Histoire de chat, de revenante et de pilule

La petite chatte de mon fils de 11 ans est morte. D’un K du sein. Plutôt d’une tumeur mammaire. Nous sommes allé la montrer au véto, la fleur au fusil, d’autant plus qu’aucun signe de maladie était apparent. Donc persuadés que ce n’était rien, ces nodules aux mamelles…
Quoique.
J’avais pas mal laissé traîner parce que l’éventualité d’un cancer m’avait effleuré, et que je n’avais pas envie de ça chez moi.
Et puis quand-même, on y est allé. La dame n’a pas utilisé le mot qui fâche, alors c’est moi qui l’ai dit. Elle a dit que c’était ‘classique’ lorsqu’on donnait la pilule…

Mon fils n’a pas moufté, a laissé les grands parler opération, chaîne ganglionnaire, coût, durée de survie,…
Sur le chemin du retour, je lui ai dis : « Bon, alors tu as compris, c’est un cancer… »
Lui : « Oui, mais c’est pas trop grave, hein ?… »
Contrairement à la majorité des gens, il ne pense pas a priori que ce soit si grave que ça d’avoir un cancer, le bienheureux. Mamie, papy, maman en ont eu un, et sont toujours là ! Enfin, c’est l’impression qu’il donnait.
Bon, pour finir, on l’a fait opérer et elle ne s’est jamais réveillée. Un peu trop brutal comme mort… C’était évidemment mieux qu’une longue et terrifiante agonie, là, dans le petit panier du salon, sous les yeux de mes 3 enfants et des miens. Mais quand-même. Et c’est la première fois que la mort les touche de si près.

La tristesse profonde de mon fils m’a bouleversé. C’est assez difficile à expliquer, mais je le voyais pleurer, pleurer, et je me sentais comme assister à mon propre deuil. C’était plus fort que moi, j’avais la sensation  insoutenable, de voir mon fils pleurer sa mère morte d’un cancer. Je me mettais à côté de lui et le consolais,  mais c’était comme si j’étais mon propre fantôme essayant en vain, de ‘revenir’ pour soulager celui qui me pleurait.
Vraiment bizarre.

Puis est venu le temps des funérailles, où j’assistais, en larmes moi aussi, du coup, à son empressement à trouver une boîte digne, puis le choix de plantes pour décorer le ‘tombeau’ disait-il.
Et le petit frère de 4 ans qui pleurait en disant qu’il ne voulait pas qu’on le mette dans la terre.
Oh le tableau !

Mais un chat n’est pas une mère, on n’en retrouve pas sur le bon coin point com : mon fiston a ensuite pianoté sur le site pour essayer d’en retrouver un qui ressemblerait à la disparue…

Non, un chat n’est pas une femme, mais je reste persuadée que la pilule contraceptive est une catastrophe du point de vue de la santé, sur nous aussi.
Un pavé dans la mare en 2005 lorsque le CIRC l’avait déclaré cancérigène du groupe 1 – c’est-à-dire dont l’action est certaine.
Puis plein de recherches aux résultats contradictoires.
C’est le contraceptif que les médecins préfèrent donner. 57 à 60% des cas.
On m’a donné pendant des années, alors que j’étais encore mineure et plus tard, pour soigner mon acné la belle affaire, la pilule Diane 35. Je ne lisais évidemment pas à l’époque les contre-indications. D’ailleurs, je les aurai lu, cela n’aurait rien changé. Et aucun toubib ne remettait en cause l’ordonnance que je venais renouveler.
Je ne veux pas trouver absolument un bouc-émissaire à mon cancer, mais l’oncologue qui m’a soignée, elle, était formelle : pilule jeune + tabac = cocktail explosif.

Cette semaine, j’ai rencontré 2 formidables chercheuses du Centre Lyon Bérard de Lyon, qui vont aussi dans ce sens. Elles me disaient d’ailleurs que des études montraient que les filles dont la mère avait pris la pilule avant leur conception, donc la deuxième génération, avaient des poitrines beaucoup plus opulentes que celles dont la mère avait eu un autre moyen de contraception. Avec les incertitudes que cela augure quant aux risques de cancer du sein de ces demoiselles… Bref, il n’est pas dit que cela s’arrête à notre propre médication…

Il y a peu, ma fille de 15 ans m’a dit que pas mal de ses copines prenaient la pilule pour les boutons, une manière sans doute d’aborder le sujet de la contraception… Elle n’a pas été déçue de ma réponse : « PAS DE PILULE.  C’est certainement une des causes de mon cancer. » (J’ai rajouté qu’en plus, on prenait pas mal de kilos, argument que je savais efficace même s’il est plus ou moins faux.)

