Quand je me réveille, suite

J’ai retrouvé un texte que j’avais écris il y a bientôt un an. Je l’avais intitulé ‘Quand je me réveille’.

J’y avais décris ma vie depuis le cancer. Une espèce d’état des lieux, assez effarant y compris pour moi. Et puis je l’avais mis sur un blog, dans un quart d’heure d’audace. Fait lire à quelques proches.

Et puis je l’ai oublié.

Un an après, je me suis dit que ce serait marrant de le relire, et surtout de voir qu’étant donné que j’allais mieux, que le temps avait passé, plein de lignes seraient obsolètes. Voilà ce que je me disais. Tiens, je pourrais les mettre en grisé, pour voir un peu mes ‘progrès’…

Résultat des courses, très peu de grisés.

Un peu déçue par cette découverte…

 Par contre, même si je remâche toujours les mêmes choses, plus ou moins idiotes, elles sont moins douloureuses. Comme des vieux tatouages qui auraient perdus de leurs couleurs… On regrette qu’ils existent, mais on ne peut rien y faire, à part les couvrir du regard des autres.

Ici du henné noir temporaire, lui. Plutôt joli, non ?

Je vous livre donc ce texte, qui n’a finalement pas pris tant que je l’espérais, un coup de vieux :

 « Quand je me réveille, je pense à mon cancer, c’est ma première pensée.
Quand je déjeune, je ne mange QUE des aliments anticancers bios.
Quand je rentre dans ma baignoire, je sens mes genoux fragilisés par les chimios.
Quand je prends ma douche, je ne peux pas ne pas toucher la cicatrice de mon cancer.
Quand je m’habille, je vois la cicatrice de mon cancer dans la glace.
Quand je mets mon soutien-gorge avec ma prothèse, je pense à mon cancer.
Quand je touche ou vois mes cheveux dans une glace, je me rappelle du temps où ils étaient très longs, ou alors du temps ou je n’en avais plus.
Quand j’enlève un col roulé, j’ai encore le réflexe de retenir ma perruque alors que je n’en ai plus.

 

 Quand je m’occupe de mon bébé, je pense souvent à la difficulté de m’en occuper à cause de mon cancer.
Quand je lui donne le biberon, je pense aux biberons en plastique que je lui ai donné pendant 9 mois par manque d’infos sur les risques de
cancers dûs au bisphénol A.
Quand il se blottit contre ma poitrine, je pense que je n’ai pas pu l’allaiter à cause de mon cancer du sein.
Quand je le porte, j’ai un peu mal à mon côté opéré et je repense à mon cancer.
Quand j’ai du mal à supporter le bruit et le bazar qu’il fait dans la maison, je me dis que je suis encore très fatiguée de mon cancer.
Quand j’ai des moments très doux avec mes enfants, je me demande jusqu’à quand mon cancer me laissera tranquille.
Quand je rencontre quelqu’un et qu’il me dit « Ca va ? », je me demande s’il parle de mon cancer.
Quand je suis à mon travail et que je rencontre des gens que je cotoyais avant, je me demande s’ils savent que j’ai eu un cancer.
Quand je croise des gens dans la rue, je me dis que cela ne se voit pas que j’ai eu un cancer.
Quand j’attends mon fils à la sortie de l’école, et qu’une maman que je ne connais pas spécialement, me fait un sourire, je me demande si c’est parce qu’elle sait que j’ai eu un cancer.
Quand les maîtresses me disent que tout va bien à l’école pour mon fils, je me demande si elles me disent cela seulement parce que j’ai eu un cancer ou parce que c’est vrai.
Parfois quand je croise une inconnue, je me dis que peut-être elle aussi a eu un cancer.

 

 Quand je vais aux courses, je pense aux aliments anticancers que je dois acheter.
Quand je veux acheter une ‘fantaisie’ pour mes enfants, je lis les étiquettes pour m’apercevoir que cela contient des ingrédients cancérigènes.
Quand je charrie les sacs de courses, je pense bien à ne pas utiliser mon bras droit opéré.
Quand j’achète des vêtements pour mes enfants, je pense aux phtalates qu’ils contiennent et qui sont cancérigènes.

