Ne pas comparer

Ne pas comparer, c’est ce qu’on m’a dit au début…Hopital

Ne pas comparer les pronostics, ne pas comparer les opérations, les effets secondaires, les protocoles de soins, …

Je pense avoir suivi bon an, mal an, ce conseil avisé. Ceci-dit, j’adorais qu’on me raconte que telle personne, même si je ne la connaissais pas, s’en était sorti, que ça faisait 10 ans maintenant, et que pourtant, blablabla… Ca m’aidait. Par contre, j’étais assez gonflée pour penser qu’il ne fallait pas comparer lorsque l’issue était défavorable. « Chaque cancer est différent, il ne faut pas comparer ».

Bref, je m’en sortais plutôt bien avec le cancer des autres, du moins sous cet aspect-là de l’identification. Ton (son) cancer n’est pas le mien.

Jusqu’à ce qu’une personne que je côtoyais dans mon travail depuis plus de 20 ans, a été diagnostiquée d’un cancer du sein.
(Au passage, suivie par des mammos tous les 2 ans, comme quoi, le discours du « pris à temps »…)

Là, c’est devenu beaucoup plus compliqué de prendre du recul.
J’ai suivi pas à pas sa lente descente vers la mort comme si je regardais un autre moi-même qui n’aurait pas pris le même chemin.

Chemins très vite différents. Pour tout un tas de raisons, d’ailleurs. Alors que j’étais suivie par un centre hospitalier, elle a été prise en charge dans une clinique – dont j’avais entendu des horreurs – . Impossible de le lui dire, je l’ai su alors que le processus de soins était enclenché, et connaissais l’état de fragilité de ces moments. J’ai donc attendu. Et là, j’ai comparé…

La prise en charge déjà, tellement différente.
Par exemple, le bilan d’extension qui s’est fait deux semaines après l’opération. Et en plusieurs temps. La scintigraphie par exemple dont elle aura les résultats 10 jours après. Alors que mon bilan s’est déroulé en une seule journée et alors que j’étais encore hospitalisée, et que les résultats m’ont été donnés le jour-même.
Elle fût ensuite confrontée par son chirurgien-oncologue (oui, les deux, ça facilite la concertation, ça !) au choix atroce de garder ou non son sein, j’en parlais déjà ici
Quant à la pose du PAC, anesthésie générale : pourquoi ?… 2 en fait car on l’avait mal « arrimé ».
Plus tout un tas d’autres détails que j’ai comparé…

Une prise en charge radicalement différente donc…

Et puis… une progression de la maladie elle aussi fort différente. Et le couperet qui tombe : chimios à vie. C’est alors que je lui ai conseillé d’aller chercher un deuxième avis. Ce qui nous a séparé. N’avais-je pas mis assez les formes ? Possible. Moins de 20% des malades du cancer font cette démarche. Trop déstabilisante.
Il n’empêche que nous nous sommes rapprochées vers la fin, alors que ni elle ni moi, ne pensions que c’était la fin. Parce que notre combat était le même, nous ne voulions voir l’évidence.
Chaque fois que j’allais la voir à la clinique, je savais que j’avais rendez-vous avec elle, mais aussi avec Le cancer. Difficile place de celle qui s’en est sortie face à celle qui lutte car la mort rôde.
Alors qu’autour d’elle, les proches avaient compris, à l’évidence, elle et moi nous y refusions.
Cette énième chimio tant attendue et qui n’est jamais venue, nous étions les seules à nous y raccrocher.
Tout ça nous a rapproché certes, mais ne nous a-t-il pas aussi empêché d’aller à l’essentiel, et à parler de la mort qui arrivait.
J’ai ressenti un énorme ratage, car un jour, on lui a dit que c’était fini. Elle n’a plus jamais parlé.

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4 réflexions sur “Ne pas comparer

  1. Chartres dit :

    J’ai eu du mal à retenir mes larmes mais l’émotion est là, au fond de la gorge ….Certes, juger de la qualité des soins est difficile car effectivement, chaque cancer est différent …Tu as accompagné sa dernière étape de vie ; tu en as eu la force . Bravo à toi. Je crois que face à ton témoignage je n’arrive pas à me réjouir d’être toujours en vie .

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  2. Cathie dit :

    Un de tes plus impressionnants post. La chute plaque… Les mots sont libérateurs, et tu les possèdent aussi vachement en ce moment !! Écrivaine-Méli ?
    Bel hommage à cette femme qui a connu un chemin que trop de femmes empruntent

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    • Mélilotus dit :

      J’ai mis sacrément longtemps à l’écrire, ce billet, je dois dire que je redoutais que ses proches le lisent… Ce que je puis dire, c’est qu’il n’est pas question pour moi de penser que soignée ailleurs, elle serait en vie. Il n’empêche qu’on a assisté à une gestion calamiteuse de la maladie. Et ça, c’est scandaleux.

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  3. IsabelleDeLyon dit :

    J’ai un peu ce sentiment lorsque que je vois des femmes jeunes avec enfants en bas âge, avec cancer Her2 métastasé arriver à une rémission complète comme moi sous herceptine mais comme elles ne sont pas en France, pour soucis d’économie, on arrête tout, plus d’herceptine et je les retrouve 5 mois plus tard avec des métas partout et max 2 ans à vivre. J’éprouve une telle colère, une telle injustice devant ce gâchis sans nom. Merci pour ce bel article. Nous n’avons vraiment pas les mêmes chances de nous en sortir déjà par notre environnement médical et notre prise en charge avant même de parler d’autre chose.

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