Satisfaction : une histoire de curseur

Je m’apprête à bénéficier d’une sixième opération, l’ultime qui devrait clôturer ma reconstruction mammaire par DIEP.
S’il était prévu initialement 3 opérations, le sort en a voulu autrement.

On parle en général de trois phases dans la technique du DIEP :
. 1ère phase, la plus lourde, qui consiste à réaliser le nouveau volume du sein, à partir d’un lambeau de peau et graisse du ventre.
. 2ème phase, dite de révisions, qui consiste à symétriser les 2 seins, et donc à remonter le natif, mais aussi à améliorer l’esthétique des cicatrices faites durant la phase 1, en particulier les « oreilles » sur les flancs.
. 3ème phase, dite de finition : on crée l’aréole.

Ca, c’est dans l’absolu, et plein de femmes ont effectivement 3 interventions.
Pour ma part, ça a été différent, en particulier à cause d’une infection survenue à la phase 2. Une opération particulièrement délicate étant donné la technique spécifique de mon chirurgien qui fait disparaitre le lambeau initial, et en enfouit un deuxième, de nouveau prélevé sur le ventre, non vascularisé cette fois. Il est évident que si le résultat final est bien plus esthétique, les risques d’infection sont décuplés. La greffe n’a pas pris, ça s’est infecté. Je ne sais pas dans cette histoire si c’est le rejet de greffe qui a entraîné une infection, ou le contraire. Les médecins sont peu bavards quand il s’agit d’échec.

Cette complication m’a fait retourner plus que prévu sur le billard, puisqu’il a fallu d’abord enlever ce qui s’infectait (3ème intervention), puis recréer ce volume disparu par lipomodelage. Et comme il ne faut pas trop faire de greffe de graisse à la fois pour espérer un taux de réussite,  j’ai eu 2 lipomodelages (4ème puis 5ème intervention), pas encore suffisants, ainsi qu’une réduction de mon sein natif, non prévu à l’origine. Ma dernière intervention sera un peu plus qu’une phase 3 « traditionnelle ». On va me faire un troisième lipomodelage, créer le mamelon avec d’une part, une nouvelle greffe de cartilage, actuellement en nourrice dans mon ventre (cartilage venant de la côte qu’on m’a scié lors de la phase 1), recouvert par un gros grain de beauté prélevé sur mon ventre, et qui permettra une ressemblance avec un téton natif, et enfin me tatouer. Ca s’appelle de la reconstruction autologue : du recyclage !

Pendant des années, j’avais refusé la chirurgie réparatrice, car à mes yeux, les résultats étaient assez mauvais. Puis je me suis mise à penser que je pourrais bénéficier d’une amélioration de ma silhouette. Tout en me disant : attention, va pas te faire des idées, ne mets pas le curseur trop haut, le résultat ne sera pas terrible…
Mais lorsque j’ai rencontré le bon chirurgien, celui qui m’a convaincu, et en qui j’ai eu une confiance indéfectible, les curseurs d’exigence et d’espérance se sont mis à grimper. Je me suis mise un peu à croire que j’aurai de nouveau une poitrine « comme avant ». J’avoue. Je pense que sinon, on ne se lance pas dans une telle aventure.Table de mixage
Sauf qu’au matin du DIEP, il faut tenir bon pour se dire qu’on est sur la bonne voie. les curseurs s’affolent… Et là, des mots de réconfort et de persuasion du chirurgien permettent de garder le cap : « Ne vous inquiétez pas, on est encore très loin du résultat final, vous serez contente… »
J’ai donc connu pendant cette année écoulée, des sentiments assez ambivalents. Tour à tout terrorisée, apaisée, inquiète, rassurée, désespérée, calmée, déçue, rassérénée, dubitative, sceptique, confiante,…
Les curseurs de satisfaction, d’exigence, d’espoir n’ont pas arrêté de faire les montagnes russes.
Depuis le début, je veux que cette reconstruction soit une réussite. Et donc me suis efforcée de ne pas être trop exigeante. Pas facile. Parce qu’on en bave mine de rien. Plus d’une année qui tourne autour de ça. Arrêts maladies -et baisse de salaire-, douleurs, fatigue, kyné pendant des mois, nombreux séjours et visites à l’hôpital, paperasserie monstre, gros soucis de dépassements d’honoraires non pris en charge, et surtout un corps « entre deux » avec lequel il faut vivre, soi-même et avec son compagnon… Alors on espère une « récompense » à la hauteur.

