Où suis-je ?

Les relations que je noue avec ma généraliste sont un peu particulières…
Je l’ai choisi parce qu’elle a eu un cancer du sein, quasiment en même temps que moi et qu’elle a mon âge. Oui, d’accord, c’est un coup de chance. Pas pour elle, mais pour moi, je veux dire.
D’abord que ce soit arrivé à mes oreilles, et ensuite qu’elle ne soit pas loin de chez moi. Bon, en fait, je l’ai choisi grâce au hasard.

Avant, j’avais le docteur Doliprane. Bien gentil, mais pas le genre de doc qui coûte à la sécu. En gros, on ressort avec une ordonnance de paracétamol !
Ensuite, j’ai eu une doctoresse, quand mon cancer fut découvert. Oui, une femme, ce serait mieux. Mais ce n’était pas mieux. J’étais très mal psychologiquement, et physiquement, des douleurs de droite et de gauche, bref, j’avais besoin d’être rassurée.
Mais comment rassurer quelqu’un qui est obsédée par la récidive ? En lui disant qu’elle se fait des idées ? Bof, bof. Ca marche pas terrible, ça. Du coup, je n’osais plus aller la voir, tiraillée par mes angoisses – que j’essayais d’étouffer – et la crainte de paraître à moitié zinzin à ses yeux.

Jusqu’à ce que je rencontre enfin la bonne personne. Celle qui prend au sérieux la petite douleur là. Qui dit qu’on va vérifier. Qui dit que c’est normal ce que je vis. Qui me parle un peu d’elle, juste ce qu’il faut pour me montrer que nous nous ressemblons, sans s’étaler sur ses propres angoisses, non, juste ce qu’il faut pour que je me sente comprise.
C’est énorme.
Et je sais aussi que quand mes examens sont bons, ça la conforte. Vu que nous avons eu le même protocole de soins.

Elle m’a dit l’autre jour, qu’il fallait qu’à un moment, on dise aux malades en rémission, qu’ils sont guéris. Qu’il fallait que l’oncologue prononce ce mot, même si on sait que le cancer peut revenir. Il faut le prononcer. Car sinon, le patient ne peut pas s’en sortir, c’est invivable.

Oui, c’est invivable, je confirme !

J’ai lu hier soir, un article d’une psy sur les différentes phases de l’après-cancer. Où suis-je ? Dans le paragraphe ‘Retour à la vie normale’ ou bien ‘Retour à l’équilibre’ ?
Je ne sais pas.

5 réflexions sur “Où suis-je ?

  1. Cathie dit :

    Il n’est pas facile ce moment de flottement… on est sorti de l’hyper-médical, on a physiquement récupéré, et on découvre à tâtons une nouvelle vie. Tu verras, le temps est un super ami🙂 et ne
    néglige pas le soutien d’un psy, à la limite tente le coup, au pire, ça ne sert à rien… (à moins que tu l’aies déjà entrepris). Bises d’une vieille routarde !

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  2. Lumine dit :

    Deux vastes sujet sur la même page : le choix DU médecin traitant et la rémission & la guérison. Cela ferait presque même trois.
    Nous sommes parfois confrontés à cette question du choix. Parfois un simple déménagement et patatras on redémarre à zéro ; pour le premier gros rhume, on y va un peu au hasard, on s’y installe et
    ce n’est pas ça. Au fil de petits couacs, on tape chez le voisin sur le conseil de quelqu’un ou quelqu’une. C’est ce qui m’est beaucoup arrivé. Deuxième consultation chez le nouveau, j’ose y
    arriver, sans trop le savoir au moment (encore que), avec ma « tumeur ». Wahouuuuu!!! Puis se sentir à l’aise avec son médecin, pouvoir échanger, se sentir écouté même lorsque l’on
    « déconne »  pas mal, que la peur vous rend muet, que vous n’avez envie que de parler encore et encore quand cela va mieux…
    Rémission ?:guérison ,, big question ! « La guérison continue de prendre place à l’intérieur de vous, en tout temps que vous soyez éveillé ou endormi »(DSS in Voix de la
    relaxation).Quelle est la place de la rémission dans la guérison ? J’ai plutôt l’impression que le terme de rémission qui m’est collé  là (à la peau) ne me permet pas d’accéder au stade de
    guérison. J’ai du mal à accepter ou à croire à la guérison. En fait la guérison n’est-ce-pas accepter ? Le « K » est-il une vraie maladie ? « Le cancer est une maladie entre
    guillemets, qui bizarement, n’en est d’ailleurs pas une, mais un agissement associal de la norme bilogique » (préface livre Mars). Dans tous les cas pas de celles qui se soignent avec des
    antibiotiques ! Rémission maladie ou sursis ? , Etat de grâce ?, Répit ?
    Dire aux patients en rémission qu’ils sont guéris, va-t-on être dupe ?
    Pour l’instant, je me sens obligée de me contenter du terme rémission.

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  3. Lumine dit :

    Alors Mélilotus, j’ORDONNE, je souhaite, je prie, je veux, je désire qu’il te le dise ce mot magique et laissons le temps, toi et les autres me convaincre.
    Je me sousmets !

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  4. Isasuisse dit :

    Intéressants ces mots de rémission et de guérison … rémission pour moi c’est comme une veillée d’armes, rémission-répit-on rend les armes, mais c’est comme la prison avec sursis.
    Guérison, j’ai comme l’impression que ce mot n’existe pas pour nous, car cela voudrait peut-être dire: on baisse les armes, et là paf badaboum, schtokkkk, pouf le crabus horribilis refrappe.
    En Helvétie du centre, là où l’on parle swyzzzer
    tüüütsch les médecins n’emploient aucun de ces deux mots, enfin pour moi en tout cas, après 5 ans jamais rien entendu …je m’invente d’autres mots qui me racontent des histoires de vie. Mélilotus,
    je te les murmure à l’oreille, mais chacun a les siens: insouciance, douceur, folie, lumière, amour bien sûr.
    Bisoux suisses. Isabelle

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  5. IsabelleDeLyon dit :

    Je ne serai jamais guérie, chimio à vie et pourtant aucune trace de cellules cancéreuses actives.
    C’était invivable comme situation au départ et pourtant, c’est devenu vivable, une approche différente de la vie, de savoir qu’on est vulnérable, que la vie tient à peu de choses mais
    qu’aujourd’hui on est vivant et que seulement ça a de l’importance.

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