Archives mensuelles : janvier 2010

Les trois modèles de Hollender

Aïe aïe aïe, dans quelques jours, je vais voir ma nouvelle oncologue, que j’ai déjà vu mais dans de si mauvaises conditions, que je préfère effacer l’ardoise, et dire ma nouvelle oncologue.

J’ai appris par la secrétaire, que la consultation durait une heure pour un nouveau patient.
Fichtre !
Du luxe évidemment, pour moi qui ne soit plus malade (si si !). Je n’ai eu droit à une heure que la première fois avec ma première oncologue. Ensuite, c’était environ 10 minutes pendant les traitements. Je ne rigole pas. Celles qui sont passées par là le savent. Ils sont blindés de boulot, alors ça turbine.
Et là, étant donné qu’une des 3 oncologues est partie (la mienne, vous suivez ?), elle se récupère les ‘vieux’ malades comme moi.

Mais alors, qu’allons-nous nous dire pendant une heure ?…

Je suppose qu’on parlera courbe de survie, je rêve de m’entendre dire de douces choses sur le sujet… Allez, madame l’oncologue, vous pouvez me mettre dans la poche avec presque rien, quelques chiffres sympas et hop !…

Et que va-t-elle me dire sur mes douleurs au sein sain ?
Que c’est sans doute rien mais qu’il faut vérifier ?

Mais on a déjà vérifié !

Suspense terrible…

Ah la la, je languis…
Je me demande si je serai encore une petite fourmi ?

J’avais déjà remarqué que la relation que j’avais eu avec ma chirurgienne était extrêmement différente 18 mois après mon opération. Sans doute étais-je moins ‘souffrante’, donc plus facile d’accès.
Je voyais qu’elle était plus sympathique, plus humaine,  allant même jusqu’à me parler de ses enfants. (Au passage, elle m’avait dit qu’elle était moins débordée à l’hôpital qu’avec ses enfants le mercredi !)
Cette relation patient-médecin, ça fait couler beaucoup d’encre. Ca s’étudie
dans les universités.
Ainsi, selon Hollender, je serai passée dans la relation entre adultes, après avoir été bébé, puis enfant ?… Chic !

Vous avez peut-être remarqué que je n’utilise jamais le terme de ‘crabe’.
Je le trouve inadapté, déplacé.
Comme si le cancer était un jour rentré dans mon corps pour le détruire ? On sait bien que non.
Oui, je sais, c’est une image, une mise à distance. Mais je n’aime pas.

Quant à ‘crabologue’, alors là, je trouve ça pire que tout ! Une pirouette verbale, un nom ‘marrant’ comme pour dire que tout ça n’est pas si sérieux, qu’il vaut mieux en rire, etc…
Ouais ben moi, j’en ris pas !
J’ai eu un cancer et j’ai un oncologue.

Que je vois donc vendredi, et je vous raconte tout ce week-end, promis !

Cheveux, suite et fin

Ce coup-ci, je vous parle pour la dernière fois de mes cheveux ! Heu, enfin je touche du bois.

Je suis enfin retournée chez mon coiffeur.

Celui qui m’avait raccourci la veille de ma première chimio.
Celui qui me donna un catalogue et me conseilla une adresse de perruquier.
Celui qui me proposa de venir à la fermeture pour me raser le moment voulu. (voulu ???!) Mais non.
Celui qui retailla ma perruque 2 fois, n’osant pas l’abimer, en en sachant le coût, lui qui d’habitude n’a pas froid aux yeux…
Celui qui me fit une coupe avec ce qui avait un peu repoussé, à la veille de ma reprise, il y a plus d’un an.

Impossible d’aller chez un autre, après tout ça. Même s’il faut prendre une demi-journée de son temps, car môssieur est un artiste, et ne se presse pas !

Plus d’un an sans aller chez le coiffeur… Bien oui, j’avais une énorme envie de cheveux longs.
Les couper auraient été un sacrilège.

Et puis un matin, pffff, on se dit qu’ils sont trop longs, trop ceci, pas assez cela, ces cheveux, qu’ils mériteraient qu’on les taillade un peu.

Et on se dit que c’est bien ainsi.

