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Fuck Cancer, la suite

En septembre dernier, était lancé aux Etats-Unis, la campagne ‘Fuck Cancer’. Je m’étais offert le T-shirt noir, pied-de-nez au rose Barbie du fameux mois d’octobre…

Je l’avais mis 2 ou 3 mois, et j’avais été plutôt déçue des réactions ou plutôt d’ailleurs des non-réactions qu’il avait suscité…

Mais cet été, je l’ai ressorti. Et je suis ma foi plus enthousiaste qu’à l’époque.

En effet, ce fameux T-shirt a finalement pas mal ‘provoqué’ d’échanges. (Ceci-dit majoritairement avec des inconnus).

Je l’ai pas mal porté à mon travail. Un service public. Qui brasse donc plein de gens différents.

Il y a ceux qui ne peuvent pas faire comme si de rien n’était, mais qui n’osent pas aborder frontalement le sujet : “C’est pas très gentil pour ceux qui sont nés sous ce signe…
(humour)”

Il y a les natures : “Je trouve votre T-shirt génial !”

Il y a les méticuleux : “Que signifie ‘Fuck’, oui, oui, je sais ce que ça veut dire, mais pour vous, que cela signifie-t-il ?”

Il y a les glaçants : “Le cancer est plus fort que nous”

Il y a les incrédules : “Vous avez eu un cancer ?????!”

Et puis il y a les autres qui m’ont sourient différemment, connivence timide.

Bon, ok, y’en a aussi plein qui n’ont rien dit, rien fait. Mais enfin, le bilan est largement plus positif qu’il y a un an bientôt.

Pourquoi ?

J’y ai pas mal pensé et j’ai ma petite théorie sur la question.

Les gens ont-ils changé depuis 1 an ? Non.

Et si c’était moi qui avait changé ?

Et si je ne le portais plus de la même manière ?

Oui, c’est ça, je crois que je le porte simplement.

Et non plus comme un espèce de gilet pare-balles.

Et c’est ma foi une expérience très intéressante, un des 100 trucs à faire avant de mourir ?! (C’est en tous cas ce qu’ont testé les très américains Buried life boys)

Mais pourquoi vouloir absolument revendiquer mon combat contre le cancer aux yeux du monde ?

Pff, faut toujours qu’elle se fasse remarquer cette Méli !

Bling bling

 

J’ai un peu du mal avec tout ce rose qui déboule.

Je suis très dubitative.

Par exemple, quasi-personne à mon boulot ne me demande jamais comment je vais. Et bien mon tee-shirt n’y a rien changé. Qu’ils aient la trouille ou qu’ils s’en foutent, qu’est-ce-que ça change ?

C’est une bataille perdue d’avance.

Ca n’a suscité aucune discussion réelle.

Juste quelques rares questions du genre, tu l’as acheté où ?

Pas un mot de la part des mamans à la sortie de l’école, quedalle chez la nounou. Pourtant, je côtoie tous ces gens depuis des années.

2 sortes de personnes : celles qui te regardent droit dans les yeux et celles qui ne peuvent plus décrocher leur regard du tee-shirt.

Mais à par ça, nada.

La seule chose intéressante dans cette ‘expérience’ plutôt déprimante, c’est que ce n’est pas si facile pour moi d’arborer FUCK CANCER. Je n’y avais pas songé avant.

Mon chéri adore, c’est déjà ça.

Bon, allez, une note optimiste, je voulais vous faire partager une chanson toute belle, toute douce, toute simple.

Il s’agit du ‘Bal des cathéters‘ sur le dernier disque de Tom Poisson. Juste un petit extrait, dommage, pas trouvé en entier sur la toile, ni les paroles.

