La rançon cicatricielle

C’est un des points les plus sensibles dans le choix d’une reconstruction. Et encore plus dans le choix d’un DIEP…

© Carlos Lozano Ginel

Scarification mursi (Ethiopie) © Carlos Lozano Ginel

J’en parlais ici et disais que c’était comme déshabiller Pierre pour habiller Paul. Ce qui est ma foi vrai. Sauf que le Pierre n’a pas perdu tout ses vêtements dans cette affaire. C’est une espèce de partage.
Le terme de « rançon » est plutôt péjoratif, chose assez rare dans la nomenclature médicale, non ? Les anglo-saxons disent « residual scars »… Ceci-dit, il est bien question d’un deal. Mais je préfère le terme de contrepartie.
Je souris en relisant l’évaluation des centimètres de cicatrices après DIEP. Je disais que j’en aurai sans doute un peu plus de 70 cm au finish. Je ne suis pas encore là puisqu’il me reste encore au moins 2 interventions, mais j’en compte déjà 104 cm.

Pour celles qui s’intéressent à ce chiffre affolant, quelques détails :

abdominoplastie (ventre) : 35 cmMetre_couturiere
mise en nourrice du cartilage de ma côte : 2 cm
nombril : 5 cm
symétrisation (cicatrice dite en « ancre de marine ») :
. sillon sous-mammaire : 9,5 cm
. trait vertical : 6 cm
. aréole : 18,5 cm
sein diépé : 18 cm (même longueur que la mastectomie)

Je m’abstiens de fournir chiffres et détails aux personnes non concernées par la mastectomie, voire la reconstruction. Inconcevable pour moi il n’y a pas si longtemps, je conçois que je puisse apparaître comme folle-dingue au commun des mortels.
Cela relève de l’intime, et les rares fois où je me suis un peu expliquée sur mes opérations, je me suis rendue compte qu’il m’étais très difficile de trouver les mots pour expliquer mon choix. Pire, j’avais la sensation de devoir me justifier. Alors terminé !

J’ai parlé de la quantité de cette rançon, mais quid de la qualité…?

Aucune cicatrice hypertrophique n’est apparu. Elles sont encore toutes très roses-violacées, sauf, la plus récente qui a maintenant 2 mois : la reprise de mon DIEP après l’échec de la deuxième greffe. Elle est fine, rose pâle mais… très irrégulière. Le chirurgien a fait ce qu’il a pu avec l’infection des berges, en  voulant j’imagine, garder un maximum de peau. Résultat donc bien moyen.

Celle du ventre me valait pas mal d’appréhension. La plus longue.  Mais toutes mes culottes la cache soigneusement. Un site tunisien (le pays du discount esthétique) parle de voilement de la culotte ! Et si dans l’intimité, les premières semaines, je me débrouillais pour cacher cette balafre, maintenant je l’oublie. Elle fait partie pour moi du passé. Comme ma césarienne un peu plus bas.

Le nombril ? Un peu rouge après ma deuxième intervention, car lieu de passage pour le lipomodelage,  sa cicatrice est difficilement détectable étant donnée la nature-même d’un nombril, lui-même cicatrice originelle.

Reste la symétrisation du sein sain. Là, je suis actuellement moins enthousiaste. dès le départ, j’étais vraiment contrariée de toucher à ce pauvre sein qui n’avait rien demandé. Si certains chirurgiens acceptent de ne pas y toucher par respect pour la patiente, le mieux refusa de ne pas y toucher, par respect pour le résultat final. Pour lui, c’était le deal.
Il me faisait alors prendre conscience du fait que mon sein âgé de 45 ans, acceptable esthétiquement seul en l’état, ne pourrait pas supporter la comparaison avec un sein haut perché. J’apprenais alors un nouveau terme esthético-médical : la ptose mammaire. Quel nom moche.
Pour moi, la véritable rançon cicatricielle se trouve là. De loin, ou sous un vêtement, sa forme -un bonnet B- est parfaite. Mais le processus de cicatrisation en dans sa période la plus inesthétique, 3 mois post-opératoire. (sur l’évolution d’une cicatrice, voir graphique ici).
Je sais que cela est transitoire.
LE mot qui traverse tout mon parcours de reconstruction.

