Non-anniversaire

Je m’étais dit que cette année, je ne fêterai pas mes 5 années de cancer. D’abord parce que mon oncologue me l’avait bien fait remarquer, on parle de rémission seulement à partir de la fin des traitements. Il faudra donc attendre mars 2013…
Mais c’était assez troublant cette année, car les jours de la semaine coïncidaient parfaitement. Le lundi 20, j’avais découvert une grosseur douloureuse au sein, le mercredi 22, j’avais eu une échographie, le vendredi 24, une biopsie, etc… Cette litanie, je me la gardais pour moi, mais pas envie de la faire partager. Et encore moins sur mon blog.

Et surtout, un fait avait balayé tous ces anniversaires. Ce mardi 21, je me suis rendue aux funérailles d’une proche morte d’une longue et douloureuse maladie… Un cancer du sein qui l’a balayée après 15 mois de souffrance. Alors mes dates anniversaires paraissaient bien peu de chose face à cette donne-là, cette semaine-là.

Et puis, et puis…

V’là-t-y pas que jeudi soir, lors d’une après-midi baignade à la rivière, je me prends un énorme gamelle de tout mon long sur des galets, alors que j’aidais mon petit garçon afin qu’il ne glisse pas (!). J’ai cru ne pas me relever, et j’ai fini… aux urgences de l’hôpital le plus proche. Naaaan ?!…. Si. Bon, rien de vraiment grave, je boite et j’ai mal de partout mais c’est tout.

Ah ces dates-anniversaires, c’est terrible. Finalement, faut-il vraiment leur tourner le dos ? Elles semblent capables de se venger.

En fait, la vraie date, celle qui compte, c’est le 29, non pas parce que c’est le jour où l’on m’a annoncé mon cancer (hélas si pourtant, horrible coïncidence), pouah, mais parce que c’est le jour où ma fille aura ses 16 ans. Je lui prépare des cadeaux, mais je sais que c’est moi la plus gâtée.

Signe de rémission

Mercredi dernier, je suis rentrée dans ma cinquième année.

Cette expression me rappelle ma grand-mère qui, enfant, m’embrouillait à chaque anniversaire, ne fêtant pas mon nombre d’années, mais le suivant dans lequel je rentrais.

A force d’explications, j’entrevoyais ce concept, ou plutôt imaginais un calendrier de 365 cases, où telle une Alice modèle réduit, je jouais à la marelle. Un petit bon chaque jour vers mon nouvel anniversaire.

Je rentre ainsi dans ma cinquième année, chiffre 5, presque magique lorsqu’on apprend la maladie. Tellement lointain.
Magique, au début. On a envie d’y croire. Se dire qu’après, on rejoint les autres. Mais il est vrai que lorsqu’on s’en rapproche, évidemment, on se sent plus léger, mais évidemment, on sait que ce chiffre n’est qu’une statistique de plus. Parce qu’en 5 ans, on a eu le temps d’entendre des tas d’histoires de cancer. Et de savoir que cette barre est toute relative.

Alors je m’étais dis que ce pseudo anniversaire, 4 ans après le dernier jour de mes traitements, je n’allais pas aller l’étaler sur la toile. Pour dire quoi d’abord ?

Et puis, là, au détour d’un mouvement, en cette fin d’après-midi particulièrement chaude, qu’est-ce-que je sens ?
Non, pas une boule. Je sens sous mon bras opéré une odeur de transpiration. (Je n’aurai décidément rien épargné à mes lecteurs !)

Merci mon corps pour ce cadeau ! Le jour-même, c’est trop fort.
Ca m’a rappelé le retour des règles longtemps après la chimio, tiens. On s’en passerait à priori, mais finalement, tous les signes de retour à la normale sont les bienvenus.

Alors j’ai essayé de creuser le sujet, pour ne pas faire un billet que trivial, et donner une info scientifique. Et bien je n’ai rien trouvé si ce n’est que les glandes sudoripares apocrines avaient dû en prendre un coup. Radiothérapie ou opération, va savoir.

Bon allez, je ne boude pas mon plaisir, bien contente de jouer à la marelle encore une année, y compris en mettant un petit déo bio.

Si cette photo de marelle vous intrigue, cliquez dessus…

PAC

Ca y est, je l’ai rendu.

Et bien, c’est franchement moins douloureux dans ce sens-là. J’ai repris mon vélo aujourd’hui, quatre jours après donc, moi qui avais anticipé une incapacité aspiro/vélo/boulot… Enfin, pour le travail, ils ont eu la grande gentillesse de m’accorder une semaine, c’est vraiment cool. Parce qu’au téléphone, la secrétaire m’avait dit que ce n’était pas sûr que j’ai droit à un arrêt maladie, parce que « c‘était vraiment rien comme intervention »...

En même temps, il faut ménager le côté fraîchement opéré (attention à la cicatrice), et ne pas tout reporter sur le côté anciennement opéré (attention au lymphoedème). Quelques jours seulement, parce que c’est assez intenable !

J’ai été opérée par une femme, tout comme pour ma mastectomie. Ce métier tendrait à se féminiser ou c’est un hasard ? Etre une femme, c’était son seul intérêt à cette chirurgienne, car pas spécialement sympa, à vrai-dire. Pas comme cet infirmier extraordinaire qui m’a assisté toute la durée de l’intervention. Il m’a fait oublier tout le reste : les heures d’attente, le bruit du bistouri électrique,  la chirurgienne qui bataillait pour enlever le bidule, …

Parce que je croyais que cela se faisait en 2 coups de cuillère à pot, moi. On ouvre, hop, on retire, hop, on referme. Mais non, le boitier est fixé par 3 sutures qu’il faut retrouver pour les sectionner. Bon, je n’ai eu aucun détail sur la chose, et tant mieux car j’aurai forcément pas trop aimé, mais il semblerait que plus c’est ancien (4 ans pour moi), plus c’est difficile à retirer…

Quand j’ai parlé – un peu – autour de moi de cette intervention, unanimement, les gens ont d’une part, été surpris que j’ai encore ce truc, très méconnu d’ailleurs mais tant mieux pour eux, et d’autre part, ont été soulagé d’apprendre que j’étais tirée d’affaire. Je n’ai pas toujours pris la peine d’expliquer que c’était ma volonté et non celle de l’oncologue. Car ensuite, souvent, on me disait « mais alors pourquoi tu l’enlèves ? Il te gênait ? »

Non, il ne me gênait pas. Il ne se voyait même pas. J’ai pris en photo mon buste juste avant, pour voir, mais non, pas l’ombre d’une bosse, rien. Juste une petite cicatrice un peu moche mais cachée par mes bretelles.

Mais alors pourquoi ?… Je savais que ça me ferait du bien de l’enlever, tout en sachant que ça ne changerait pas vraiment les choses. Juste un peu peut-être.

Un peu comme lorsque l’on grimpe à la Soufrière en Guadeloupe, on est presque sûr qu’on ne verra pas le sommet, quasi toujours sous les nuages. Mais on y va quand-même, avec l’espoir que cela se dégage, et puis c’est pas grave, ce sera bien malgré tout.

Et effectivement, c’est bien.