Pardon ?

Souvent, je dis de moi que je suis nulle. Et souvent, je le dis à haute voix. Un peu comme si je voulais que les autres sachent, d’une part, que j’étais nulle, et d’autre part, que je le savais.
Mais c’est souvent pour des broutilles : oublier d’aller chercher son fiston à l’école (oui, une broutille car il peut rentrer seul à pied !), faire tomber une boîte d’oeufs, m’emporter trop vite dans une discussion et le regretter, etc…
Ca vous paraît anodin, mais je dois le dire plus d’une dizaine de fois par jour.
Mais ne croyez pas que j’ai une faible opinion de ma personne. Ce n’est pas le cas. Sinon, je n’aurai jamais fait de blog, je suppose. Parce que s’exposer, c’est supposer que ce qu’on a à dire peut éventuellement intéresser quelqu’un.
Non, je dis que je suis nulle, comme il m’arrive de penser que d’autres sont nuls. Nuls à un moment donné dans une situation donnée. Comme moi, quoi !
Et je me pardonne aussi vite que je pardonne aux autres. Oui, sans doute car je ne suis pas très exigeante envers moi-même et envers les autres. Mais enfin, c’est assez pratique de fonctionner comme ça.
Là, comme ça, je parle de situations anodines.

Parce qu’il y a d’autres pardons, qui eux, passent moins facilement la porte.
Le cancer a fait exploser ma porte d’entrée, un jour que j’étais hospitalisée. Un pardon a réussi à s’engouffrer, pourtant, la vache : 40 ans d’âge, toute une vie, quoi.
J’ai réussi à pardonner sa nullité à P. Puisque lui-même, avait pardonné ma nullité. (Ceci-dit, bien moindre). Là, pas de boîte d’oeufs cassés ou d’oubli à quatre heures et demi.
Pardonner est peut-être un grand mot. Accepter de passer à autre chose me paraît plus juste.
S’alléger. Oui, c’est ça. Dans des moments si énormes, il faut lâcher du leste.

Bah, ça ne marche pas à tous les coups, sous prétexte qu’on va peut-être mourir prochainement.
Ce même jour, une autre personne s’est pointée à la porte de ma chambre d’hôpital.
A reculons.
Alors ça n’a pas marché. Et d’ailleurs, je ne l’ai jamais revu.
Faudra-t-il attendre une récidive ? Glups.
Non, j’ai lâché du leste sans avoir pu pardonné. Et du coup, n’attends plus rien.

Oui, je sais, j’suis nulle.

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6 réflexions sur “Pardon ?

  1. yelena dit :

    Curieux hasard : j’ai écrit un mail à quelqu’un aujourd’hui,et j’ai terminé par : je n’attends plus rien.
    Comme quoi, on a eu la même pensée pour différentes raisons… Dis, savoir se pardonner et pardonner aux autres, c’est ENORME.
    C’est la cool attitude, la meilleure qui soit, et l’autodérision, je suis nulle, ben oui, qui peut prétendre ne jamais l’avoir été ? Mais ce n’est qu’une façon de parler. Pour un adulte, oui, un
    enfant jamais, rectifier le tir si un enfant pense ça de lui, il n’est pas « fini » lui.Non, je ne ferai pas de blog.Dans la vie, il y a ceux qui écrivent et ceux qui lisent. D’accord, je mets un
    commentaire, un peu d’écriture … Le pardon, vaste question,gros point faible chez moi. J’arrive à passer outre, mais pardonner , non, ignorer oui.Ce n’est pas la bonne attitude mais je ne suis
    pas une sainte.
    Pour le moment, j’attends mes cheveux, j’ai compté les mois sur tes dessins rigolos, que c’est looooooong …. Bises

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  2. Cathie dit :

    c’est vrai t’aurais pu choisir une bordée d’injures au lieu de « j’suis nulle ». Le problème avec les jurons, c’est que celui qui se les prend monte aussi en pression… ^^
    Pour pardonner faut être sacrément balèze. Surtout un gros millésime.

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  3. Isasuisse dit :

    De l’indulgence
    Allez je te prête mon titre qui irait si bien aussi à ton texte;-)
    Oui, passer à autre chose, c’est tt à fait ça … j’aime bien, laisser glisser, lâcher prise et réaliser que les événements, les crises de la vie ont une énergie propre et qu’ils contiennent en eux
    déjà au départ comme une possibilité de leur disparition … enfin c’est un peu nébuleux tt ça…je veux dire qu’avec l’expérience de la vie on sent mieux l’aspect éphémère de ces evts et de ces
    crises, et donc qu’on apprend à les survoler et à y survivre.
    Pardonner est un joli mot, pas le pardon obligé mais celui qui fait qu’on est en paix avec soi-même.
    Maintenant il n’est pas tjs possible et c’est … comme ça.

    Sinon le côté « je m’sens nulle » ou « j’suis nulle », ben là si je commence, il est pas fini mon com…surtt que je viens de reprendre des classes en août dernier après des années de cours pr adultes
    et que j’ai svt cette terrible impression de ne pas être à la hauteur…
    Non non, on est des femmes for-mi-da-bles!!!

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  4. jeanninetebbani dit :

    Savoir pardonner est une thérapie. Savoir pardonner veut dire ne pas juger. Savoir pardonner veut dire accepter soi et les autres comme on est. Savoir pardonner dans notre cas c’est accepter le
    cancer sans se juger donc sans culpabiliser. On a alors la capacité de voir la vie différemment. A bientôt Jeannine

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  5. yelena dit :

    Le terme « sainte » façon de parler et éducation religieuse avant que je ne puisse choisir, je suis athée.
    Les cheveux : simple question : j’ai arrêté la chimio mi-novembre 2009. Je continue herceptin jusqu’en novembre 2010.
    J’ai à peiiiine 1 cm , normal ça ???? Trois mois pour un 1cm…. Ce n’est pas inquiétant?
    Si je sais encore calculer, ça me fait 2 cm au mois de juin, alors là, je flippe ….

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  6. jeanninetebbani dit :

    J’ai arrêté la chimio début novembre, radiothérapie jusqu’à fin décembre. J’ai rasée moi-même les cheveux naissants le 1er décembre et le 31 décembre. J’ai teint au hénné mon cm de cheveux il y a
    quinze jours. Maintenant on me dit que j’ai les cheveux très courts sans penser chimio. Actuellement je suis sous traitement anti-hormonal. Jeannine

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