‘Ma mort dans tous ses états’

Vous connaissez le plaisir que j’ai à traverser les cimetières.

En cette période de Toussaint, je voulais vous parler du documentaire ‘Ma mort dans tous ses états’ (2003).

«A force de me dire que chaque jour pourrait être le dernier, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il n’était pas trop tôt pour me préoccuper de mes obsèques»

Le réalisateur Roberto Garzelli nous dit son obsession de sa propre mort. Ce qui n’est pas du tout mon cas, et d’ailleurs, malgré le sujet, le film est grave juste ce qu’il faut, souvent cocasse, un brin décalé, donc pas si macabre que ça au bout du compte. Au contraire, le voilà en quête de différents interlocuteurs, bien vivants eux, tous les métiers qui s’occupent des corps après le trépas.

On ne peut plus instructif, sur des questions basiques,  tels le prix d’un cercueil, le choix entre caveau ou simple tombe. A ce propos, la vendeuse nous dit que c’est comme le choix d’une voiture : « grosse cylindrée ou pas, tout dépend de ce qu’on veut en faire pour l’avenir, combien de temps on veut la garder. Sauf que là, il s’agit d’éternité. »

On apprend à quoi sert le mètre sanitaire, que les cercueils ont des noms, par exemple la ‘forme parisienne’, qu’on enterre gratis les parisiens  à Thiais (94), mais pour 5 ans seulement, qu’il reste des places à Montmartre, qu’il existe des ossuaires  au père Lachaise pour les tombes abandonnées depuis plus de 50 ans, que si notre tombe est intéressante du point de vue architectural ou artistique, on a des ‘chances’ de durer, même si on est inconnu, et puis des infos plus techniques sur les vers blancs, l’évolution physique des corps, …

Le réalisateur rencontre les petits métiers, interroge le fossoyeur qui creuse, la commerciale et ses catalogues, le gardien de cimetière, le technicien qui incinère, etc… tout en leur demandant ce que eux, ont choisi pour leur propre mort. Alors que le réalisateur hésite toujours plus entre  l’incinération et la mise sous terre, tous ces gens ont des avis très précis sur leur mort, : « non, jamais je ne me ferai incinérer », « oh, les mamies n’aiment pas descendre au colombarium, c’est vrai que c’est vraiment lugubre », « hors de question d’être bouffée par des vers », etc… Un mélange d’infos et de ressenti des ces personnes qui cotoient la mort au quotidien, et qui banalement, vous montrent une scie à découper les corps (passage sur les dons de corps à la science), une coupe de bassin (passage sur la faculté de médecine), une machine à broyer les os avant la mise en urne, …

Il interroge également des spécialistes, scientifiques, mais ce n’est finalement pas les meilleurs moments du film, je trouve. Un extrait justement ici.

A propos de ce lien, vous pouvez y voir d’autres courts-métrages regroupés pour une soirée Arte sur le corps datant de 2010, ils sont tous, à leur manière, formidables. ‘Obsession’ est terrifiant, ‘Assistance sexuelle’ très beau, ‘Body’ est mon préféré avec ‘le Nombril’ biensûr !

Pour revenir à ce documentaire, mon moment préféré est lorsqu’il se rend au siège de l’association SPI (Société pour le Propagation de l’Incinération) et que son interlocuteur lui dit dans un sourire terrible :

« Faut choisir entre des petits vers ou une bonne cuite ».

Perso, je choisi les petits vers !

Voici pourtant 2 cases cinéraires photographiées en Espagne cet été, et qui sont bien sympathiques et émouvantes chacune à leur façon…

Cliquer dessus pour agrandir

Publicités

5 réflexions sur “‘Ma mort dans tous ses états’

  1. yelena dit :

    Nan, ne me dis pas qu’on broie les os pour l’incinération ????????
    Ce n’est pas VRAI ça !!! j’irai me renseigner , car moi je choisis les cendres!!! lugubre ou réaliste ??? On fait dans le « hard film d’horreur là « ??? ma copine me dit souvent, mais qu’est-ce que cela peut foutre, parti, c’est parti, mais perso, j’ai fait le nécessaire en apprenant ma « grosse maladie », et je voulais choisir , panique à bord le jour de l’annonce funeste.
    je lis « Limonov » de Carrère en ce moment . je sors du contexte, dur, dur, ne sois pas choquée si tu lis un jour, mais je cite :
     » Ni le cobalt ni les dollars n’y pourront rien. le cancer ne respecte pas l’argent. Offrez-lui des milliards, il ne reculera pas.Une chose au moins devant laquelle tout le monde est à égalité », c’est Limonov qui parle… personnage très contesté, à lire toutefois. Pour ton article, je regarderai ça de près. BRRRRR

    J'aime

    • Mélilotus dit :

      si si Yéléna, on broie ! Ca dure entre 5 à 10 minutes. Tu peux entendre le bruit que ça fait dans le film :-)… Parce que sinon, ça ne rentrerait pas dans l’urne, nous ne redevenons pas tout-à-fait cendres. Moi aussi, j’ai lu et beaucoup aimé « Limonov », et ce passage sur le cancer du gamin de riche ne m’a pas échappé ;o) Carrère est fasciné par ce personnage de Limonov, je dois dire qu’il ne me fait pas le même effet.

      J'aime

  2. IsabelleDeLyon dit :

    Je voulais me faire incinérer mais ça a l’air de poser problème à mon cher et tendre. Je pense qu’ils feront de moi ce qu’ils voudront, après tout ça deviendra leur préoccupation. Si on m’enterre, je veux rejoindre mon petit papa qui risque de rester seul, ma mère ayant refait sa vie.
    J’irai jeter un oeil à tes liens depuis chez moi, ça sera mieux avec le son. Bises

    J'aime

  3. marielea dit :

    Pour compléter pour Yélena 😉 « Les cendres résultant de la crémation sont la partie calcaire des os. Dans la pratique, la crémation se déroule à une température de 850° dans un appareil soumis à un fort apport d’air frais permettant la combustion. Le bois du cercueil, les vêtements, les chairs, tout est transformé en gaz ou en poussières qui s’envolent dans les fumées. Ceci explique que, pour les enfants de moins d’un an dont les os sont encore peu calcifiés, il ne subsiste pratiquement aucun reste à la suite d’une crémation complète. Pour les adultes, ce que l’on retrouve dans l’appareil est constitué des restes calcinés des os qui se présentent sous forme de fragments plus ou moins importants mais reconnaissables : on peut ainsi bien distinguer les différents os. Ce sont ces derniers qui étaient disposés dans des urnes cinéraires dans la tradition grecque ou latine et même à l’époque moderne au début du XXe siècle.

    Pour faciliter la dispersion, la réglementation française prévoit maintenant la pulvérisation de ces os pour en faire une poudre grossière. Elle ne se justifie pas lorsque l’on pratique l’inhumation des cendres ou le dépôt en cases de columbarium. Elle est même pénalisante pour les populations issues du Sud-est asiatique qui souhaitent pouvoir garder certains os intacts. »

    J'aime

  4. Mélilotus dit :

    Merci de ces précisions, celle des enfants fait par contre froid dans le dos. C’est drôle de reprendre cette discussion un an après. Je veux bien que ça dure encore quelques années personellement, et avec vous ;o)

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s