Rêves éveillés

Dans les premiers temps de mon cancer, mon imaginaire marchait plein-pot.

je rencontrais une rangée de noyers, j’y voyais les combattantes du cancer.
Je foulais un sol piétiné avec quelques brins d’herbe qui y poussaient, j’y voyais mon torse.
Quand je pensais à ma cicatrice, je voyais ground zero à Manhattan !

Je faisais même pour la première fois de ma vie, des rêves éveillés. Je ne savais pas que cela existait avant ça. Et j’adorais.
Pour ceux qui ne connaissent pas, en fait, c’est un petit scénario qui surgit, et qu’on laisse dérouler.
En fait, je parle de rêve éveillé, mais je ne sais pas si c’est le bon terme, puisque habituellement, il se fait par le biais d’un thérapeute…
J’en ai déjà raconté un dans ce blog.

Mais j’en ai fait d’autres que j’aime beaucoup aussi.

Par exemple, celui de la barque.

Je l’ai fait lors de mon hospitalisation. Il a évolué de jour en jour.
Au début, je viens de tomber d’un paquebot, je me débats dans la mer, pas très loin du rivage, mais assez pour être incapable d’y retourner. Pas assez bonne nageuse, je panique et ne réussis qu’à sortir la tête de l’eau, en me débattant comme une folle.
Je réussis à m’accrocher à un bois qui flotte, oui comme dans les films en effet !
Plus tard, une barque arrive avec à son bord mon chéri et mes enfants. Il me hisse à bord. Nous naviguons maintenant dans le sillon du paquebot, sans même essayer de le rejoindre.
Il va plus vite que nous, et disparait au loin.

Oui, ce rêve éveillé est vraiment limpide et cul-cul la praline, mais il me plait !

Un autre : J’ai d’énormes araignées qui montent à toute vitesse sur mes jambes, je les chasse avec les mains. Du coup, elles tombent, mais immédiatement, remontent. Tout ça est très effrayant pour moi qui ai une vraie phobie pour ces bêbêtes.
Plus tard, après mon opération, ce rêve éveillé revient : ces mêmes araignées ont maintenant fait leur nid sur mes jambes, elles ne courent plus, recroquevillées, et se multiplient. Je ne les chasse plus, j’ai baissé les bras.

Ouais, bof, moins cool, celui-là !

Dans ‘Aloïs ou la nuit devant nous’ de Louise Lambrichs, le narrateur qui vient de prendre sa retraite, parle d’un “séisme assez important pour expliquer cette brusque irruption d’images floues, de souvenirs lointains, et cette activité onirique aussi bien nocturne que diurne. Sans doute s’agit-il d’une réaction de survie.” Il parle aussi de “brèche”. Oui, en effet… Et maintenant, elle serait colmatée ?

Dommage, ça me plaisait bien…

L’ours vient du livre ‘les Songes de l’ours’ de François
Delebecque
, aux éditions Thierry Magnier, une petite merveille !

(Spéciale dédicace à Zoot, petit clin d’oeil à Boris Vian…)

Mère nourricière

En ce moment, mon petit garçon est particulièrement ‘pot-de-colle’…
Et ça m’a rappelé que son grand frère lui aussi, au même âge, avait beaucoup de mal à s’occuper sans sa maman.
Il voulait me suivre de partout, y compris aux toilettes !

Nous avons eu un oison il y a longtemps, même phénomène ! Au début, c’était marrant, touchant, et tout, jusqu’à ce que cela devienne agaçant, et enfin invivable !
Bon, mon bébé n’est pas un oison, il ne terminera donc pas de la même façon…

Bref, ce matin, aux toilettes et alors que je me débattais avec la poignée de porte pour qu’elle reste fermée, je me suis souvenue du jour où j’ai décidé d’arrêter d’allaiter mon premier petit garçon qui avait alors 2 ans et des bananes… même âge… tiens tiens ! Et moi qui mettais ce comportement sur le compte d’un allaitement prolongé, il semblerait que j’avais tout faux.

