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Signe de rémission

Mercredi dernier, je suis rentrée dans ma cinquième année.

Cette expression me rappelle ma grand-mère qui, enfant, m’embrouillait à chaque anniversaire, ne fêtant pas mon nombre d’années, mais le suivant dans lequel je rentrais.

A force d’explications, j’entrevoyais ce concept, ou plutôt imaginais un calendrier de 365 cases, où telle une Alice modèle réduit, je jouais à la marelle. Un petit bon chaque jour vers mon nouvel anniversaire.

Je rentre ainsi dans ma cinquième année, chiffre 5, presque magique lorsqu’on apprend la maladie. Tellement lointain.
Magique, au début. On a envie d’y croire. Se dire qu’après, on rejoint les autres. Mais il est vrai que lorsqu’on s’en rapproche, évidemment, on se sent plus léger, mais évidemment, on sait que ce chiffre n’est qu’une statistique de plus. Parce qu’en 5 ans, on a eu le temps d’entendre des tas d’histoires de cancer. Et de savoir que cette barre est toute relative.

Alors je m’étais dis que ce pseudo anniversaire, 4 ans après le dernier jour de mes traitements, je n’allais pas aller l’étaler sur la toile. Pour dire quoi d’abord ?

Et puis, là, au détour d’un mouvement, en cette fin d’après-midi particulièrement chaude, qu’est-ce-que je sens ?
Non, pas une boule. Je sens sous mon bras opéré une odeur de transpiration. (Je n’aurai décidément rien épargné à mes lecteurs !)

Merci mon corps pour ce cadeau ! Le jour-même, c’est trop fort.
Ca m’a rappelé le retour des règles longtemps après la chimio, tiens. On s’en passerait à priori, mais finalement, tous les signes de retour à la normale sont les bienvenus.

Alors j’ai essayé de creuser le sujet, pour ne pas faire un billet que trivial, et donner une info scientifique. Et bien je n’ai rien trouvé si ce n’est que les glandes sudoripares apocrines avaient dû en prendre un coup. Radiothérapie ou opération, va savoir.

Bon allez, je ne boude pas mon plaisir, bien contente de jouer à la marelle encore une année, y compris en mettant un petit déo bio.

Si cette photo de marelle vous intrigue, cliquez dessus…

PAC

Ca y est, je l’ai rendu.

Et bien, c’est franchement moins douloureux dans ce sens-là. J’ai repris mon vélo aujourd’hui, quatre jours après donc, moi qui avais anticipé une incapacité aspiro/vélo/boulot… Enfin, pour le travail, ils ont eu la grande gentillesse de m’accorder une semaine, c’est vraiment cool. Parce qu’au téléphone, la secrétaire m’avait dit que ce n’était pas sûr que j’ai droit à un arrêt maladie, parce que “c‘était vraiment rien comme intervention”...

En même temps, il faut ménager le côté fraîchement opéré (attention à la cicatrice), et ne pas tout reporter sur le côté anciennement opéré (attention au lymphoedème). Quelques jours seulement, parce que c’est assez intenable !

J’ai été opérée par une femme, tout comme pour ma mastectomie. Ce métier tendrait à se féminiser ou c’est un hasard ? Etre une femme, c’était son seul intérêt à cette chirurgienne, car pas spécialement sympa, à vrai-dire. Pas comme cet infirmier extraordinaire qui m’a assisté toute la durée de l’intervention. Il m’a fait oublier tout le reste : les heures d’attente, le bruit du bistouri électrique,  la chirurgienne qui bataillait pour enlever le bidule, …

Parce que je croyais que cela se faisait en 2 coups de cuillère à pot, moi. On ouvre, hop, on retire, hop, on referme. Mais non, le boitier est fixé par 3 sutures qu’il faut retrouver pour les sectionner. Bon, je n’ai eu aucun détail sur la chose, et tant mieux car j’aurai forcément pas trop aimé, mais il semblerait que plus c’est ancien (4 ans pour moi), plus c’est difficile à retirer…

Quand j’ai parlé – un peu – autour de moi de cette intervention, unanimement, les gens ont d’une part, été surpris que j’ai encore ce truc, très méconnu d’ailleurs mais tant mieux pour eux, et d’autre part, ont été soulagé d’apprendre que j’étais tirée d’affaire. Je n’ai pas toujours pris la peine d’expliquer que c’était ma volonté et non celle de l’oncologue. Car ensuite, souvent, on me disait “mais alors pourquoi tu l’enlèves ? Il te gênait ?”