Pour remédier à la lenteur de ce processus de cicatrisation, divers propositions cosmétiques. J’ai testé l’huile de massage ayurvédique, synergie de 25 plantes et 4 huiles végétales différentes ! Lorsqu’on mélange trop de senteurs, le résultat olfactif est en général raté. Ici, cela atteint son paroxysme. Sous plastique dans le magasin, je n’avais pas pu sentir… et je m’étais fiée à ses vertus « contre les vergetures et les cicatrices ». Arrivée à la maison, pouac ! Bon, allez, je n’allais pas le jeter, j’ai massé…! Puis j’ai testé la Bi-Oil, très en vogue actuellement. Nettement plus chimique, mais plus discrète aussi. Je n’en conseille aucune en particulier. Ce que je sais, c’est que l’astreinte que je me suis imposée de masser mes cicatrices était forcément bénéfique, au moins psychologiquement.

Il y a bientôt 7 ans, ma mastectomie, je ne l’ai pas regardé pendant 1 mois. Et pas touché pendant des mois. Juste effleuré sous la douche.
Alors le soin que je porte matin et soir, avec mes 2 huiles en alternance, m’aident à me réapproprier mon corps, c’est déjà pas si mal, même si aucune autre vertu n’y est associée !

Pour mon ancre de marine très visible quoique fine, mon chirurgien ne conseille aucune crème, mais une torture atroce : il veut que chaque jour, je me pince ces cicatrices, afin d’en accélérer le blanchiment. « Oh mais c’est affreusement douloureux ! » Lui : »Oui, mais c’est très important ». En bien pour une fois, je ne lui obéirai pas. Je lui mens : « oui d’accord », mais je fomente un stratagème. Lui verra que cela n’accélère rien (évidemment hé hé puisque je ne pince rien !) et peut-être alors, à force, ne le préconisera-t-il plus.

Autre proposition thérapeutique aux cicatrices : le pansement de silicone. Il est conseillé d’en porter un mois environ après l’intervention. Très onéreux, il est aussi controversé. Certains médecins considèrent qu’ils n’ont qu’un pouvoir compressif, atténuant donc une éventuelle hypertrophie. Le mien les conseille systématiquement à toutes ces patientes. Sauf que cela n’est pas remboursé par la sécu, et que leur coût est exorbitant…

Pour mon mètre et des poussières, j’ai payé 50 euros. En sachant qu’il faut les porter longtemps et en changer régulièrement (durée de vie une semaine environ), cela devrait me coûter 250 euros par mois… Mouais. (J’ai vu que certaines internautes utilisent du simple sparadrap !)

Et si la nature se débrouillait seule ?… Etant donné que je cicatrice assez bien, je m’arrêterai à mon unique boîte de 120 cm.
Je dis que je cicatrise bien mais c’est très récent. Et si ça venait surtout du couturier ?…
Un chirurgien plastique n’est pas un chirurgien lambda. Le rendu final esthétique est son obsession. Pas comme celui qui vous enlève votre port-a-cath. La trace du mieux est très large et disgracieuse.

Le plasticien peaufine son travail, la couture c’est son dada. Pas question de faire des échelles de perroquet, comme j’ai eu pour ma césarienne par exemple… (joli nom pourtant !) -Bon, moins raté que sur le lien que je donne, quand-même.
Mais plutôt de beaux surjets intradermiques… (lu sur mon compte-rendu opératoire).

Plus d’info sur les sutures sur le blog sympathique d’une interne en chirurgie passionnée ici.

 

5 réflexions sur “La rançon cicatricielle

  1. halize dit :

    coucou bonsoir

    ton chir a raison pour ce qui est du « pincement » de la cicatrice. la toucher tapoter pincer-rouler améliore la cicatrisation finale . je conseille la pommade cicalfate pour travailler sur les cicatrices.
    la longueur de cicatrice est impressionnante………
    je t’embrasse fort

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  2. chartres dit :

    Bon, peut-on sourire ? En lisant ton message, j’ai imaginé un petit jeu « pince me, pince moi « ! Toutefois, ton chirurgien a raison! Le mien m’avait donné le même conseil après la symétrisation. Non réconciliée avec mon corps, je n’ai pas pincé et le résultat aujourd’hui ? Des cicatrices rosacées, encore visibles …(pour un oeil très exercé tout de même ) !