Alors je vous les note ici :

En miette, mais en vie

Ta guerre est finie

Cheveux bouclés

Quand il pleut

T’avais oublié

En deux coupée

Entière à moitié

Moitié d’une chance

Mais femme toute entière

Tout recommence…

Fini les blouses blanches

Fini le bal des cathéters

Aujourd’hui le temps est clair

Mets ta robe légère

En miette mais en vie

Ta place est ici

Tu ris du mauvais tour

De revoir

La vie au grand jour

Tom Poisson (2010)

Un leurre ?

Et ben alors, Méli, tu dis au revoir et tout, et paf, tu réapparais même pas un mois après ?

Ah ben oui, mais ça m’a laissé le temps de gamberger sur cet ‘au revoir’ figurez-vous !

Et si je me leurrais parce que tout, autour de moi, me pousse à ça ?

Sans doute cette embellie que je ressentais il y a un mois, n’était en fait que le résultat d’une pression que je m’étais mise.

Ou qu’on m’avait mis.

On : personne en particulier, donc tout-le-monde et compris moi-même.

Sentiment diffus que maintenant, ça fait 3 ans ma cocotte, alors tu vas arrêter un peu, ok ?

Cette question me turlupine en ce moment, j’en parlais déjà dans le billet S’écouter.

Bon, en clair, je fais celle qui va bien pour aller bien. Méthode Couet, quoi.

Ca marche modérément, ça permet de se remettre dans les rails de la normalité, ça arrange tout-le-monde, moi aussi. Ca a du bon, en fait. Sauf que c’est du chiqué.

Alors j’ai voulu battre en brèche : Oui, je vais un peu mieux, c’est vrai, mais enfin, pourquoi nier que ma situation de sursitaire me fiche la trouille, et à vous aussi.

(Au passage, rien ne me hérrisse plus le poil que d’entendre Maraninchi et consort, dire c’est formidable de soigner un cancer sur deux. Faut pas être cancéreux pour crier victoire !)

Si on en parlait, donc.

Alors je me suis offert un T-shirt un peu provoc’, j’avoue, pour voir l’effet que ça provoquerait justement. (Non pas pour provoquer, je compte sur vous pour saisir la nuance.)

Je voulais montrer aux autres que le combat contre le cancer est encore d’actualité pour moi.

C’est un peu tôt pour en parler, pas assez porté. Mais sans doute le sujet d’un prochain billet.

Je pensais il y a peu, que j’avais perdu de ma légitimité pour parler du cancer. Que je devais rentrer dans le rang.

Oui, une page s’est tournée avec les 3 ans de mon petit, de mon cancer, mais finalement, pas la dernière.

Mon blog m’a manqué. Et vous me manquiez.

Parce que sur la toile, la parole est libre, authentique, sans chiqué. Et que j’y trouve ce que je ne trouve pas facilement ailleurs. Et tant pis si ce n’est pas la ‘vraie vie’.

Tous les témoignages de sympathie (bien vrais, eux !) que j’ai reçu n’ont fait que m’encourager à remettre la main à l’encrier.

je crois qu’effectivement, j’ai encore des bricoles à dire.

Et surtout à partager avec vous.

Les vacances

Retour d’une semaine sur la côte d’Azur.

Je sens la Biafine, comme d’habitude, j’ai fait attention, mais pas assez.

Hum, cette odeur me rappelle, non non non, pas ma radiothérapie, mais de merveilleuses vacances aux Antilles avec mon chéri, quand on était de jeunes tourtereaux. Comme quoi les bons moments peuvent être plus forts que les mauvais !

Question cancer, je me serais plutôt vu avec un cancer de la peau, moi. Abonnée aux méga-coups de soleil depuis toujours. Cette fichue obsession ridicule enfant puis pré-ado, d’essayer de bronzer. Même utilisé la lampe U.V.  de ma mère quand j’étais môme, c’est vous dire… Sans parler de l’huile d’olive espagnole qui réussissait tant à tatan, noire comme une sénégalaise dès le 15 juin.  Enfin bref, pas encore de mélanome. Ouf. Elle non plus d’ailleurs, y’a pas d’justice. Rhooooo, je rigole.

