ai pour cela trouvé une médecin spécialisée dans la dermo-pigmentation d’aréoles qui a accepté de tenter une amélioration. Difficile de trouver des spécialistes de cette discipline. En général, cette finition est faite par le chirurgien.

Affaire à suivre donc, ou pas d’ailleurs. Je dois la revoir en septembre, quand tout sera bien cicatrisé. Et qui sait, d’ici là, j’aurai peut-être changé d’avis. Et arrêté là.

La rançon cicatricielle

C’est un des points les plus sensibles dans le choix d’une reconstruction. Et encore plus dans le choix d’un DIEP…

© Carlos Lozano Ginel

Scarification mursi (Ethiopie) © Carlos Lozano Ginel

J’en parlais ici et disais que c’était comme déshabiller Pierre pour habiller Paul. Ce qui est ma foi vrai. Sauf que le Pierre n’a pas perdu tout ses vêtements dans cette affaire. C’est une espèce de partage.
Le terme de « rançon » est plutôt péjoratif, chose assez rare dans la nomenclature médicale, non ? Les anglo-saxons disent « residual scars »… Ceci-dit, il est bien question d’un deal. Mais je préfère le terme de contrepartie.
Je souris en relisant l’évaluation des centimètres de cicatrices après DIEP. Je disais que j’en aurai sans doute un peu plus de 70 cm au finish. Je ne suis pas encore là puisqu’il me reste encore au moins 2 interventions, mais j’en compte déjà 104 cm.

Pour celles qui s’intéressent à ce chiffre affolant, quelques détails :

abdominoplastie (ventre) : 35 cmMetre_couturiere
mise en nourrice du cartilage de ma côte : 2 cm
nombril : 5 cm
symétrisation (cicatrice dite en « ancre de marine ») :
. sillon sous-mammaire : 9,5 cm
. trait vertical : 6 cm
. aréole : 18,5 cm
sein diépé : 18 cm (même longueur que la mastectomie)

Je m’abstiens de fournir chiffres et détails aux personnes non concernées par la mastectomie, voire la reconstruction. Inconcevable pour moi il n’y a pas si longtemps, je conçois que je puisse apparaître comme folle-dingue au commun des mortels.
Cela relève de l’intime, et les rares fois où je me suis un peu expliquée sur mes opérations, je me suis rendue compte qu’il m’étais très difficile de trouver les mots pour expliquer mon choix. Pire, j’avais la sensation de devoir me justifier. Alors terminé !

J’ai parlé de la quantité de cette rançon, mais quid de la qualité…?

Aucune cicatrice hypertrophique n’est apparu. Elles sont encore toutes très roses-violacées, sauf, la plus récente qui a maintenant 2 mois : la reprise de mon DIEP après l’échec de la deuxième greffe. Elle est fine, rose pâle mais… très irrégulière. Le chirurgien a fait ce qu’il a pu avec l’infection des berges, en  voulant j’imagine, garder un maximum de peau. Résultat donc bien moyen.

Celle du ventre me valait pas mal d’appréhension. La plus longue.  Mais toutes mes culottes la cache soigneusement. Un site tunisien (le pays du discount esthétique) parle de voilement de la culotte ! Et si dans l’intimité, les premières semaines, je me débrouillais pour cacher cette balafre, maintenant je l’oublie. Elle fait partie pour moi du passé. Comme ma césarienne un peu plus bas.

Le nombril ? Un peu rouge après ma deuxième intervention, car lieu de passage pour le lipomodelage,  sa cicatrice est difficilement détectable étant donnée la nature-même d’un nombril, lui-même cicatrice originelle.

Reste la symétrisation du sein sain. Là, je suis actuellement moins enthousiaste. dès le départ, j’étais vraiment contrariée de toucher à ce pauvre sein qui n’avait rien demandé. Si certains chirurgiens acceptent de ne pas y toucher par respect pour la patiente, le mieux refusa de ne pas y toucher, par respect pour le résultat final. Pour lui, c’était le deal.
Il me faisait alors prendre conscience du fait que mon sein âgé de 45 ans, acceptable esthétiquement seul en l’état, ne pourrait pas supporter la comparaison avec un sein haut perché. J’apprenais alors un nouveau terme esthético-médical : la ptose mammaire. Quel nom moche.
Pour moi, la véritable rançon cicatricielle se trouve là. De loin, ou sous un vêtement, sa forme -un bonnet B- est parfaite. Mais le processus de cicatrisation en dans sa période la plus inesthétique, 3 mois post-opératoire. (sur l’évolution d’une cicatrice, voir graphique ici).
Je sais que cela est transitoire.
LE mot qui traverse tout mon parcours de reconstruction.