 

 Quand c’est la Toussaint et qu’on va au cimetière, je pense à ma mort et mes enfants qui viendront fleurir ma tombe.
Quand arrive Noël comme maintenant, je repense à l’année de mon cancer où je pensais que ce serait le dernier noël.
Quand je fête l’anniversaire d’un de mes enfants, je me demande combien d’autres je vivrais.
Quand j’écris mon journal, je feuillette toujours un peu les pages d’avant mon cancer.
Quand je fais ma demi heure de vélo quotidienne, je pense que je vainc le cancer.
Quand il y a des grosses montées et que j’en bave, je suis contente car j’ai l’impression de soigner mon cancer encore mieux.
Quand je reviens à la maison et que je m’affale sur le canapé, totalement lessivée, je me rends bien compte que le vélo ne me fatiguait pas tant avant mon cancer.
Quand je n’ai pas pu faire ma demi-heure de sport quotidienne, j’ai peur que le cancer gagne.
 Quand on me propose un café, je le refuse car je veux un thé vert anticancer.
Quand je bois du vin rouge, je pense à ses vertus anticancers.
Quand je mange quelque chose sucré, je pense à mon cancer et je me dis que je donne de l’engrais à mon cancer.
Quand je picore des framboises dans le jardin, je pense à mon cancer.
Si je bois une tisane, elle est forcément anticancer.

 

Quand j’ai mal au dos, je me demande si mon cancer est allé dans mes os.
Quand j’ai mal à la tête, rarement heureusement, je me demande si c’est une métastase au cerveau.
Quand je tousse, j’ose espérer que c’est un mauvais rhume et pas un cancer aux poumons.
Quand j’ai des douleurs abdominales, je pense que c’est peut-être une extension de mon cancer et j’essaie de penser à autre chose.
Quand j’ai mal à mes dorsales, je me dis qu’il doit y avoir des ganglions vers le cou et que peut-être des cellules cancéreuses y ont migré.
Quand j’ai mal aux genous, et c’est souvent, je pense aux chimios qui ont fragilisé mes articulations de façon définitive.
Quand je vais à V., je repense à l’époque où j’y allais tous les jours pour la radiothérapie.
Quand j’ai mes règles, je me rappelle qu’on m’avait dit que peut-être je ne les aurais plus à cause des chimios.
Quand je vais chez le médecin, j’apporte mon gros classeur ‘cancer’.
Tous les jours, je prends des compléments vitamines et autres, pour m’aider à lutter contre le cancer.

 

 Quand je vais bien, je me dis que le cancer me laisse du répis.
Quand je vais mal, je me demande quand mon cancer me laissera-t-il du répis ?
Quand je stresse, je me dis que je donne à manger à mon cancer.
Quand je vois un superbe coucher de soleil, je me dis que je devrais vraiment l’apprécier si je meurs bientôt.
Quand je pense à l’avenir, je ne peux pas ne pas penser à ma disparition.
Quand je vais sur internet, je ne peux pas m’empêcher d’aller sur Guérir.fr, comme si j’attendais une brève de DSS annonçant un vaccin contre le cancer !

 

Quand je mets mes pantoufles, je me rappelles que je les ai acheté pour en avoir des correctes à l’hôpital.
Quand je vais me coucher, je sais que j’aurais du mal à m’endormir car je penserais à mon cancer.
Quand je mets ma bouillotte tout contre moi pour m’endormir, je me demande si les fortes chaleurs sur le ventre pourraient tuer les éventuelles métastases ou alors les accélérer, sachant biensûr qu’aucune étude n’aura été faite sur le sujet !
Quand je me réveille dans la nuit, je me rappelle des nuits blanches que j’ai passé au début de mon cancer.
Et pourtant, cela fait maintenant 15 mois…!
                                                                                                                                                        
1er déc. 2008
 

6 réflexions sur “Quand je me réveille, suite

  1. Lumine dit :

    Melilotus, j’ai lu il y a quelques jours ce texte lors de mon inscription sur le site de guerir.fr et c’est le texte émanant d’un des membres qui m’a le plus touché tellement il me parle. Il y a
    une année que je lisais les articles de DSS sans vraiment me plonger sur les témoignages des internautes. Je l’ai édité et l’ai relu plusieurs fois depuis. Surtout, conseil « d’amie », conservez-le,
    conservez le nous, il parle tellement de nous. Votre retour sur ce texte, aujourd’hui, me touche d’autant plus.
    Douce soirée.
    lumine

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  2. halize dit :

    oui ce texte et toujours d’actualité mais beaucoup moins fort.je suis heureuse pour toi de tout ce qui est grisé. C’est toujours ça de gagné
    bonne nuit

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  3. IsabelleDeLyon dit :

    Il n’y a que le temps qui atténue nos angoisses mais je continue de cohabiter avec ce cancer, les périodes de bilan sont les pires, les moments de faiblesse, les questionnements de nos enfants sur
    leur peur de la mort.
    Heureusement la vie est là, plus forte aujourd’hui que le cancer et c’est ça qui est important.

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  4. Ghis dit :

    Je n’ose jamais laisser de commentaires…..mais là ce texte est si fort , si réel et si beau….. je viens de découvrir votre blog via celui de isabelle de Lyon, ou je n’ai jamais laissé de
    commentaires non plus) J’ai un cancer du sein également, et votre blog est vraiment enrichissant.

     

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