Bref, donc, une semaine à la mer, avec une multitude d’entorse à mon mode de vie.

A moi le Schweeps bien frais et bien sucré, les glaces Miko bourrées de E-machins, les chouchous, les tartines de baguettes forcément industrielles, des goûters de pain et chocolat au lait, une madeleine de Proust, pas mangé ça depuis allez…. 35 ans ? Même bu un café, mais Méli, tu perds le sens commun ?! (Bon, là, c’était juste LE paragraphe pour donner du grain à moudre à ceux qui ricanent un peu.)

AUCUN sport pendant une semaine, si si, et même pas eu envie d’en faire.

Les vacances, quoi.

Pas pu m’empêcher, évidemment, de mater les poitrines sur la plage.

On dit qu’une femme sur 11 est touchée par le cancer du sein, que 80% restent amazones, ben j’ai eu beau chercher, pas  trouvé une seule consoeur… Décidément, il ne faut pas se fier aux statistiques.

Je suis restée stoïque avec mon superbe une-pièce de chez Amoena, en essayant de ne pas remarquer que seules les mamies et les obèses portent en 2010 un maillot de bain une pièce !

Retour samedi après une dernière baignade, un dernier coup de soleil, on démarre la voiture, les enfants qui se chamaillent derrière, je mets la radio, et paf, les infos, “..mort de Bernard Giraudeau, d’un cancer avec lequel il se battait depuis 10 ans, etc…”

Et là,  j’entends sur la banquette arrière une mouche volée.

La jauge

Ne rien laisser voir,

surtout porter un vêtement couvrant,

oh et puis non,

ne pas s’en faire et mettre ce qu’on veut,

se dire je m’en fous,

et puis finalement se dire que non, je m’en fous pas,

se dire que ça se voit même pas,

et puis au détour d’un miroir, d’un certain angle, voir qu’on voit,

estimer que ce vêtement est tout-à-fait couvrant,

puis se dire le lendemain qu’il ne l’est pas,

envier l’hiver et ses cols roulés,

se demander comment on a pu mettre ce haut,

le donner pour être sûre de ne plus le remettre,

se demander ce que les gens auront pu penser,

même si on se dit qu’on se fiche du politiquement correct,

ne pas pouvoir s’empêcher de regarder les poitrines des femmes,

mater leurs vêtements, couvrants… pas couvrants,

se rappeler le temps où on portait des décolletés,

se dire que c’est débile de s’apitoyer,

déprimer à force d’essayer en boutique des fringues qui montrent trop,

se faire conseiller par une gentille vendeuse, finalement acheter,

le regretter, rager,

maudire le moindre magazine féminin à la gomme,

puis se dire je m’en fous, mais en fait pas,

arrêter de se croire au dessus de tout ça,

se dire c’est pas grave, tu es vivante c’est l’essentiel,

se dire qu’on a pas le droit de se plaindre puisque c’est un ‘choix’,

puis se dire qu’on a rien choisi du tout,

qu’on veut juste ne plus souffrir,

juste ne pas se voiler la face,

alors se dire qu’on peut laisser voir son trou,

que c’est pas si grave, que cette robe, elle était jolie,

que c’est trop bête, est-ce-que ça se voit vraiment,

et si ça se voit, et bien qu’est-ce-que ça va susciter comme réactions,

dégoût, pitié, empathie,

de toutes façons, les gens diront rien, ils feront comme si, et moi aussi,

alors se dire que ça ne change rien,

et finalement mettre cette robe si chère payée.

se dire qu’en fait, tout est question de jauge,

aller jusqu’où ?

limite sans cesse changeante,

chaque matin en s’habillant,

remettre à plat cette jauge,

épuisant,

râler parce que ce sera comme ça tout l’été,

toute la vie.

Illustration : l’album ‘VU’ du Velvet Underground…