Pour remédier à la lenteur de ce processus de cicatrisation, divers propositions cosmétiques. J’ai testé l’huile de massage ayurvédique, synergie de 25 plantes et 4 huiles végétales différentes ! Lorsqu’on mélange trop de senteurs, le résultat olfactif est en général raté. Ici, cela atteint son paroxysme. Sous plastique dans le magasin, je n’avais pas pu sentir… et je m’étais fiée à ses vertus « contre les vergetures et les cicatrices ». Arrivée à la maison, pouac ! Bon, allez, je n’allais pas le jeter, j’ai massé…! Puis j’ai testé la Bi-Oil, très en vogue actuellement. Nettement plus chimique, mais plus discrète aussi. Je n’en conseille aucune en particulier. Ce que je sais, c’est que l’astreinte que je me suis imposée de masser mes cicatrices était forcément bénéfique, au moins psychologiquement.

Il y a bientôt 7 ans, ma mastectomie, je ne l’ai pas regardé pendant 1 mois. Et pas touché pendant des mois. Juste effleuré sous la douche.
Alors le soin que je porte matin et soir, avec mes 2 huiles en alternance, m’aident à me réapproprier mon corps, c’est déjà pas si mal, même si aucune autre vertu n’y est associée !

Pour mon ancre de marine très visible quoique fine, mon chirurgien ne conseille aucune crème, mais une torture atroce : il veut que chaque jour, je me pince ces cicatrices, afin d’en accélérer le blanchiment. « Oh mais c’est affreusement douloureux ! » Lui : »Oui, mais c’est très important ». En bien pour une fois, je ne lui obéirai pas. Je lui mens : « oui d’accord », mais je fomente un stratagème. Lui verra que cela n’accélère rien (évidemment hé hé puisque je ne pince rien !) et peut-être alors, à force, ne le préconisera-t-il plus.

Autre proposition thérapeutique aux cicatrices : le pansement de silicone. Il est conseillé d’en porter un mois environ après l’intervention. Très onéreux, il est aussi controversé. Certains médecins considèrent qu’ils n’ont qu’un pouvoir compressif, atténuant donc une éventuelle hypertrophie. Le mien les conseille systématiquement à toutes ces patientes. Sauf que cela n’est pas remboursé par la sécu, et que leur coût est exorbitant…

Pour mon mètre et des poussières, j’ai payé 50 euros. En sachant qu’il faut les porter longtemps et en changer régulièrement (durée de vie une semaine environ), cela devrait me coûter 250 euros par mois… Mouais. (J’ai vu que certaines internautes utilisent du simple sparadrap !)

Et si la nature se débrouillait seule ?… Etant donné que je cicatrice assez bien, je m’arrêterai à mon unique boîte de 120 cm.
Je dis que je cicatrise bien mais c’est très récent. Et si ça venait surtout du couturier ?…
Un chirurgien plastique n’est pas un chirurgien lambda. Le rendu final esthétique est son obsession. Pas comme celui qui vous enlève votre port-a-cath. La trace du mieux est très large et disgracieuse.

Le plasticien peaufine son travail, la couture c’est son dada. Pas question de faire des échelles de perroquet, comme j’ai eu pour ma césarienne par exemple… (joli nom pourtant !) -Bon, moins raté que sur le lien que je donne, quand-même.
Mais plutôt de beaux surjets intradermiques… (lu sur mon compte-rendu opératoire).

Plus d’info sur les sutures sur le blog sympathique d’une interne en chirurgie passionnée ici.

 

Détatouage, déconvenue

Ce désir de faire disparaitre les signes de ma radiothérapie (télangiectasies et 7 points de tatouage à l’encre de Chine) s’est soldé par une totale déconvenue !

J’en parle ici, puis . Ca fera donc 4 billets pour un ‘détail’ dans mon histoire ! Aujourd’hui, l’affaire est close.

Résultat des courses : les télangiectasies sont réapparues, peut-être moins prononcées, et même pas sûr. La dermato, elle, a trouvé que c’était très bien comme résultat. Ah bon.

Par contre, lors de mon rendez-vous détatouage, elle a reconnu que son laser ne viendrait pas à bout de ces maudits petits points violets.

Bref, échec sur toute la ligne. Je ne vous joins même pas une photo, aucun intérêt, à peine peut-être un peu moins foncé. Et encore. 60 euros la séance de 5 minutes, et dans le baba.

Alors biensûr, mon échec ne peut être pris comme une généralité. Et je ne voudrais pas là, – c’est aussi pourquoi je ne voulais plus en parler -, décourager celles qui veulent tenter leur chance.

Mais j’ai rencontré récemment la femme qui m’avait tatoué au centre de radiothérapie. Alors on a papoté RT, et elle m’a sans le savoir, donné envie de finalement faire ce billet. Parce qu’il y a une bonne nouvelle du côté des tatouages de radiothérapie !

Plus d’encre de Chine depuis 2 ans, place à de l’encre sympathique, puisqu’elle est marron (couleur grain de beauté). Il n’y a plus que 2 points de marquage, très bas, en dessous des seins, et ça suffit aux manipulateurs. Et cerise sur le gâteau : ils disparaissent au bout de 2 ans environ.

Voilà, c’est tout bête mais madame la dermato va grincer des dents hé hé. Quoique vu le nombre croissant des tatoos, elle a encore de beaux jours devant elle. Ici un document qui me laisse pantoise face à mes petits points qu’elle n’a pas été fichue de faire disparaître…
Bah, allez, il m’aura fallu ça pour faire mon deuil.