« Mes deux seins, journal d’une guérison »

J’ai donc regardé, comme beaucoup, hier soir, ce film de Marie Mandy.

Il s’agit d’une femme documentariste qui, apprenant qu’elle a un cancer, demande à un ami caméraman, de filmer les grands moments de cette mésaventure. Elle en a ensuite fait un film, avec voix off sur son vécu, ses peurs, ses sentiments.

Beaucoup d’émotion en perspective…

Et pourtant…

Dès le départ, je n’ai pas accroché. Cette manière de se mettre en scène déjà. Elle est là, elle parle, seule, presque toujours seule, on ne voit pratiquement que les moments médicaux, rendez-vous divers avec le corps médical, des thérapeutes.

Ok, ok, je comprends, c’est le parti-pris. Mais ne pas ou presque pas montrer son entourage, mais cela fausse totalement la réalité du vécu du cancer. Oui, d’accord, on est immensément seule dans la maladie, mais tellement entouré, en bien ou en mal d’ailleurs. La gestion des autres, c’est énorme. A vouloir montrer surtout les moments médicaux, elle montre une infime partie de la réalité.

Et pourquoi veut-elle tout filmer, sauf quand elle craque ? Pas d’intérêt ? Trop voyeur ? Ah bon, ainsi, il est plus important de montrer des bouts de seins après une opération, dans un plateau d’inox, que les larmes ?

Ceci-dit, même si je ne me suis jamais identifiée à cette personne, je n’ai biensûr pas pu m’empêcher de comparer nos réactions.

Elle n’est pas du tout la petite fourmi que je n’ai cessé d’être. Celle qui n’ose pas dire, le bon petit soldat. Non, elle assume totalement son côté ‘médecines alternatives’ face aux praticiens de l’hôpital. J’ai trouvé ça très rigolo, en particulier quand elle dit au toubib qui lui annonce qu’il faudra opérer pour enlever la tumeur. « Oh mais attendez, je sais que les huiles essentielles ont des résultats formidables ». Sourire.

Plus tard, elle veut absolument mettre une date sur le début de son cancer, et propose à sa chirurgienne : « Je situe ça à deux ans et demi environ, c’est possible ? »

Elle dit, et n’est pas la seule, que ces dernières années, elle n’était pas très heureuse, ne suivait pas le chemin de vie qu’elle aurait aimé au fond d’elle, etc… et que cela a généré son cancer.

Ces pensées ne m’ont jamais habitées, elles m’énervent quand je les entends. Enfin, comme dit sa chirurgienne à un moment, tout le monde a des hauts et des bas dans la vie, et on est tous un peu décalé face à un idéal de vie pas forcément possible pour plein de raisons. On ne fait pas tous un cancer !

Je ne reviendrai pas sur les interprétations fumeuses des thérapeutes qu’elle va voir. Les profils-psy types des gens qui ont des cancers, ça m’énerve aussi.

Je comprends qu’on ait envie de savoir ‘pourquoi moi’, mais de savoir qu’on correspond à la catégorie ‘battantes stressées’, ouais, et après ? Ben, on devient zen ma p’tite dame ?!

Oui, c’est un journal, du vécu au jour le jour. Cependant, lorsqu’elle a monté son film et fait la voix off, elle était un peu sorti de ça, cela aurait été bien qu’elle prenne du recul sur sa façon de gérer la maladie. N’est-ce pas cela qui fait avancer ?

Jamais. Dommage.

Par exemple, n’y a-t-il pas à creuser sur le fait qu’elle ne veuille tout d’abord pas se faire réopérer, puis qu’ensuite, elle demande au chirurgien réparateur de lui opérer aussi son deuxième sein ?

Rester amazone, tout en désirant faire une chirurgie esthétique au sein sain. Intéressant, cette ‘asymétrie’ de pensée !

Et la fin…

Elle jubile : « j’suis guérie ! »

Et là, réponse plus évasive de la chirurgienne, je les reconnais bien là au passage : « Je pense qu’on peut en rester là ».

Elle se sent guérie. Veinarde.

J’ai lu et entendu tellement de réactions très éloignées de personnes qui ont vécu cela.

Marie Mandy joue la Candide, elle l’a fait tout le long de ce documentaire.

Elle voulait sans doute une note optimiste pour la fin. Mais n’est-ce pas escamoter la réalité de l’après-cancer au spectateur ?

Bon, allez, maintenant, je vous dis ce que j’ai aimé : la scène dans la pharmacie avec le monsieur qui explique l’intérêt des prothèses collantes, adorable. Génial !

Et puis biensûr la scène finale, des amazones dans un défilé de mode, tellement souriantes, belles, vivantes ! Car c’est aussi cela la réalité du cancer.

Quel dommage, VRAIMENT, que la voix off n’est pas expliqué qui étaient ces femmes, franchement ! Sont-elles citées dans le générique ? J’espère.

Ce que j’ai appris : nous sommes toutes pareilles, et toutes différentes. Bon, ça, je le savais, mais ce docu enfonce le clou.

J’aime bien aussi voir que même une femme assez ‘masculine’ dans son apparence, possède une réelle féminité en elle. Cela aurait été intéressant de ‘creuser’, non ?

Les images de poitrine retravaillées par des photos-montages, très chouette. Une belle idée.

Marie Mandy a voulu tenir son cancer à distance grâce au dispositif de ‘la caméra qui filme tout’ mais elle a peut-être du coup, éludé la réalité.

La mienne en tous cas.

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5 réflexions sur “« Mes deux seins, journal d’une guérison »

  1. daniele dit :

    bonjour

    j’ai beaucoup aimé la façon dont est réalisé le documentaire, vraiment génial !

    je me demande quand et où le revoir ??

    merci

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  2. virginie dit :

    Coucou Méli,

    J’ai aimé ton post même si je ne suis pas d’accord avec tout. Ta vision est en tout cas intéressante et me donne à réfléchir ! Comme je suis très très très très en colère ces derniers temps et
    pour éviter de m’épuiser dans une quelconque lutte je ne dirai qu’une chose : Jamais la réallité de la maladie ne sera montrée à la TV ou les autres médias. On veut des gens guéris, qui ont tout
    compris à tout : oui tout cela est magnifique. C’est beau, c’est de l’art. bon je fais court juste pour rajouter que le Souti1 de Cathie est magnifique et que de voir ces femmes m’a fait un bien
    fou. Bise ma belle !

     

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  3. yelena dit :

    Coucou Méli,

    Tu nous fais un coup de colère ??? Tu as eu ta perception, je n’ai pas eu la même, car le docu ne m’a pas fait pleurer. Il m’a apporté des indications sur les calcifications, dont je suis
    atteinte, et je crains pour mon sein restant. J’ai peur que cela ne soit un détonateur à retardement. Donc, le radiologue d’Aix , ça m’a beaucoup intéressée. Le mammotome, ça m’a fait peur. Le
    reste, la personnalité , l’interprétation qu’elle  en fait, c’est sa façon de réagir. Le coup des prothèses m’a fait rigoler, je choisirai la prochaine un peu mieux, je dirai adhésive. Je ne
    sais si l’on a droit à une prescription tous les ans, prise en charge. Peux-tu me renseigner sur ce point ? Pour ce qui est de la reconstruction de l’autre, elle craignait tout simplement une
    prothèse trop lourde. Je trouve déjà la mienne lourde alors que j’ai de petits lolos, un si je puis dire. Si je peux , je ne  porte pas de soutif , sous la doudoune, on ne voit rien. Et oui,
    chez moi, c’est déjà l’heure de la doudoune. Allez BZZZZ Méli Y

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