Archives de la Catégorie ma boîte à songes

S’écouter ?

Je me souviens la première fois que j’ai entendu cette expression : ‘Oh tu t’écoutes trop là !’

C’était 2 ou 3 jours après mon premier accouchement, par césarienne.

Et c’était une collègue de travail qui m’avait lancé ça. Elle en avait eu 2, et elle se levait impec’ le lendemain, etc… Et moi, ‘je m’écoutais trop’.

Que lui avais-je dis à l’époque pour qu’elle pense comme ça que j’exagérais ?

Cette phrase m’avait profondément marqué.

Elle m’avait permis de me rendre compte que ce que nous vivons et ressentons est forcément unique et incomparable.

Ce qui était vrai pour elle (elle n’avait pas eu très mal ou en tous cas, avait été capable de gérer cette douleur) ne l’était pas pour moi.

Souvent, nous nous comparons. Et de fait, il n’y a qu’un pas vers le jugement, voilà le danger. Elle m’avait jugé ‘trop douillette’, alors que je ne suis que ‘douillette’.

Etre passée par une maladie grave me met à l’abri pour toujours, je pense, d’ambitions démesurées.

Vouloir absolument devenir Superwoman ? Pfff.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis cette petite phrase. Bientôt 14 ans.

Elle me revient ces derniers temps.

Est-ce que je m’écoute trop ?

Qu’est-ce-que ce ‘trop’ ?

Dans une période où justement on nous claironne qu’on doit être à l’écoute de ses envies, de sa fatigue, que le corps nous envoie des messages et qu’il faut être à son écoute, …

Ainsi, il y aurait encore une jauge, flûte alors, marre d’être toujours dans la recherche d’un juste milieu.

Est-ce-qu’on s’écoute trop quand on a un cancer en rémission ?

Les autres nous renvoient cette image en tous cas.

La fatigue que je traîne depuis 3 ans, est-elle dûe à l’heure actuelle au cancer ?

Qui pourrait le dire, j’ai 3 enfants, plus de 40 ans.

Mais finalement pourquoi faudrait-il que je sache si c’est dû au cancer ou pas ?

J’ai de plus en plus envie de penser qu’elle est ‘normale’.

Bref, ne pas s’écouter trop, tout en essayant de se ménager, et se fiche du jugement d’autrui, en sachant qu’un regard extérieur ne peut pas faire de mal…

Il faudra bien toute une vie pour y arriver !

Cette statue d’Henri de Miller se nomme ‘l’écoute’.

Qui est cette petite chinoise ?


Je me disais que je n’avais jamais parler de mon avatar sur ce blog.
C’est une photo du photographe Pierre Montavon que j’ai piquée sur Internet… Elle représente une fillette chinoise face à son village inondé par la construction du barrage des Trois-Gorges…
C’est un peu face à la fois à mon avenir et mon passé, debout mais chancelante parfois.
Je me disais qu’il fallait que j’écrive cela ici avant de peut-être clore le chapitre ‘blog’.

Peut-être que je n’écrirai plus ici.

 

Une vieille brouette

Ma voisine a une vieille brouette qu’elle laisse dehors, et qui ainsi a vieilli prématurément.
A chaque fois que je la vois, elle me fais penser à moi, enfin l’intérieur de moi. Oui, cela peut paraître grotesque, et pourtant c’est vrai. C’est vous dire l’idée que j’ai de moi ! Et moi-même, cela m’effraie de me voir ainsi. Mais je n’y peux rien.

Mais elle est encore très utilisée, cette brouette, et quand elle est pleine de branches taillées ou d’herbe, elle cache assez bien sa décrépitude.

Tout ça pour vous parler de mon accident de vélo.

“Accident” est un bien grand mot. Je suis seulement tombée de mon propre poids, à l’arrêt, alors que j’allais démarrer. En gros, j’ai glissé des pédales. Ou perdu les pédales, si vous voulez !
Le guidon m’est rentré dans les côtes, douleurs affreuses, souffle coupé.
Du côté non opéré. Du côté ou j’ai des douleurs inexpliquées par les docs.
Nuit quasi-blanche de douleurs, urgences, radio du grill costal, rien.

Cette radio du grill costal, j’en rêvais. (dans mon esprit , douleurs louches = des métastases osseuses ?) Toujours les mêmes angoisses, quoi. Une échographie du sein n’avait rien trouvé cet été.
Et je n’avais pas osé demander une énième radio, alors que je me disais que peut-être les os… Et ben hop, je l’ai eu ma p’tite radio !

Et si j’étais tombée exprès ? (Entendons-nous, inconsciemment exprès)

Oui, c’est idiot comme théorie. Mais je ne suis pas loin d’y croire.
Bon, l’urgentiste a bien regardé mes côtes, elles sont très jolies, et ne ressemblent pas à la brouette décatie de ma voisine.
Ouf.

Jeu des bougies

Un p’tit jeu pour prolonger les vacances…
A laquelle de ces bougies vous identifiez-vous ?
Attention, on ne répond pas illico, on réfléchit !

Un capital douleur, ça existe ?

Il y a quelques jours, en me palpant, ce que j’arrive peu à peu à faire, sous le bras non opéré car il est douloureux (pourquoi ?), j’ai senti une boule. Ou plutôt mes doigts ont senti une boule.
Le temps que cette information arrive à mon cerveau et que ce cerveau prenne l’ampleur d’une telle nouvelle, autrement dit allez, une demi-seconde, je me suis évanouie. J’ai senti que mon corps ne me portait plus, je n’ai plus rien vu, des abeilles dans les oreilles, évanouie, quoi ! Sauf que cela n’a duré qu’une demi-seconde, car mes doigts ont envoyé illico une deuxième info, ils s’étaient trompé, il n’y avait pas de boule. Et donc, la vie pouvait
reprendre son cours normal.

Drôle d’expérience.

Depuis quelques mois, j’ai la sensation d’avoir épuisé mon capital douleur. Oui, comme on a un capital soleil (ce qui serait une pure invention des fabricants de crème solaire parait-il).
J’imagine deux récipients contenant mes capitaux douleur physique et douleur mentale, et ces récipients correspondent, un peu comme une écluse en fait. Le capital douleur physique n’a que peu été entamé par mon cancer : les suites opératoires sont peu douloureuses, les chimios ont été très supportables. Par contre, le récipient ‘capital douleur psychique’ à sec, plus une goutte ! Alors il faut piquer dans le capital douleur physique. Waouh, c’est trop compliqué à expliquer, c’est pas grave, je me comprends.
bref, tout ça pour expliquer qu’au moindre coup (cognée à une poignée de porte, quelqu’un qui me bouscule, …), je pousse un cri de désespoir bien au dessus du raisonnable. Car la douleur est décuplée.
Oui, bon, c’est un détail, on peut bien vivre avec, quand-même. Je sens que j’ai pas de maîtrise !

Je vis dorénavant mon corps comme une puissance supérieure qui a droit de vie et de mort sur moi, que j’ai mésestimé toute ma vie, et qui prend sa revanche. J’ai qu’à ‘bien me tenir’…
Bon, allez, soyons positif, ‘le chouchouter’, je préfère !