Surveillance

Je m’apprête à ‘passer ma visite de contrôle des 6 mois’.
La semaine prochaine.
J’y pense biensûr. Mais sans plus.

Guérie la Méli ? Non, je dis juste que ces visites, maintenant espacées de 6 mois ne m’apporte pas l’angoisse que certaines connaissent. Non pas que je suis plus forte que les autres,  ça non ! Mais tout simplement parce que je considère ces visites comme peanuts.

Ce que fait ce jour-là l’oncologue, c’est : me peser, me tâter (cou, sein, foie), remplir une fiche, et basta. Ah peut-être ma tension aussi, je ne sais plus.
Autrement dit, la même chose que ma généraliste. Alors biensûr, son geste de tâtage est vraisemblablement plus aguerri. Mais à part ça…

Par contre, ce qui me stresse, c’est tout le reste.

Chercher une place loin de l’entrée, sur cet immense parking, toujours archi-plein.
Passer devant le centre de radiothérapie, adjacent à l’hôpital.
Longer la maternité, jeter un oeil sur ‘ma’ fenêtre, voir combien les arbustes et plates-bandes ont prospéré depuis 3 ans.
Atteindre l’entrée, voir ces malades en pij’ avec leur potence et qui clopent en téléphonant.
Arriver dans le hall principal, les machines à café, les malades en fauteuils, des visiteurs qui font un break avant d’y retourner,…

Prendre un ticket, attendre pour le bon de consultation.

Se diriger vers les ascenseurs. Quel étage, je ne m’en rappelle jamais. Ca y est, je trouve. Jeter un oeil au miroir, être heureuse de ne pas se trouver une tête de malade,
forcément se rappeler des jours de chimio.
Attendre encore au bureau de l’étage pour donner ce bon de consultation. Penser au film Brazil.
Rejoindre la salle d’attente. Dire bonjour aux patients et s’assoir, comme si de rien.
Et commencer à regarder les affiches. Un canyon américain. Un coucher de soleil sur les dunes. Une pub pour une association.

Voilà, c’est tout ça qui me stresse. Retourner sur les lieux du crime !
En général, on attend beaucoup.
Et on ne pipe mot. On sait qu’il y a d’autres cas qui vont peut-être s’intercaler, et bien contente de ne pas en faire partie, on prend son mal en patience.

Parfois, j’aperçois l’autre oncologue du service. Un homme doux, calme. Je l’ai entendu un jour parler à une famille, il était très ému, se disait vraiment touché par la détermination d’un malade.
Mais il soigne d’autres cancers que le mien.
Et ensuite vient mon tour.
Après les formules de politesse, mon oncologue se plonge dans mon dossier. Je n’interrompt pas.

Je revois mon enveloppe format XXL, et dedans mon dossier dont je reconnais le dessin de la chirurgienne en première page. Lors du premier rendez-vous. Mon sein droit et ses tumeurs au stylo Bic.
Puis suivent plusieurs pages maintenant.

J’aurai donc à me peser, me déshabiller le haut, m’allonger.
Elle me tâtera, j’espère que cela ne durera pas, parce qu’alors, biensûr, on se met à douter. Mais non. C’est bon, vous pouvez vous rhabiller.

Elle écrira quelque charabia dans mon dossier. Me réconfortera que tout va bien.
Et oui, ça me réconfortera.
Elle dictera un courrier pour ma généraliste au dictaphone.
Remplira mon ‘carnet de surveillance alternée‘ si je ne l’ai pas oublié. Entourera ‘Rémission complète’.

Ca ne me fera pas l’effet de la première fois. Mais ce sera bien.
Et elle me dira à l’année prochaine, n’oubliez pas votre mammo en septembre.

Non, je n’oublierai pas.
Au revoir madame.

Et voilà. Je redescendrai par lescalier, un peu plus légère.
Parce que c’est la règle du jeu.
Que c’est ça, et seulement ça, l’après-cancer.

« Ah tu as fait ton contrôle, et tout va bien ? C’est génial ! Si tu avais quelque chose, ils l’auraient vu. »

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2 réflexions sur “Surveillance

  1. carminio dit :

    je vais penser a vouset acette article lors de mon prochain controle au mois de mars.j en suis au debut;second controle,stressee de nature;le cancer n a pas arrange les choses.merci pour votre
    blog  pour moi l epres cancer est tres difficile.vous m aidez ;grace a votre humour merci beaucoup.pauline

     

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  2. yelena dit :

    Pour moi aussi, premier mars, premier contrôle depuis …. Prise de sang à faire deux jours avant.celle-là, je la crains. Je ne balise pas car ça ne sert à rien, ça ne changera rien, mais j’ai
    aussi du mal avec les hôpitaux, les médecins et tout. Etre sereine, je ne pense pas que l’une de nous le soit, le jour J. trop dur , mais oublier les souffrances endurées, oui, on ne se rend pas
    compte du potentiel qu’on a . retourner au travail va être dur, car on va penser, la revoilà… et l’angoisse de tenir. Mon médecin me dit, ça vous évitera de penser. Je ne sais. Bon courage Méli
    bzzzz

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