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Pas sein mais seinen !

‘Say Hello to Black Jack’ est un seinen manga de Syuho Sato en 13 volumes qui date de 2005, mais que je viens de découvrir. (cliquer sur l’image pour mieux lire)

Le héros est un jeune interne qui va passer de service en service dans un prestigieux hôpital universitaire de Tokyo. Et devinez quoi ? 4 volumes sont consacrés au service de cancéro…

Plus précisément les volumes 5 à 8.

Il va aussi travailler en chirurgie cardiaque, néo-nat, et psychiatrie.

J’ai glané sur la toile quelques articles datant de la sortie de cette série en France ici et .

Ce manga a eu un succès énorme au Japon, imaginez des millions d’exemplaires ! Et un choc terrible pour les japonais qui découvraient les dessous très peu glorieux de leurs hôpitaux… Le système de santé a été réformé suite à cette publication. C’est fou, on n’imaginerait pas en France qu’une bd puisse avoir un tel retentissement. Cet article en parle très bien.

J’ai été vraiment surprise de découvrir que le Japon avait un système de santé corrompu, hypocrite, archaïque,… Par exemple, il n’existait vers 2005, quasi pas de chimiothérapeutes. C’étaient bien souvent des chirurgiens qui administraient les chimios. Quant aux traitements utilisés, certains étaient connus comme inefficaces, mais pas chers et japonais.

Les héros essayent d’administrer des produits utilisés en Europe et aux Etats-Unis mais qui n’ont pas leur A.M.M. et se heurtent au coût exorbitant des traitements que leur patiente doit financer.

Franchement, on est scié quand on lit tout ça. Bon, je pars du principe que ce n’est pas totalement de la fiction, que le mangaka était bien documenté, la preuve, l’effet sur la société japonaise.

Une fois de plus, on est bien content d’être soigné en France !

Mais en fait, ce qui m’a le plus conquis dans cette série, ce sont toutes les questions humaines qu’elle soulève :

Qu’est-ce qu’être médecin, jusqu’où peut-il s’investir dans le vécu du patient, faut-il dire la vérité au malade incurable, doit-il payer ses traitements si l’assurance les refuse, que dire à la famille, doit-on donner le choix des traitements au malade, quand doit-on laisser le malade s’en aller, où l’acharnement thérapeutique commence-t-il, que signifient les statistiques de survie, prolonger pour quoi ?

Bref, des questions universelles.

Et à l’étranger ?

Lorsque j’ai entendu hier qu’Obama avait réussi à faire adopté sa réforme sur la santé dans son pays, j’ai pensé au film de Michael Moore ‘Sicko’ sorti en 2007.
Bon alors biensûr, c’est du Michael Moore, je l’aime plutôt bien, moi, malgré ses gros (!) défauts.

Pour ceux qui ne l’ont pas vu, les premières images donnent le ton : Faute de pouvoir s’offrir l’hosto, un Américain bricolo rafistole lui-même son genou, méchamment charcuté… Un autre se retrouve avec deux doigts raccourcis par une scie circulaire et ne récupère que le bout de son annulaire : faire recoudre le majeur lui aurait coûté les yeux de la tête.

Le système de santé américain, ce sont 47 millions de citoyens, un sixième de la population, qui n’ont aucune couverture médicale, et des millions d’autres, pourtant bénéficiaires d’une assurance privée, qui se heurtent systématiquement aux lourdeurs administratives du système.

Le scandale est double. Il tient d’une part au fait que les sociétés d’assurances refusent d’assurer les plus fragiles – quitte à les laisser mourir -, et d’autre part à la manière dont elles cessent de prendre en charge les soins de leurs clients lorsque ceux-ci deviennent trop coûteux – quitte à les laisser mourir eux aussi.

Moore montre une jeune femme de 22 ans atteinte d’un cancer de l’utérus qui n’a pas été couverte sous prétexte qu’elle était anormalement jeune pour avoir contracté une telle maladie…

Ca laisse songeur, même si vous n’appréciez pas les méthodes pas très catholiques de Michael Moore, voire les fausses vérités qu’il présente dans ce film ! (Par exemple, lorsqu’il béatifie le système de santé français en racontant quelques sornettes.)

Tout ça me ramène au film que je suis allée voir hier : ‘La Tisseuse’ de Wang Quan’An.

C’est l’histoire du femme qui apprend qu’elle n’a plus que quelques mois à vivre (lymphome), car elle n’a pas les moyens de suivre un traitement : 500 000 yuans pour une greffe osseuse (environ 54 000 euros) avec une réussite hasardeuse, ou alors 100 000 yuans (10 000 euros) pour une chimio avec peu de chances de réussite…
Tisseuse, pas Crésus. (Au passage, magnifiques images de la Chine au travail…)
Du coup, elle décide d’aller retrouver son ancien petit ami perdu de vue il y a dix ans, et laisse quelques jours son mari qu’elle a épousé par dépit, et son petit garçon. On se dit, ouais, elle va enfin connaître un peu de bonheur… Mais non ! On est dans un film chinois ! Le bonhomme est plutôt interloqué, n’a rien du prince charmant que Méli espérait, elle retourne chez elle et mourra auprès des siens…
(Bon, allez, vous allez encore dire que j’exagère, que je suis maso d’aller voir un tel film, mais je suis aussi allée voir l”Arnacoeur’ cette même semaine, non mais ! Et je vous rappelle le sujet de ce blog !)
Mélo, oui, et encore, je vous ai pas parlé de ses suicides ratés, du fait que son mari finalement vend la maison pour payer un début de chimio (qui ne marche pas), que donc, elle meurt en laissant sa famille à la rue…
Glups.
En même temps, c’est traité très sobrement, sans en rajouter dans le pathos malgré les apparences, franchement, pas un film kleenex.
J’ai trouvé sur la toile un article sur une campagne de dépistage qui va vous rappeler quelque chose…!
C’est ici.

Quand j’ai su que j’avais un cancer, je me suis dis que j’avais beaucoup de chance d’être en France.
Et malgré le fait d’être soignée dans un Centre Hospitalier pas spécialement à la pointe, de bénéficier d’un protocole décidé par le centre régional Lyon Bérard et par conséquent, avoir la sensation d’être aussi bien soignée que si j’étais lyonnaise…
(Avis différents, merci de vous abstenir de commentaires)
Un ami médecin dont je parle ici m’a même dit qu’en Russie, on ne soignait pas les cancers comme le mien…
Quant au coût des soins, tout reste presque transparent.
Aucune idée du prix d’une chimio, ou d’une opération, ou d’une séance de radiothérapie (je suis preneuse si vous savez !), par contre, je me souviens avoir viré au vert quand j’ai vu le prix des 7 piqûres que je devais prendre après chaque cure : 117 euros l’une, oui, je sais, une misère.
Pas de réelle culpabilité mais enfin, ça fait drôle.
MDA en parlait bien dans un de ses billets. pas retrouvé lequel, il y en a tellement.
Une pensée pour elle cette après-midi…