Non, il ne me gênait pas. Il ne se voyait même pas. J’ai pris en photo mon buste juste avant, pour voir, mais non, pas l’ombre d’une bosse, rien. Juste une petite cicatrice un peu moche mais cachée par mes bretelles.

Mais alors pourquoi ?… Je savais que ça me ferait du bien de l’enlever, tout en sachant que ça ne changerait pas vraiment les choses. Juste un peu peut-être.

Un peu comme lorsque l’on grimpe à la Soufrière en Guadeloupe, on est presque sûr qu’on ne verra pas le sommet, quasi toujours sous les nuages. Mais on y va quand-même, avec l’espoir que cela se dégage, et puis c’est pas grave, ce sera bien malgré tout.

Et effectivement, c’est bien.

1, 2, 3… 4 ans !

“Je ne me rendrai pas.

Je suis une femme

et je continuerai le combat !”

MélilotusFuck cancer !

Petit montage fait avec mes gamins, pour fêter mes 4 années de sursie. la lutte armée continue !

“Mes deux seins, journal d’une guérison”

J’ai donc regardé, comme beaucoup, hier soir, ce film de Marie Mandy.

Il s’agit d’une femme documentariste qui, apprenant qu’elle a un cancer, demande à un ami caméraman, de filmer les grands moments de cette mésaventure. Elle en a ensuite fait un film, avec voix off sur son vécu, ses peurs, ses sentiments.

Beaucoup d’émotion en perspective…

Et pourtant…

Dès le départ, je n’ai pas accroché. Cette manière de se mettre en scène déjà. Elle est là, elle parle, seule, presque toujours seule, on ne voit pratiquement que les moments médicaux, rendez-vous divers avec le corps médical, des thérapeutes.

Ok, ok, je comprends, c’est le parti-pris. Mais ne pas ou presque pas montrer son entourage, mais cela fausse totalement la réalité du vécu du cancer. Oui, d’accord, on est immensément seule dans la maladie, mais tellement entouré, en bien ou en mal d’ailleurs. La gestion des autres, c’est énorme. A vouloir montrer surtout les moments médicaux, elle montre une infime partie de la réalité.

Et pourquoi veut-elle tout filmer, sauf quand elle craque ? Pas d’intérêt ? Trop voyeur ? Ah bon, ainsi, il est plus important de montrer des bouts de seins après une opération, dans un plateau d’inox, que les larmes ?

Ceci-dit, même si je ne me suis jamais identifiée à cette personne, je n’ai biensûr pas pu m’empêcher de comparer nos réactions.

Elle n’est pas du tout la petite fourmi que je n’ai cessé d’être. Celle qui n’ose pas dire, le bon petit soldat. Non, elle assume totalement son côté ‘médecines alternatives’ face aux praticiens de l’hôpital. J’ai trouvé ça très rigolo, en particulier quand elle dit au toubib qui lui annonce qu’il faudra opérer pour enlever la tumeur. “Oh mais attendez, je sais que les huiles essentielles ont des résultats formidables”. Sourire.

Plus tard, elle veut absolument mettre une date sur le début de son cancer, et propose à sa chirurgienne : “Je situe ça à deux ans et demi environ, c’est possible ?”

Elle dit, et n’est pas la seule, que ces dernières années, elle n’était pas très heureuse, ne suivait pas le chemin de vie qu’elle aurait aimé au fond d’elle, etc… et que cela a généré son cancer.

Ces pensées ne m’ont jamais habitées, elles m’énervent quand je les entends. Enfin, comme dit sa chirurgienne à un moment, tout le monde a des hauts et des bas dans la vie, et on est tous un peu décalé face à un idéal de vie pas forcément possible pour plein de raisons. On ne fait pas tous un cancer !

Je ne reviendrai pas sur les interprétations fumeuses des thérapeutes qu’elle va voir. Les profils-psy types des gens qui ont des cancers, ça m’énerve aussi.

Je comprends qu’on ait envie de savoir ‘pourquoi moi’, mais de savoir qu’on correspond à la catégorie ‘battantes stressées’, ouais, et après ? Ben, on devient zen ma p’tite dame ?!

Oui, c’est un journal, du vécu au jour le jour. Cependant, lorsqu’elle a monté son film et fait la voix off, elle était un peu sorti de ça, cela aurait été bien qu’elle prenne du recul sur sa façon de gérer la maladie. N’est-ce pas cela qui fait avancer ?

Jamais. Dommage.

Par exemple, n’y a-t-il pas à creuser sur le fait qu’elle ne veuille tout d’abord pas se faire réopérer, puis qu’ensuite, elle demande au chirurgien réparateur de lui opérer aussi son deuxième sein ?

