Archives mensuelles : avril 2009

Le décolleté profond de mon ancienne meilleure amie

Je vous arrête tout-de-suite, c’est pas parce que ma meilleure amie a un décolleté profond que c’est devenue mon ‘ancienne’ meilleure amie ! Quoique…

Car en même temps, que penser de sa meilleure amie lorsqu’elle s’obstine une journée entière passée en votre compagnie (et nous passons TRES peu de temps ensemble, genre quelques jours par an), à garder une chemise décolletée jusqu’au nombril sous prétexte qu’il fait chaud, et sans soutien-gorge biensûr, alors que vous vous relevez péniblement de votre mastectomie… ?
Et au bout de quelques heures,  “Ca te dérange pas j’espère, mon décolleté ?”

Je préfère admirer le décolleté de cette mannequin américaine devenue artiste et militante après sa mastectomie. Cet autoportrait s’intitule Beauty out of damage‘ et a fait plusieurs couvertures de magazines à travers le monde, en particulier celle du New York Times Magazine en 1993.

Voici le site de cette femme d’exception :
http://www.matuschka.net/

“Ceux qui restent”

J’ai visionné récemment le film ‘Ceux qui restent‘ d’Anne Le Ny (2007), et j’ai vraiment beaucoup aimé. Je craignais que ce film, vu son sujet, me fiche le bourdon, mais non. Superbe. Vous remarquerez que j’ai un côté maso évident !!!

Mais je regarde AUSSI des films qui parlent d’autre chose que du cancer, si, si !!!!!!

Emmanuelle Devos est comme Karine Viard une actrice que j’aime beaucoup, car toujours naturelle, limite gaffeuse, souvent submergée par ses émotions, et qui va toujours au bout de ce qu’elle veut… tout moi enfin presque !

Voici la critique de Télérama quand le film est sorti, et qui en parle mieux que moi :

 Ceux qui restent

Dans les couloirs trop éclairés de l’hôpital où il vient chaque jour voir sa femme malade, Bertrand croise Lorraine, les yeux rougis et du mascara sur les joues : elle vient d’apprendre le cancer de son compagnon. Novice, si l’on peut dire, elle s’accroche à lui, posant des questions, cherchant à se rassurer. « Je dois bien avoir un peu de générosité quelque part. Tout ce que j’ai de plus mesquin ressort », constate-t-elle lors d’une de leurs escapades sur le toit de l’hôpital. Emmanuelle Devos, en papillon affolé, tourbillonne en tous sens et se cogne à un Vincent Lindon, au contraire, au ralenti, épuisé et alourdi, très émouvant. Mauvais endroit, mauvais moment : l’amour n’a aucune chance.

Pour sa première réalisation, Anne Le Ny n’a pas cherché la facilité. Cette actrice, souvent aperçue au théâtre ou dans des seconds rôles, saisit chaque occasion d’alléger le propos par des
incursio
ns risquées mais réussies dans un registre comique – témoin une savoureuse scène de barbecue familial. Au-delà d’une poignante histoire d’amour ratée, son film est aussi la chronique d’une culpabilité carnassière. Il évoque la mauvaise conscience et le sens du sacrifice contre lesquels Lorraine se rebelle. Tournant le dos au pathos, il met en scène des
personnages qui nous bouleversent à contre-courant : notre émotion naît de leur lutte
pour ne pas se laisser submerger par les leurs.

Juliette Bénabent pour Télérama.

Ici, tout le contraire de ‘Haut les coeurs !‘. La caméra ne rentre jamais dans les chambres de l’hôpital, on ne connait jamais le visage des malades, le film s’attache aux accompagnants, à leur douleur, leurs espoirs et leur culpabilité.

L’un et l’autre film se complètent en fait.

“La Consultation”

Voici un autre film que je voulais mettre en avant, ‘La Consultation’ d’Hélène de Crécy (2007) lui aussi, comme les autres, disponible en dvd dans votre médiathèque la plus proche… En tous cas dans la mienne.
Mais je viens de tomber sur un blog vraiment sympa, celui du doc Yes.

Un film documentaire plein d’humanité.
En voici le résumé :

Dans le huis clos du cabinet de Luc Perino, médecin généraliste, les consultations se succèdent. Parce qu’on a souvent “plus besoin d’un médecin que de médecine”, chacun vient déposer
ses douleurs, ses joies, ses angoisses et ses demandes…
En filmant ce face à face médecin/patient, la réalisatrice montre ce qu’il y a de profondément humain dans chacune de ces consultations et dresse le portrait sensible d’une société fragile, drôle
et pleine de contradictions.

Qu’est-ce qu’on peut voir dans un cabinet, wouffff ! Ce qui est intéressant, c’est aussi les petites aparthées du médecin après la consultation, où il livre son point de vue, et souvent son impuissance. Il dit entre autres que le cabinet d’un médecin est comme un entonnoir des problèmes de la société, et que le médecin se retrouve dans ce goulot d’étranglement.
Vraiment très chouette film qui pourra peut-être réconcilier ceux qui ont du mal avec les médecins généralistes allopathes, ce qui d’ailleurs n’est pas mon cas.

Mélilotus

“Haut les coeurs !”

Ce film de Solveig Anspach, je l’avais vu à sa sortie en 1999. J’avais beaucoup aimé, et je me rappelais surtout la dernière scène du film qui est d’une telle beauté. A l’époque déjà, j’avais été très émue par cette histoire :

Alors qu’elle attend son premier enfant, Emma apprend qu’elle a un cancer du sein. Le médecin qui le lui annonce prévoit un avortement, les soins préconisés étant, selon lui, incompatibles avec la grossesse. Simon, son compagnon, l’incite à consulter un autre spécialiste, le docteur Morin, qui affirme que les traitements peuvent être suivis tout en continuant la grossesse. Emma reprend confiance. Son corps qui l’a trahie redevient un lieu de vie : elle doit maintenant se battre pour deux.