Un extrait du site cancerdusein.org sur le sujet, et qui montre toutes les subtilités langagières de la médecine face aux risques de cancer :
« La pilule ne provoque pas le cancer du sein mais favorise le développement d’un cancer. C’est pour cela qu’elle est contre-indiquée en cas de cancer du sein et en cas de risque important de cancer, par exemple chez les femmes ayant des antécédents familiaux de cancer du sein.« 

Ca, je n’ai pas osé lui dire. Pas encore.

La deuxième chatte de la maison est elle aussi, bourrée de boules le long des chaînes mammaires… Mais on va attendre un peu.

« Mes deux seins, journal d’une guérison »

J’ai donc regardé, comme beaucoup, hier soir, ce film de Marie Mandy.

Il s’agit d’une femme documentariste qui, apprenant qu’elle a un cancer, demande à un ami caméraman, de filmer les grands moments de cette mésaventure. Elle en a ensuite fait un film, avec voix off sur son vécu, ses peurs, ses sentiments.

Beaucoup d’émotion en perspective…

Et pourtant…

Dès le départ, je n’ai pas accroché. Cette manière de se mettre en scène déjà. Elle est là, elle parle, seule, presque toujours seule, on ne voit pratiquement que les moments médicaux, rendez-vous divers avec le corps médical, des thérapeutes.

Ok, ok, je comprends, c’est le parti-pris. Mais ne pas ou presque pas montrer son entourage, mais cela fausse totalement la réalité du vécu du cancer. Oui, d’accord, on est immensément seule dans la maladie, mais tellement entouré, en bien ou en mal d’ailleurs. La gestion des autres, c’est énorme. A vouloir montrer surtout les moments médicaux, elle montre une infime partie de la réalité.

Et pourquoi veut-elle tout filmer, sauf quand elle craque ? Pas d’intérêt ? Trop voyeur ? Ah bon, ainsi, il est plus important de montrer des bouts de seins après une opération, dans un plateau d’inox, que les larmes ?

Ceci-dit, même si je ne me suis jamais identifiée à cette personne, je n’ai biensûr pas pu m’empêcher de comparer nos réactions.

Elle n’est pas du tout la petite fourmi que je n’ai cessé d’être. Celle qui n’ose pas dire, le bon petit soldat. Non, elle assume totalement son côté ‘médecines alternatives’ face aux praticiens de l’hôpital. J’ai trouvé ça très rigolo, en particulier quand elle dit au toubib qui lui annonce qu’il faudra opérer pour enlever la tumeur. « Oh mais attendez, je sais que les huiles essentielles ont des résultats formidables ». Sourire.

Plus tard, elle veut absolument mettre une date sur le début de son cancer, et propose à sa chirurgienne : « Je situe ça à deux ans et demi environ, c’est possible ? »

Elle dit, et n’est pas la seule, que ces dernières années, elle n’était pas très heureuse, ne suivait pas le chemin de vie qu’elle aurait aimé au fond d’elle, etc… et que cela a généré son cancer.

Ces pensées ne m’ont jamais habitées, elles m’énervent quand je les entends. Enfin, comme dit sa chirurgienne à un moment, tout le monde a des hauts et des bas dans la vie, et on est tous un peu décalé face à un idéal de vie pas forcément possible pour plein de raisons. On ne fait pas tous un cancer !

Je ne reviendrai pas sur les interprétations fumeuses des thérapeutes qu’elle va voir. Les profils-psy types des gens qui ont des cancers, ça m’énerve aussi.

Je comprends qu’on ait envie de savoir ‘pourquoi moi’, mais de savoir qu’on correspond à la catégorie ‘battantes stressées’, ouais, et après ? Ben, on devient zen ma p’tite dame ?!

Oui, c’est un journal, du vécu au jour le jour. Cependant, lorsqu’elle a monté son film et fait la voix off, elle était un peu sorti de ça, cela aurait été bien qu’elle prenne du recul sur sa façon de gérer la maladie. N’est-ce pas cela qui fait avancer ?

Jamais. Dommage.