Rester amazone, tout en désirant faire une chirurgie esthétique au sein sain. Intéressant, cette ‘asymétrie’ de pensée !

Et la fin…

Elle jubile : “j’suis guérie !”

Et là, réponse plus évasive de la chirurgienne, je les reconnais bien là au passage : “Je pense qu’on peut en rester là”.

Elle se sent guérie. Veinarde.

J’ai lu et entendu tellement de réactions très éloignées de personnes qui ont vécu cela.

Marie Mandy joue la Candide, elle l’a fait tout le long de ce documentaire.

Elle voulait sans doute une note optimiste pour la fin. Mais n’est-ce pas escamoter la réalité de l’après-cancer au spectateur ?

Bon, allez, maintenant, je vous dis ce que j’ai aimé : la scène dans la pharmacie avec le monsieur qui explique l’intérêt des prothèses collantes, adorable. Génial !

Et puis biensûr la scène finale, des amazones dans un défilé de mode, tellement souriantes, belles, vivantes ! Car c’est aussi cela la réalité du cancer.

Quel dommage, VRAIMENT, que la voix off n’est pas expliqué qui étaient ces femmes, franchement ! Sont-elles citées dans le générique ? J’espère.

Ce que j’ai appris : nous sommes toutes pareilles, et toutes différentes. Bon, ça, je le savais, mais ce docu enfonce le clou.

J’aime bien aussi voir que même une femme assez ‘masculine’ dans son apparence, possède une réelle féminité en elle. Cela aurait été intéressant de ‘creuser’, non ?

Les images de poitrine retravaillées par des photos-montages, très chouette. Une belle idée.

Marie Mandy a voulu tenir son cancer à distance grâce au dispositif de ‘la caméra qui filme tout’ mais elle a peut-être du coup, éludé la réalité.

La mienne en tous cas.

Un leurre ?

Et ben alors, Méli, tu dis au revoir et tout, et paf, tu réapparais même pas un mois après ?

Ah ben oui, mais ça m’a laissé le temps de gamberger sur cet ‘au revoir’ figurez-vous !

Et si je me leurrais parce que tout, autour de moi, me pousse à ça ?

Sans doute cette embellie que je ressentais il y a un mois, n’était en fait que le résultat d’une pression que je m’étais mise.

Ou qu’on m’avait mis.

On : personne en particulier, donc tout-le-monde et compris moi-même.

Sentiment diffus que maintenant, ça fait 3 ans ma cocotte, alors tu vas arrêter un peu, ok ?

Cette question me turlupine en ce moment, j’en parlais déjà dans le billet S’écouter.

Bon, en clair, je fais celle qui va bien pour aller bien. Méthode Couet, quoi.

Ca marche modérément, ça permet de se remettre dans les rails de la normalité, ça arrange tout-le-monde, moi aussi. Ca a du bon, en fait. Sauf que c’est du chiqué.

Alors j’ai voulu battre en brèche : Oui, je vais un peu mieux, c’est vrai, mais enfin, pourquoi nier que ma situation de sursitaire me fiche la trouille, et à vous aussi.

(Au passage, rien ne me hérrisse plus le poil que d’entendre Maraninchi et consort, dire c’est formidable de soigner un cancer sur deux. Faut pas être cancéreux pour crier victoire !)

Si on en parlait, donc.

Alors je me suis offert un T-shirt un peu provoc’, j’avoue, pour voir l’effet que ça provoquerait justement. (Non pas pour provoquer, je compte sur vous pour saisir la nuance.)

Je voulais montrer aux autres que le combat contre le cancer est encore d’actualité pour moi.

C’est un peu tôt pour en parler, pas assez porté. Mais sans doute le sujet d’un prochain billet.

Je pensais il y a peu, que j’avais perdu de ma légitimité pour parler du cancer. Que je devais rentrer dans le rang.

Oui, une page s’est tournée avec les 3 ans de mon petit, de mon cancer, mais finalement, pas la dernière.

Mon blog m’a manqué. Et vous me manquiez.

Parce que sur la toile, la parole est libre, authentique, sans chiqué. Et que j’y trouve ce que je ne trouve pas facilement ailleurs. Et tant pis si ce n’est pas la ‘vraie vie’.

Tous les témoignages de sympathie (bien vrais, eux !) que j’ai reçu n’ont fait que m’encourager à remettre la main à l’encrier.

je crois qu’effectivement, j’ai encore des bricoles à dire.

Et surtout à partager avec vous.