Depuis, lorsque je vois Karine Viard (le personnage féminin du film), j’ai du mal à voir en elle quelqu’un d’autre que ce personnage. C’est pour moi incontestablement son plus beau rôle. C’est l’histoire autobiographique de Solveig Anspach, documentariste qui signait là son premier film de ‘fiction’.

Là, je l’ai revu et je l’ai forcément vu de l’intérieur, puisque je me sens très proche du personnage, étant moi-même enceinte lors de LA nouvelle. Même si son parcours n’est pas tout-à-fait le mien.
Et j’ai encore vraiment beaucoup aimé, ce n’est pas du tout un mélo-kleenex, n’ayez crainte !
En vrac ce qui m’a touché : ceux qui partent en courant quand ils apprennent la nouvelle, la blouse blanche du spécialiste comme une armure, la découverte de l’oreiller plein de cheveux, se prouver qu’on est encore séduisante quand on s’habille pour aller à sa chimio, la tonte, la salle d’attente du service d’oncologie, le conjoint qui a du mal à trouver sa place, le bébé qui demande tant de soins alors qu’on est si fatiguée, etc…
Et puis la mise en scène formidable, les couleurs de plus en plus lumineuses et blanches au fur et à mesure du film pour finir sur l’éblouissante sérenité de Karine Viard, malgré la maladie. La dernière scène, si belle. Et l’actrice si belle avec son crâne rasé.
Waouh ! Et aussi l’idée que le film ne se termine pas et que tout est possible.
Et après tout, cela n’est pas le problème de savoir si elle va s’en sortir ou pas, l’important, c’est l’endroit où elle est arrivée, son cheminement.

Les Romains et les germains

“Il fût un temps où on ne mesurait pas les forêts en hectares mais selon le nombre de cochons qu’on pouvait y nourrir. Exemple : “j’ai une forêt de 30 cochons”. A la même époque ou un peu plus tard, on mesurait les potagers en choux (il fallait qu’ils mesurent 13 choux de long au minimum, les calculs sont un peu compliqués, disons qu’on comptait un chou par jour et par famille).
Voilà résumé deux conceptions de la nourriture, héritées d’un très lointain passé, mais qui continuent de nous travailler. L’une vient tout droit de l’Antiquité : un idéal de modération à base de légumes, d’huile d’olive, de pain et de vin. Bouillie de céréales, légumineuses, puis un peu de fromage, rien de trop. Pour les Romains, les céréales, les légumes, la vigne ont de la valeur parce qu’ils sont cultivés par l’homme. Ils sont la civilisation.
Dans l’autre vision, plus sauvage et plus jouisseuse, l’important, ce sont ces fameux cochons élevés sous les arbres, dans toute l’Europe, en compagnie des bovins, prêts à rotir ou à bouillir eux aussi. Il suffit de s’en saisir pour préparer une sacrée ventrée agrémentée de baies sauvages cueillies à la diable, de champignons, bref de tout ce que l’on trouve à foison dans la forêt. Pour faire passer ça, du cidre, de la bière et du lait : c’est le style  germain. L’image d’Attila, le fléau de Dieu, traversant nos livres d’histoire avec un gros steack qui surit sous sa selle – mais avait-il une selle ? – nous donne de ce courant-là une vision extrême mais ô combien fascinante.
Autant les Romains détestaient les forêts et les leiux incultes, autant les Germains les considéraient comme leur garde-manger personnel. Chacun, évidemment, est le barbare de l’autre : d’un Goth
goulu, les Romains se moquaient en disant qu’il n’avait jamais goûté de salade. D’un évêque trop ostensiblement sobre, les Nordiques refusaient l’autorité, affirmant qu’il n’était pas un homme.
D’un côté le comportement viril consiste à garder la maîtrise de soi. De l’autre, il s’agit de manger le cochon entier, le plat avec, plus quelques hectolitres de bière, le tout sous les applaudissements, car on admire celui qui peut ingurgiter plus que les copains.
On remarquera que, d’une certaine manière, ces antiques visions de la nourriture perdurent. Les héritiers des Romains prônent les régimes “crétois”, “macrobiotiques” à base de salades et de légumes biologiques arrosés d’un filet d’huile d’olive, ils affectionnent le poisson à la vapeur et s’efforcent d’avoir un rapport maîtrisé à la nourriture. S’ils boivent du vin, c’est modérément, ils apprécient les jus de fruits frais et la tisane. Le légume, la crudité sont leur cheval de bataille face à la crise de la vache folle.
En face, les mangeurs de fast ou junk-food, adeptes de la trilogie ketchup-hamburgers-frites ornementée de glaces, de barres chocolatées et de bières. Un énorme appétit tout en méandres et en caprices qui conduit par exemple les jeunes Américains à manger plus de … 20 fois par jour, le congélateur familial faisant office de forêt sauvage, avec ses proies variées à disposition.
Evidemment, ce n’est pas si simple : selon les circonstances, la majorité d’entre nous se range tantôt du côté romain, tantôt du côté germain.”

Extrait de : ‘Stratégie de la framboise‘ de Dominique Louise-Pélegrin, éditions Autrement, 2003.

Ouf, ça m’a pris un temps fou à recopier !!!! Mais j’adore ce texte, que m’a fait découvrir mon chéri, et j’espère que ça vous parle aussi. J’attends vos commentaires, Romain ou Germain… ?!