Par exemple, n’y a-t-il pas à creuser sur le fait qu’elle ne veuille tout d’abord pas se faire réopérer, puis qu’ensuite, elle demande au chirurgien réparateur de lui opérer aussi son deuxième sein ?

Rester amazone, tout en désirant faire une chirurgie esthétique au sein sain. Intéressant, cette ‘asymétrie’ de pensée !

Et la fin…

Elle jubile : « j’suis guérie ! »

Et là, réponse plus évasive de la chirurgienne, je les reconnais bien là au passage : « Je pense qu’on peut en rester là ».

Elle se sent guérie. Veinarde.

J’ai lu et entendu tellement de réactions très éloignées de personnes qui ont vécu cela.

Marie Mandy joue la Candide, elle l’a fait tout le long de ce documentaire.

Elle voulait sans doute une note optimiste pour la fin. Mais n’est-ce pas escamoter la réalité de l’après-cancer au spectateur ?

Bon, allez, maintenant, je vous dis ce que j’ai aimé : la scène dans la pharmacie avec le monsieur qui explique l’intérêt des prothèses collantes, adorable. Génial !

Et puis biensûr la scène finale, des amazones dans un défilé de mode, tellement souriantes, belles, vivantes ! Car c’est aussi cela la réalité du cancer.

Quel dommage, VRAIMENT, que la voix off n’est pas expliqué qui étaient ces femmes, franchement ! Sont-elles citées dans le générique ? J’espère.

Ce que j’ai appris : nous sommes toutes pareilles, et toutes différentes. Bon, ça, je le savais, mais ce docu enfonce le clou.

J’aime bien aussi voir que même une femme assez ‘masculine’ dans son apparence, possède une réelle féminité en elle. Cela aurait été intéressant de ‘creuser’, non ?

Les images de poitrine retravaillées par des photos-montages, très chouette. Une belle idée.

Marie Mandy a voulu tenir son cancer à distance grâce au dispositif de ‘la caméra qui filme tout’ mais elle a peut-être du coup, éludé la réalité.

La mienne en tous cas.

Avant internet, c’était comment ?

Souvent, je me demande comment j’aurai vécu ma maladie sans internet.

On ne peut pas à proprement parler d’obscurantisme, mais quand-même, les infos distillées par le corps médical sont tellement simplistes, minimales, …

Prenez la radiothérapie : Faut voir comment on vous explique ça ! Ok, c’est archi compliqué à comprendre, mais quand-même, quelle infantilisation : « On va vous irradier cette zone, vous aurez peut-être comme un gros coup de soleil, alors vous mettrez cette crème… »

Sur certains forums, je voyais des discussions sur les molécules des chimios, je n’en revenais pas : moi, j’aurai été incapable de dire ce qu’on m’administrait ! J’avais entendu ‘protocole TAC’ le premier jour, et basta. C’est à la dernière chimio que j’ai pris un stylo et que j’ai recopié l’étiquette des poches qu’on m’administrait. Bon, ok, à quoi ça peut bien servir de savoir ce que signifiait TAC…?!

Et bien si, ça servait à se sentir moins… ou plus… enfin toujours cette histoire de fourmi, quoi.

A l’hôpital, face aux spécialistes, je posais mes questions, mais je voyais qu’en face, il y avait économie de paroles, alors bon… rentrée à la maison, je pianotais.

Enfin, pas au tout tout début de la maladie.

J’avais trop peur.

Qu’est-ce-que j’allais découvrir qu’on me cachait ?…

Et peu à peu, j’ai navigué à vue, me dirigeant plutôt vers les sites où il était question de survivants et non de mortalité. Mais longtemps avec des pincettes, de peur de rencontrer au détour d’une phrase, des résultats d’étude déprimants.

C’est une maladie qui ne permet pas les cris de victoire, les chiffres euphoriques, les scoops sensationnels.

Prenez la survie : on lit souvent que maintenant, grâce aux progrès de la médecine, on soigne 50% des cancers.

Il faudrait s’en réjouir ?!

Encore, pour le cancer du sein, il y a beaucoup d’infos souvent très positives. Mais pour d’autres cancers, c’est la douche froide.

Bref, je suis quand-même contente d’avoir vécu mon cancer à l’heure d’internet.

Aussi parce que j’y ai rencontré d’autres patients.

Je me dis que la solitude, les questionnements, l’inexpérience aurait été un fardeau plus lourd encore.