    Tes pansements silicone ne t’ont pas été » offerts  » par l’hôpital ? la clinique? …J’en ai tout un stock à la maison….

    Ce soir, je crois que tu m’as donné une idée …je vais mesurer mes cicatrivces !Je n’y avais jamais pensé ! Sans nul doute, ce sera toi la gagnante !

    Bien, je me coucherai également en me disant que tu sembles être un peu plus sereine et ça, c’est plein d’espoir ….Est ce que je me trompe totalement?
    bonne nuit à toi et n’oublie pas de pincer !!!

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  3. Mariette Moreau dit :

    Bonjour méli et à toutes et tous,

    tu m’ as donnée l’ idée de mesurer les cicatrices de mon double DIEP catastrophique qui m’ a de plus paralysé les muscles abdominaux et déchiqueté ceux-ci, me plongeant dans une impotence fonctionnelle majeure ( dixit mes professeurs ) et sans réparation satisfaisant possible … sans compter que je ne ressemble plus à rien, à part à un corps autopsié !

    J’ en ai pour 1,90 m de cicatrices lamentables et en bourrelet ! ! … Plus grand que je mesure ! ! sans compter les oreilles , la taille déformée d’ un coté par un creux et toute droite de l’ autre … Et le nombril à gauche !

    Et bien évidemment, un ventre tout déformé, avec une grosse voussure de la paroi abdominale du côté gauche du ventre, une en bas un peu à droite et ceci sans parler des douleurs et sensations !

    Question seins, de gros croissants de peau du ventre dessous, un plus gros que l’ autre et pendouilleux à gauche, ( car le greffon se ballade dedans et n’ a pas été fixé ! ) … on a même réussi à me paralyser les muscles allant du sein gauche jusque sous l’ omoplate gauche !

    A droite, du coté droit du sein droit, la graisse qui fond fait que la peau devient adhérente et cela fait mal , un creux se forme au dessus entre le greffon et le haut du torse rejoignant la clavicule, et ce à chaque mouvement du bras droit !

    Vive le DIEP ! … Surtout que dans mon cas, alors que j’ avais eu une mastectomie sous cutanée avec reconstruction immédiate par prothèses … mon état ne nécessitait … qu’ un simple changement de prothèses ! ! … Un chirurgien plus que connu m’ a entraînée dans cette intervention en me faisant acheter le livre d’ une de ses anciennes patientes … En me faisant croire au miracle du DIEP au travers des écrits de son auteure … et à la préservation de la paroi abdominale ! !

    Avec l’ image du paradis … il m’ a conduite en enfer ! … Ce n’ est pas le cancer qui m’ aura tuée ( car maintenant ma vie est fichue sur TOUS les plans ! ) … mais lui !

    Alors, attention au chant des sirènes, l’ eau limpide que l’ on vous promet peut s’ avérer être ce que l’ on trouve dans une cuve à pétrole !

    Toutes mes amitiés, ma joie à celles à qui çà a réussi … ma désespérance à toutes les autres, celles qui se cachent , honteuses … et que l’ on entend ni ne lit jamais … Et que nos exemples servent à apporter la méfiance à celles qui pensent accepter cette intervention les yeux fermés …

    Rajoutant à

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  4. Mélilotus dit :

    En effet, tu « gagnes » au la main au mètre de couturière. Je suis contente de te donner cette tribune. Mais tu sais, lorsqu’on se lance dans une reconstruction, c’est forcément les yeux fermés comme tu dis, sinon, on rebrousserait vite chemin. C’est en tous cas ce que j’ai fait.
    Je te souhaite vraiment de pouvoir sortir un peu la tête hors de la « cuve à pétrole », toute mon amitié,
    Méli

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