Car biensûr que je n’ai pas allaité mon dernier bébé avec le seul sein qui me restait. Je le précise, même si ça peut faire sourire, car certaines personnes à sa naissance me l’ont demandé.
Parce que la montée de lait devait vite être interrompue pour l’opération qui allait se faire 4 jours après la naissance, parce que les chimios allaient démarrer juste après,… et puis sans doute d’autres raisons. J’avoue ne m’en être pas informée du tout, pour la bonne raison que l’allaiter me paraissait la chose la plus incongrue qu’il soit dans ces conditions.
Beaucoup de gens m’ont crues triste de ne pas pouvoir allaiter. Faux. j’avais d’autres raisons d’être triste.

Le seul regret que j’ai eu, c’est de ne pas donner le meilleur à mon bébé, comme je l’avais fait pour les 2 autres avant.
Jusque là, j’étais une pro-allaitement à fond, Marie Thirion n’avait aucun secret pour moi !

Ma fille, je lui avais donné le sein jusqu’à ce qu’elle ne le veuille plus, ou qu’en tous cas, elle trouve plus interessant de regarder les reflets de ma montre au plafond que de téter. 8 mois.
Mon premier fils, waouh, alors là, pas de reflets au plafond ! Il adorait ! Il y passait sa vie ! Et j’avais décidé de lui donner jusqu’à ce qu’il en ait marre… Sauf qu’il n’en a jamais eu marre. Il me disait ‘l’autre’ quand il voulait changer de sein, ‘a pus’ quand plus rien ne sortait. Et puis un jour, la porte des toilettes tambourinante, j’ai dit STOOOOOOOOOOOOOP ! J’en peux plus !

Ha si, un autre regret, c’est que j’ai utilisé des biberons en plastique pendant 9 mois. Jusqu’à ce que je relise le livre ‘Anticancer’ et que je voie qu’ils étaient très déconseillés car contenant du Bisphénol-A. Beaucoup d’infos dans ce livre, je n’avais pas intégré celle-ci. Bref, j’ai tout jeté, mais avant, j’ai pris une photo pour publier une info dans le site Guérir…!
Depuis l’arrêt de la commercialisation de ces bibs au Canada, on en a beaucoup parlé.

Donc bibs en verre, oui je sais, ça casse, et même que ça fait des éclats de verre archi-pointus (pourtant il existe un verre sécurit, messieurs les fabricants !). Et biberons en plastique sans bpa.

Bon, voilà. Et vous me direz : ‘Mais alors allaiter ne protège pas contre le cancer ?’
Je vous répondrai que le cancer met 10 ans à devenir visible. (Enfin, c’est ce qu’on dit.) Donc il était déjà là.
Ou bien je vous répondrai que j’en sais fichtre rien ! Et que j’aime pas les statistiques.

Je voulais juste dire, pour avoir connu les deux, que je n’ai pas trouvé que la relation maman-bébé ait été moins forte en donnant des biberons plutôt qu’en allaitant. Vraiment pas.

L’allaitement est un truc génial, si on trouve ça génial. Basta.
Mais surtout ne pas culpabiliser si on ne le fait pas.
Et quel bonheur pour les autres membres de la famille de donner le bib !
(Mon p’tit oison a 7 mois sur la photo)

Annie l’américaine

Connaissez-vous cette artiste américaine Annie Sprinkle ?

Un sacré numéro, je vous le dis !

J’en ai parlé précédemment car elle (enfin ses seins) est en couverture du livre ‘Le Sein une histoire‘.
Mais j’ai trouvé sur la toile l’intégralité du beau Danube bleu ! (Je rappelle que c’est en effet sur cette musique qu’elle a fait danser ses seins !) Il s’agit du bosom ballet (1990). A voir absolument ! J’adore !

Cette fameuse Annie mérite qu’on s’y attarde. C’est une artiste a eu un parcours professionnel assez particulier avant d’en arriver là… Je vous laisse lire sa bio ici.

Elle a eu un cancer du sein en 2005. « Une maladie qui, heureusement, avait un rapport avec mon travail », lance-t-elle avec humour.

Elle est kitsch au possible, c’est pourquoi je vous ai mis une version du ‘Beau Danube‘ qui l’est aussi !

Elle est la caricature de l ‘américaine, j’ai un peu du mal, j’avoue, quant à ses performances.  Ce qui me plaît en elle, c’est biensûr son second degré et surtout sa volonté de briser les tabous.

Et j’aime bien ce qu’elle a fait de ses scanners !