Reconstruction identitaire

Durant ces 5 années, j’ai rencontré pas mal de femmes qui ont perdu comme moi un sein, voire deux, dans cette épreuve. Nous avons le sentiment, souvent, de faire partie d’une communauté – généralement silencieuse d’ailleurs -. L’ablation a affecté notre image : atteinte physique mais aussi blessure narcissique. D’un évènement similaire, surgit non seulement une multitude de reconstructions, mais aussi une temporalité différente pour chacune d’entre nous.
Au fil de mes rencontres, réelles ou par la toile, je vois comme finalement, nous nous relevons toutes d’une manière singulière, et chacune à notre vitesse.

Il y a celles qui vivent plutôt bien leur asymétrie, et d’autres qui la vivent plutôt mal.

Il y a celles qui trouvent que leur cicatrice est relativement belle et qui l’ont chouchouté dès le départ. Et puis il y a celles qui ne l’ont regardé qu’après de longues semaines, et qui la frôlent à peine.

Il y a celles qui se cachent du regard des autres, et puis celles qui se font photographier, pour « sortir du placard ». Il faut parfois quelques décennies entre les deux. (Je pense à Dora du Scar project)

Il y a celles qui n’en parlent pas, et celles qui ouvrent un blog. Ce sont parfois les mêmes.

Il y a celles qui savent qu’elles vont se faire chirurgicalement reconstruire, celles qui savent qu’elles ne le feront pas, et puis celles qui n’arrivent pas à faire le deuil de l’une ou l’autre solution.

Il y a celles qui veulent passer à autre chose, et d’autres qui se lancent dans une association, un livre, une exposition, une entreprise « rose ». Peut-être pour passer à autre chose plus tard d’ailleurs.

Il y a celles qui ne veulent plus jamais vivre comme avant, et celles qui le souhaitent.

Il me semble que j’ai été, je suis ou je serai toutes ces femmes.

Après le séisme, après ses répliques, ma reconstruction identitaire semble ne jamais finir, en perpétuelle devenir.
Cela donne un peu le tournis, j’aimerai bien me poser définitivement.

En attendant, rendez-vous au premier colloque de l’association « Au sein de sa différence » qui m’est si chère, le dimanche 25 novembre.
La thématique de cette après-midi : « Reconstruction identitaire : les acteurs de la différence »… ça risque d’être passionnant !

Toutes les infos ici.

J’aurai le plaisir de vous présenter l’ebib.

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4 réflexions sur “Reconstruction identitaire

    • Virginie Catalan dit :

      Pour moi le séisme à eu lieu en 2006 : tumorectomie, puis mastectomie, radiothérapie, stérilisation tubaire… J’ai cru, en 2007, avoir tiré une grande leçon de vie de cette épreuve dont j’étais sortie vivante, avoir fait le tri de mes priorités et de mes valeurs, être prête pour continuer la route plus forte que jamais… Oui mais nous voilà bientôt en 2013, et je n’y arrive plus ! Les contrôles réguliers sont bons, l’oncologue m’a même déclarée « guérie » tout en me rappelant l’importance d’être surveillée de près !!! Mais je ne me suis sentie aussi mal, crises d’angoisse, malaises divers, fatigue…et culpabilité car je devrais me sentir en pleine forme ! Comment retrouver l’élan vital qui m’animait à la fin des traitements ? Pourquoi est ce que je n’y arrive pas, quand je lis tous les témoignages de ces battantes dont je pensais faire partie ????

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      • Mélilotus dit :

        @ Martine : oui, toi aussi donc ? Chouette 🙂
        @ Virginie : Je ne sais pas si vous m’incluez dans les battantes, mais je ne m’en sens pas du tout l’étoffe. Tout au plus très chanceuse d’avoir pu tenir la maladie à distance depuis 5 ans, et de ne pas avoir sombré dans la déprime. Cependant, votre témoignage montre qu’on n’est pas à l’abri d’un retour de bâton. Je vous souhaite assez d’énergie pour vous sortir de ce mal-être. Pourquoi ne pas vous tourner vers des liens d’écoute, par exemple un groupe de paroles de la Ligue ?… Je vous embrasse,
        Méli

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  1. Virginie Catalan dit :

    Merci Méli ! Je voulais juste noter que le cancer n’est pas juste un « accident de parcours » et que la reconstruction peut être longue et laborieuse, qu’il est difficile de se sentir « guérie » et quelquefois d’en parler à ses proches pour qui tout ça est derrière, alors faute de parler, c’est le corps qui s’exprime , en tous cas je le vis comme ça…. Je vais donc suivre ton conseil, et voir s’il existe un groupe de parole près de chez moi ! Et je continue à lire ce blog !

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