Terrible équation entre désir et réalité de la chirurgie réparatrice.

En somme, pendant que mon chirurgien travaillait les chairs, de mon côté, mon job consistait à cicatriser biensûr, mais aussi à mettre le curseur de mes espérances raccord avec la réalité des possibles.
Nous avons travaillé de concert.

A la veille de cette 6ème intervention, je tremble un peu à l’idée que ce sera la dernière. Parce que jusqu’à présent, le résultat étant transitoire,  je ne devais pas me fier à ce que je voyais. Je sais qu’après cela, il faudra accepter mon nouveau corps, faire avec de façon définitive, cette fois. Puis-je me permettre l’espoir fou d’une jolie poitrine refaite, où dois-je anticiper un résultat final moyen, dissymétrique, cabossé, afin de ne pas être déçue ?
La réalité se situera au milieu.

Néanmoins, cette mastectomie était un nid de poule sur mon chemin de vie. Le trou est maintenant comblé, alors avec de bonnes suspensions, ça devrait le faire.

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6 réflexions sur “Satisfaction : une histoire de curseur

  1. Virginie catalan dit :

    Bon courage pour cette dernière étape de parcours de combattante ! Te lire ne fait que me conforter dans ma décision initiale : rester amazone ! Pas toujours facile à assumer ! L’autte jour, une chir plastique, vue en consult pour une cicatrice douloureuse, rien à voir avec la mastectomie, m’a dit « allez, je vais vous faire rêver … » Et de m’expliquer les différentes techniques de reconstruction ! Impossible de lui faire entendre que je me sentais bien comme ça, avec mon sein d’un côté et mon « rien » de l’autre ! Je me sentais presque coupable, fautive de ne pas vouloir me reconstruire… Y’en a marre ! Si d’un coup de baguette magique, je pouvais retrouver mon sein manquant (et mes 20 ans au passage), pourquoi pas ? Mais traverser ce que tu décris, le jeu n’en vaut pas la chandelle pour moi… Alors cette décision éminemment personnelle, et j’ai suivi ton histoire et tes doutes, laissez nous l’assumer sereinement ! Mon nid de poule ne me gêne pas, chacun ses choix ! Ceci dit j’espère sincèrement que le résultat final sera au Max de ton curseur !

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    • Mélilotus dit :

      Le jeu en vaut vraiment la chandelle pour moi, mais je comprends aussi ton point de vue, je l’ai partagé pendant des années. C’est comme tu dis, une affaire très personnelle, je me garde bien de tout conseil. Et j’espère bien ne culpabiliser personne dans cette histoire. Le plus important dans cette histoire, c’est de faire ce qu’on sent être le mieux. Les nids de poules n’ont jamais empêché de faire sa route 🙂 Merci pour ton mot de réconfort pour cette dernière étape 🙂 à bientôt

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    • Mélilotus dit :

      Merci vous. Et je suis contente d’avoir un commentaire de Tunisie 🙂
      Vous ne faites pas de reconstruction dans votre clinique, n’est-ce-pas ?
      J’ai passé le cap de la dernière intervention, ça s’est bien passé, suspens quant au résultat final, car j’ai un gros pansement sur le sein. La PAM, je ne la découvrirai que la semaine prochaine lors de mon rv post-op…
      En même temps, ce parcours peut paraître pénible, parce qu’il a eu des hauts et des bas, mais globalement, c’est que du positif, une renaissance !

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  2. zaboton dit :

    salut Mélie ,
    Tous les jours je me ressource en lisant tes aventures.
    Tu écris bien et tes mots résonnent d’autant mieux dans mon corps d’amazone ,tu n’es jamais pathétique mais toujours réaliste ,dynamique et tu sais être drôle!!
    bises
    zaboton (isabelle )

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  3. lamocheteuse dit :

    Bravo pour ta persévérance ! Et bon courage pour la convalescence.
    J’espère de tout cœur que tu te sentes bien dans ton corps, même s’il faut encore patienter.
    Pour ma part, je viens de passer la première étape. C’est dur de vivre dans un corps en travaux !

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